Chanson françaiser

Christophe, l’intime retour
Une série de concerts en solitaire

© L. Bevilacqua
Christophe
28/01/2013 -

Quatre ans après Aimer ce que nous sommes, Christophe, 67 ans, fait son grand retour sur scène avec Intime Tour, série de quelques dates où le chanteur se produit seul et sans filet. Une première en quarante ans de carrière. Rencontre nocturne dans l’appartement parisien de l’inclassable chanteur.

 

RFI Musique : Tourner en solo est un exercice inédit pour vous. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Christophe : C’était un peu l’histoire du moment, vivre l’instant comme je l’ai toujours fait dans ma carrière. Mais l’idée ne vient pas de moi. Plusieurs personnes de mon entourage m’ont incité à le faire, on m’a dit qu’il y avait de la demande pour cela. Je leur ai dit : "d’accord, mais c’est à vos risques et périls !" Je joue deux ou trois accords de piano, de guitare, mais je ne suis pas un vrai instrumentiste. Mon art, c’est le synthétiseur. Donc je me lance un peu vers l’inconnu. Les concerts seront forcément atypiques, bancals, un mélange de belles choses mais aussi de failles. Il ne faut pas que les gens s’attendent à voir une performance de Barbara au piano ou de Neil Young à la guitare !

 

Excusez-moi Mr le professeur
Christophe
(Motors)
1966

Le répertoire réservera-t-il aussi des surprises ?
Disons qu’il se décidera au gré de mes envies, de mes impulsions. Il n’y aura pas de setlist sur scène, juste un tableau noir avec tous les titres. J’ai un listing de vingt-cinq chansons que je vais dispatcher suivant les villes : les grands classiques, bien sûr, mais aussi plusieurs chansons du passé que j’ai moins chanté, et que j’aimerais réinterpréter. Tout cela en passant d’un instrument à un autre, très naturellement. Il y aura peut-être cinq chansons à la guitare, dont Excusez-moi Mr le professeur, quatre aux synthétiseurs et le reste au piano. Ce répertoire, c’est un peu mon blues à moi. Mais je n’ai pas envie de faire un récital conventionnel : entre deux chansons, je passerai des bandes de gens que j’aime, des rires de Raymond Devos par exemple, et improviser à la guitare par-dessus. Si j’ai une faille technique, j’irai m’asseoir discuter avec le public. Je veux être sur le fil du rasoir, que l’on vienne voir un type qui ne sait pas où il va sur scène.
 
Y aura-t-il tout de même des invités sur scène ?
Non, il n’y aura qu’une personne additionnelle, une seule : la pianiste Justina, un phénomène de perfection classique, mon extrême inverse en quelque sorte. Je fais toujours des entractes pendant mes spectacles, et j’ai eu l’idée de la faire entrer sur scène à ce moment-là, comme une sorte de contrepoint très technique à mon concert. Ceux qui apprécient le classique vont être impressionnés. Je serai moi-même comme un élève.
 
Comment préparez-vous ce nouveau spectacle ?
Pour le moment, je reprends les bases du piano, chez moi. Une instrumentiste classique me rend visite régulièrement depuis octobre pour m’apprendre les accords au piano. Elle me demande de jouer les accords sans réfléchir, ce qui n’est pas une mince affaire pour moi. J’ai des grilles d’accords à suivre pour chaque morceau… C’est la plus grande partie du travail, et c’est peut-être ce que j’appréhende le plus. Sur scène, tu ne trafiques pas !
 

Vous avez récemment fêté vos cinquante ans de carrière. Aucune nostalgie dans tout cela ?
Non, je vis de l’une de mes passions, c’est tout. Je garde l’excitation que me procure la musique depuis l’adolescence. La passion d’un garçon de 13 ou 14 ans, ce sont les filles, et chez moi, la musique est venue en même temps. La découverte du rock'n'roll, des premiers blues sur Radio Caroline (radio pirate britannique célèbre dans les années 60, ndlr), les premiers émois amoureux, tout cela est lié dans mon esprit. Et puis il y a un phénomène de chance. Je ne sais pas si, à l’époque de mes premiers succès, j’ai vraiment voulu devenir chanteur. Si je n’avais pas suivi cette voie, j’aurais certainement fait du théâtre. Et par ma mère couturière, j’étais très attiré par la mode. Adolescent, j’ai beaucoup traîné dans la boutique de Pierre Cardin. Je venais à l’improviste, je demandais à le rencontrer pour apprendre le métier, mais à chaque fois, il n’était pas là. Si j’avais pu le rencontrer, mon destin aurait peut-être tourné différemment.
 
Que pouvez-vous déjà dire du nouvel album à paraître en avril ?
Il sera plus expérimental, plus dépouillé, avec un travail autour des percussions et des cordes acoustiques, et une voix très travaillée, avec un son original. Je travaille avec Clément Ducol, le mari de Camille, qui est un excellent percussionniste, et toujours Christophe Manufel à la guitare. Il sera encore différent de tout ce que j’ai produit jusque-là. 
 
Christophe Intime Tour : en concert le 24 janvier à Marseille (Le Silo), du 28 au 30 janvier à Paris (Théâtre Marigny)…
→ Site officiel
 

Par Jérôme Pichon
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