Chanson française

Le Cadeau de Maxime Le Forestier
Nouvel album

© Michael Crotto
Maxime Le Forestier
17/05/2013 -

Maxime Le Forestier offre Le Cadeau, son quinzième album, constitué d'un duo avec Camille et de collaborations avec Julien Clerc, Manu Galvin, Claude Lemesle, le comédien Jacques Weber et quelques autres. En dix petits rubans, qui comme à son habitude s'enroulent d'un regard sur le monde et la société, le présent porte les couleurs de musiques venues d'ici et d'ailleurs.

RFI Musique : Vous dites souvent que chaque album vous semble être le dernier. Il y a pourtant eu un moment où vous vous y êtes remis. Un déclic qui a fait que celui-là existe ?
Maxime Le Forestier : D'abord, je me suis remis à écrire pour d'autres : Julien Clerc, Céline Dion, des gens qui me demandaient des textes. Puis un jour, je déjeunais avec le parolier Pierre Grosz et il m'a dit : "Il y en a marre, il faut que tu t'y mettes". Quand j'ai objecté que je n'avais pas d'idées pour moi, il m'a regardé avec ses beaux yeux bleus et a répondu : "Ils vont nous laisser sous l'averse, ça te dit quelque chose ?". Là, j'ai su que l'album venait de commencer. C'est la phrase qui a déclenché la chanson L'Averse. Ce texte est d'ailleurs le premier que j'ai commencé, et le dernier que j'ai fini. Il est fait de rimes en "erse". Du coup, je ne l'avais pas terminé parce que ça sentait trop la sueur, le moment où la technique prend le pas sur le sens.

Le p'tit air
Maxime Le Forestier
Le cadeau
(POLYDOR / UNIVERSAL)
2013

On imagine d'ailleurs que ce n'est jamais pareil…certains titres arrivent comme une évidence et d'autres comme celui-là, mettent plus de temps ?
Oui. Par exemple, la première fois que j'ai pris des notes pour faire La P'tite hirondelle, le parallèle entre les oiseaux migrateurs et les hommes qui émigrent par nécessité vitale, quitte à s'engouffrer dans les trains d'atterrissage des avions, c'était il y a quinze ans. La Bête curieuse, qui parle de notre rapport avec les médias, est venue en deux ans. Et Le Papillon, lui, est venu en deux jours. Cette chanson reprend une histoire particulière : en 1986, un savant mexicain a découvert un papillon qui était jusqu'alors inconnu. Comme il était fan du groupe chilien Quilapayun, il a appelé son papillon Temenis Laothoe Quilapayunia. Et il se trouve que mon percussionniste, Sébastien Quezada, est le fils de Carlos, un des membres de ce groupe. En 1973, ils étaient étudiants et chantaient en soutenant le président Allende. Lorsque Pinochet a fait son coup d'état, ils étaient en tournée en France. Du coup, ils y sont restés parce qu'ils étaient condamnés à mort là-bas. Leurs familles ont été exfiltrées, et c'est comme ça qu'est arrivé mon Sébastien, qui devait avoir quelques mois.

Votre père est né à Londres et avait la nationalité française et britannique. Votre mère a travaillé en Grande Bretagne également. Et pourtant vos musiques souvent très influencées par d'autres pays ne s'inspirent jamais de l'Angleterre…
C'est vrai, oui. Mais pour moi, la langue française convient plus aux métriques latines. Elle est souvent à trois temps, il y a du ternaire à l'intérieur. Le binaire pur et dur, ce n'est pas ce qui m'arrive naturellement. Et en plus, on en entend beaucoup maintenant.

En revanche, vous utilisez toujours les grandes chorales de voix. Et là encore, on en retrouve…
Sur cet album, il y en a deux, c'est vrai : des chœurs tahitiens et d'autres plus familiaux avec Sébastien, Carlos et mon fils. Je les ai toujours utilisés pour souligner un propos. Et surtout, les chœurs en langues étrangères, comme dans Né quelque part où j'avais utilisé le zulu, permettent l'imaginaire, les gens comprennent tous une chose différente. C'est pareil pour le contraste des musiques légères et des textes graves. La chanson, c'est la superposition de deux langages: le texte, compréhensible par le cerveau, et la musique, par les sens. La superposition de ces deux langages peut en donner un troisième, nous emmener ailleurs. Ça peut adoucir le propos, ça peut l'effacer. Mais ça peut aussi le sublimer.

Vous n'en avez pas marre, alors que vous sortez un quinzième album avec autant de choses à dire, qu'on continue à vous parler de la Maison bleue ou de Né quelque part ?
On ne peut pas faire abstraction du passé et la plupart du temps, quand les gens me parlent de mes chansons, ils me parlent d'eux. Ce sont peut-être des repères de moments importants dans leurs vies. Avant la sortie de Né quelque part, j'en avais vraiment ras le bol qu'on me parle de San Francisco tout le temps. Je faisais des disques et tout le monde ne parlait que du premier. À partir du moment où il y a eu ce deuxième succès, j'ai compris que finalement, c'était un privilège. Un gros tube peut devenir le pire ennemi d'un auteur-compositeur, mais c'est une belle chance aussi.

Maxime Le Forestier Le Cadeau (Polydor/Universal) 2013
En tournée à partir de septembre 2013.
Site officiel de Maxime Le Forestier

 
 
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