Electro world

Watcha Clan, le son électro-pluriel de la Méditerranée
Radio Babel, 4e album du groupe marseillais

© Steph Durel
09/03/2011 -

Activiste réputé de la scène électro world sur laquelle il s’est fait un nom à l’échelle internationale grâce à l’album Diaspora Hi-Fi paru en 2008, le quatuor français Watcha Clan fait à nouveau montre de ses talents d’alchimiste avec Radio Babel, toujours soutenu par le label allemand de référence Piranha. Entretien avec Sista K, chanteuse et fondatrice du groupe phocéen.

RFI Musique : Qu’est-ce qui vous a amené à partir dans cette direction artistique, entre musiques du monde et électro ?
Sista K : Le but de Watcha clan était de fusionner nos diverses influences pour faire notre propre musique. Dés le départ, on a été très marqué par des groupes tels qu’Asian Dub Foundation, Transglobal Undergound… Ils font un mix de musiques électro et indo-pakistanaises et nous, nous avions envie de faire ce mix avec la musique méditerranéenne dont on se sent proche. On a cherché longtemps. À partir de l’album Diaspora Hi-Fi, on a commencé à sentir qu’on faisait la musique dont on avait envie. Ça fait quatre ou cinq ans qu’on a trouvé nos marques. Les compos sont plus simples. Avant, il fallait qu’on en mette beaucoup pour qu’on ait dit ce qu’on avait à dire. Là, je pense qu’on est plus concis et, du coup, plus efficace.

Quels étaient vos univers musicaux respectifs avant de vous réunir dans un même groupe ?
Le punk ska, pour Clem’, même s’il avait commencé par la musique classique, le jazz. Moi, c’était plutôt dans l’afro beat. Matt, le bassiste, dans le blues. Et Nassim, qu’on a rencontré en Algérie, un peu de tout : des influences reggae, rock mélangées à de la musique traditionnelle de là-bas.

Avez-vous un mode de fonctionnement interne pour élaborer votre répertoire ?
On expérimente beaucoup. D’ailleurs, on compare un peu notre local à un laboratoire. Sur un album de 14 morceaux comme Radio Babel, on a dû en faire le triple avant d’épurer. C’est dur, la fusion, il faut bien se connaître et ce n’est pas évident de mélanger la musique traditionnelle, un beau son chaud, avec de l’électro où le son est beaucoup plus puissant. D’une manière générale, on compose ensemble, Clem’ et moi. Nassim et Matt arrivent après et mettent leur grain de sel. Clem’ est toujours en train de faire des nouveaux rythmes, il en a un gros stock. Moi, je travaille plein de mélodies différentes. Les textes sont souvent liés à l’actualité mais on essaie de les transcender, de ne pas être direct. Notre message a toujours été le même mais la forme est différente. Jusqu’à Bastion, ça passait par des textes engagés. Et en fait on en a eu un peu marre, les mots ont perdu de leur valeur. Depuis Diaspora Hi-Fi, c’est plus par la musique. Ce qui nous a permis de beaucoup jouer à l’étranger.

We are one
Watcha Clan
"RADIO BABEL"
(PIRANHA)
2011

La moitié de votre tournée actuelle va justement se dérouler dans plusieurs pays d’Europe. Comment cela a-t-il démarré ?
En 2005, on a fait une date en Allemagne, à Cologne. Presque par hasard. Il y a eu beaucoup de monde, et ensuite, beaucoup de bouche-à-oreille. Ça nous a ouvert le territoire allemand. Le label berlinois Piranha nous suivait de loin et on se rapprochait de ce qu’il avait envie de produire à ce moment-là avec Diaspora Hi-Fi. De là, on est parti vers les pays d’Europe de l’Est et ceux du Nord. En 2009, les États-Unis où l’on se rend deux ou trois fois par an. Ça nous a fait beaucoup de bien de partir à l’étranger. C’est comme une bouffée d’air frais. L’image de Watcha Clan y est moins ancienne donc elle correspond plus à ce qu’on est aujourd’hui et on se retrouve mieux dedans.

Aviez-vous déjà joué hors de France auparavant ?
La première fois, c’était en Algérie, en 2003. Les centres culturels français rouvraient leurs portes. Au lieu d’inviter un groupe parisien qui chantait par exemple en arabe, à Alger le programmateur a invité un groupe marseillais qui chantait en hébreu ! On y est reparti trois ans après, on a fait des résidences là-bas, travaillé avec des musiciens algériens qui venaient de la musique traditionnelle, du hip hop… C’est une fois en Algérie que j’ai réalisé que j’étais algérienne. J’ai compris beaucoup de choses.

Très souvent, les groupes de Marseille, la ville d’où vous venez, mettent en avant cette identité locale mais ce n’est pas du tout votre cas. Comment cela s’explique-t-il ?
Ce n’est pas notre but de dire d’où on est pour justifier la musique que l’on fait. Je ne me sens pas vraiment attachée à une terre, ou à une religion. Dans ma famille, je suis la seule française, ma mère est juive d’Europe de l’Est et mon père d’Algérie. Il y a plein de cultures différentes dans lesquelles je retrouve des racines, des traces intellectuelles ou philosophiques qui me plaisent. C’est un peu une espèce de patchwork. On pioche et on arrive à créer notre identité. Si on fait de la musique, c’est qu’on est en recherche de ce qu’on est, où on va, ces questions existentielles qu’on se pose tous et que nous, musiciens, on traduit dans nos créations.

 

Watcha Clan Radio Babel (Piranha) 2011
En tournée française et européenne. En concert le 10 mars à la Maroquinerie à Paris

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