Chanson française

Babx, la voix et les machines
Nouvel album, Drones personnels

© J.Mignot
Babx
29/03/2013 -

Auteur-compositeur surdoué, célébré pour ses propres disques et ses collaborations avec Camélia Jordana, L ou Julien Doré, Babx publie Drones personnels, troisième album dans lequel il lâche la bride à l’interprétation et à l’émotion. Rencontre avec RFI Musique.

 

Tchador Woman
Babx
Drones personnels
(Cinq Sept-Wagram)
2013

RFI musique : Drones personnels, c’est un titre à la fois technophile et agressif. Comment vous en est venue l’idée ?
Babx : J’ai réécouté O Superman de Laurie Anderson, cette espèce de prophétie sur les machines avec une voix très émouvante, mi-robot, mi-humain. Il y a dans ce disque quelque chose d’incroyablement poétique, et je voulais prendre le contrepied de Cristal Ballroom, mon album précédent, de son imaginaire "fin d’empire" ou salle de bal du Titanic. Je me suis plongé dans l’imagerie du début XXe siècle, avec les inventions à la Gustave Eiffel, les zeppelins dans le ciel... Je me suis demandé ce qui reste de cette rêverie d’objets volants à notre époque. Les drones remplacent les oiseaux mécaniques à la Jules Verne. L’homme du XXIe siècle a autour du cœur des avions sans pilotes qui le bombardent, l’espionnent, lui tournent autour. Ces drones sont aussi nos émotions. Ils incarnent le rapport entre l’homme et la machine. En fait, je voulais un album avec seulement des synthés, des boites à rythmes, des machines. J’ai fini par trouver ça froid, et j’ai élargi les arrangements. 

Justement, le son de cet album est beaucoup plus sensuel que celui de vos deux précédents disques, comme si la voix était l’antidote de la matière musicale...
C’est vrai. En fait, je voulais vraiment qu’il y ait des machines et que ma voix soit vraiment tout ce qui reste d’humain, de potentiellement touchant, faillible, cassé. Pendant le mix, j’ai insisté pour que la voix soit sans effet, qu’elle soit la plus chaude possible. Je voulais deux dimensions : le ruminement machinique derrière et la voix, très humaine.
 

Elle est ici beaucoup plus libre, plus ample, plus expressive…
C’était un rendez-vous avec moi-même. Sur les deux précédents albums, je me suis un peu planqué derrière les arrangements, derrière les mots, derrière mon piano. Je trouvais plein de trucs pour montrer que je ne chantais pas trop. Le contexte faisait qu’on avait l’air d’un excentrique absolu si on se mettait à chanter alors que, quand j’étais gamin, je chantais aussi naturellement que les autres sont bons au foot ou aux échecs. Je chantais n’importe où, n’importe quand, dans n’importe quelle circonstance. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai commencé à trouver impudique de me montrer en tant que chanteur.
Les événements de ma vie, cette dernière année, m’ont poussé à reprendre de la voix et à retrouver ce point d’ancrage. Des amis m’attendaient au tournant, genre "Tu es gentil mais tu arrêtes de faire semblant de ne pas savoir chanter". Du coup, j’ai débloqué tout ça et j'ai voulu que le fil de cet album soit ma voix et non plus les arrangements, ou l’esthétique. J’ai écrit des textes moins longs et moins fournis pour que ce soit la voix plus que les paroles qui porte les chansons. Je voulais chanter.
 
Et que sont ces "événements de la vie" ?
La mort de ma grand-mère. Elle ouvre le bal de cet album – Suzanne aux yeux noirs, la première chanson, c’est elle. J’ai eu envie d’aller communiquer avec elle là-haut. On fait de la musique pour ça : là où j’avais tendance à lui passer un coup de fil quand j’avais envie de lui parler, le seul moyen que j’ai de m’adresser à elle, c’est de libérer la voix.  
 
Vos textes sont empreints d’une certaine gravité, d’un certain poids. Vous ne faites pas de chansons abstraites, futiles, légères…
J’écris sur ce qu’on a tendance à mettre sous le tapis. Je ne crois pas que je serais capable d’écrire sur mes états d’âme de manière extrêmement crue ou factuelle. Écrire des chansons est une manière de raconter mes rêves, mais aussi une manière de dire tout ce que je ne dis pas dans la vie de tous les jours, tout ce que James Ellroy appelle "la part d’ombre". C’est peut-être cathartique. Je ne saurais pas me confier à quelqu'un au point de dire ce que je dis dans mes chansons.
 
D’autres travaux en cours ?
Je vais faire le prochain album de Camélia Jordana, que l’on prépare calmement mais sûrement. Et puis je prépare un opéra qui se fera à New York et Paris, sur la vie de l’inventeur Nicolas Tesla. J’ai présenté vingt minutes de ce projet à New York avec le Metropolis Ensemble et je suis en train de m’y remettre. Je m’inspire de la vie de Tesla comme on traiterait le mythe de Prométhée – mais c’est le dieu de l’électricité. Son influence plane aussi sur Drones personnels, évidemment.
 
Babx Drones personnels (Cinq Sept-Wagram) 2013
→ En tournée dans toute la France et le 15 avril à la Défense dans le cadre du Festival Chorus

Site officiel
Facebook
 

 
 
Commentaires
Poster un nouveau commentaire
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
Laissez ce champ vide, cela permet d'éviter les soumissions automatiques de spam.
CAPTCHA
Cette question permet de tester si vous êtes un visiteur humain afin d'éviter les soumissions automatiques de spam.
Fermer