Industrie du disque

Le disque live à l'ère numérique
De Shaka Ponk à Johnny Hallyday

Shaka Ponk sur scène
© N. Patault
Shaka Ponk sur scène
15/01/2014 -

Plus rare dans les bacs et remplacé depuis un bon moment déjà par le DVD, le disque live tend à se raréfier. Alors que son existence pourrait être remise en question, à l’image du disque et de l’industrie musicale, par Internet et la révolution numérique qui l’accompagne, RFI Musique a mené l’enquête sur le format "live". Où l’on croise la caravane de Shaka Ponk, Cali et Johnny …

Des moments passés à bricoler derrière un ordinateur, des doutes exprimés à voix haute et ce bureau cerné d’enceintes, d’écrans et de machines. C’est sur ces images en coulisse que débute le documentaire accompagnant le CD/DVD live de Shaka Ponk, Geeks on stage. Outre son concert au Palais Omnisport de Paris-Bercy, le groupe amène le spectateur pendant plus d’une heure dans les deux années de tournée triomphale qu’il a vécues et dans les cuisines de sa musique. À l’image, on découvre ainsi Frah, Samaha Sam et ce groupe de geeks qui a voulu faire du rock "sans amplis", avec des "ordinateurs" et des "cartes son", et qui a amené sur scène ses animations (le singe virtuel Goz).

"Un live aujourd’hui, ce n’est pas simplement du son, c’est du cinéma et le cinéma, cela coûte cher. Cela se prépare en amont. Pour filmer à Bercy, il faut louer une grue", constate Emilie Damon, chef de projet du label Tôt ou tard, qui a suivi la réalisation de Geeks on Stage. A posteriori, Shaka Ponk a habillé son concert de Bercy, d’effets visuels, d'animations et de robots que l’on croirait sortis des jeux vidéo.

Après la captation, le groupe aura quasiment "tout fait par lui-même" à l’exception de la promotion. Déjà pris par l’enregistrement de son nouveau disque studio attendu pour ce printemps, il a simplement annoncé la sortie de son live via Facebook et YouTube, avant de le montrer lors d’une projection unique dans un cinéma parisien. Le coût d’enregistrement de ce live se chiffre environ à 100.000 euros.

Le live, un format du passé ?

Je rêve de voir l'été
Cali
La vie cow-boy
(WAGRAM)
2013
Palabra mi amor
Shaka Ponk
Geeks on stage
(Tôt ou Tard)
2013
Shaka Ponk

Lorsqu’on évoque les disques live aujourd’hui, les disquaires indépendants centrés sur le vinyle se grattent la tête. "Le disque live, c’est un format qui appartient plutôt au passé. Avec Noir Désir, on parlait encore d’un groupe qui interprétait ses chansons sur scène. Aujourd’hui, le studio et la scène, c’est souvent la même chose. Ce qu’on voit, c’est plutôt de l’exploitation commerciale pour un public captif", tranche l’un d’eux.

Dans une FNAC du sud de la France, un vendeur observe : "Pour les gros artistes, c’est une tournée, un live. C’est du remplissage, comme une compil’." "Par contre, si Stromae enregistre un live, ça risque d’être plus intéressant…", nuance son collègue. Le spectre des grands live anglo-saxons des décennies passées et des bootlegs, ces enregistrements pirates vendus en sous-main, alimente toujours les conversations.

Dans les bacs, le disque live est un format en voie de disparition, qui a laissé sa place depuis un moment déjà aux étals de DVD et de Blu-ray, ou aux présentoirs de CD/DVD. Impossible à chiffrer vraiment, le live ne rentre pas dans les catégories du Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP) pour lequel il est un album comme un autre.

Dans les grandes enseignes commerciales comme la FNAC, sa vente obéit aussi aux mêmes cycles que les disques traditionnels : plein tarif durant six mois ou un an, un prix intermédiaire, et au bout de quelques saisons supplémentaires, un tarif soldé. Le live se vend en général bien moins qu’un album studio, il est donc réservé à des grands noms ou à des artistes qui ont fédéré, comme Shaka Ponk, une communauté de fans autour d’eux.

À la veille des fêtes de Noël, Geeks on stage avait atteint les 40.000 exemplaires vendus, tandis que le dernier enregistrement studio "des Shaka" s’était vendu au milieu de l’année 2013 à 300.000 exemplaires. "Avec un objet comme celui-ci, on touche avant tout les fans", confirme chez Tôt ou Tard, Emilie Damon. Au sein du label de Thomas Fersen, Vincent Delerm ou des Têtes Raides, les live sortis ces dernières années se comptent sur les doigts de la main.

Des captations pour Youtube et les réseaux sociaux

Cali sur scène

Au pied du sapin de Noël, Shaka Ponk a peut-être été rejoint par les incontournables Johnny Hallyday et Michel Sardou, le CD/DVD retraçant la dernière tournée de –M-, Îl(s), ou le dernier live de Cali. À l’automne dernier, le chanteur a sorti un triple album enregistré en public, La vie cowboy, qui témoigne de son tour de chant piano-voix et d’une nuit électrique au Bataclan, à Paris.

Pour sa dernière tournée, placée "sous l’étoile de Bruce Springsteen" et pour laquelle il avait dit à son groupe: "Tous les soirs, on va être les Clash !", Cali – qui en est à son troisième live- a voulu quelque chose "de plus brut de pomme". "Pour les deux live précédents, on avait retouché deux, trois trucs. Sur celui-ci, on a juste enlevé des chansons, car les concerts étaient plus longs."

Pourquoi ce triple disque live à l’ancienne aujourd’hui et pas un CD/DVD ? "Il faut que le projet s’y prête. Quand on voit le concert de U2 sur la tournée 360, on ne peut pas faire mieux, c’est impossible. On peut juste approcher cette émotion par les chansons elles-mêmes… Et puis, le son évoque plus de choses que l’image. Quand j’aurai 90 ans, des cheveux blancs et de la barbe blanche, je serai heureux d’avoir ces souvenirs", répond l'interprète de C'est quand le bonheur ?. De retour sur ses terres de Perpignan, dans le sud de la France, Cali a néanmoins filmé la dernière date sa tournée et il l’a mise en ligne sur Internet, le jour de Noël.

Au Bikini, la salle de concert rock de Toulouse, où le dernier live filmé fut celui du groupe de métal Mass Hysteria, les jeunes formations filment désormais leurs concerts pour des vidéos promotionnelles qu’elles mettront sur les réseaux sociaux. Si la lumière des écrans de téléphone portables a remplacé les briquets dans les salles de concert, le jour où chacun pourra faire son DVD live est-il venu ? Chez Tôt ou tard, Emilie Damon est sceptique. "L’intérêt d’un DVD live, c’est d’avoir une belle captation, une belle image, un bon son, un bel objet." Quant au disque…

Shaka Ponk Geeks on stage (Tôt ou tard) 2013
Cali La vie cowboy (Wagram) 2013

Page Facebook de Shaka Ponk
Site officiel de Shaka Ponk
Page Facebook de Cali
Site officiel de Cali
Page Facebook de Johnny Hallyday

Site officiel de Johnny Hallyday

Par Bastien Brun
 
 
Commentaires
Poster un nouveau commentaire
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
Laissez ce champ vide, cela permet d'éviter les soumissions automatiques de spam.
CAPTCHA
Cette question permet de tester si vous êtes un visiteur humain afin d'éviter les soumissions automatiques de spam.
Fermer