Festival

Électropicales, réunion d'influences
Musiques électroniques à la Réunion

Festival Electropicales 2013
© N.Dambre
Matt Waro
Festival Electropicales 2013
21/05/2013 -

Des musiques électroniques à la Réunion ? On ne s’attend pas vraiment à en entendre sur l’île du maloya et de Danyel Waro. Et pourtant, nombre de DJs et de producteurs se retrouvent au festival Électropicales, dont la cinquième édition a eu lieu à Saint-Denis, du 16 au 19 mai 2013.

Au stade de Champ Fleuri, ce vendredi à 20 heures, deux joueurs de tennis terminent leur partie sous les projecteurs, au son du DJ local Matt Waro. La cinquième édition du festival des Électropicales a investi les lieux. La soirée sera placée sous le signe des infra basses : dubstep, trap music, bass music…

La jeunesse réunionnaise écoute beaucoup de reggae, de dancehall et de reggaeton. Sébastien Broquet, le programmateur des Électropicales explique : "La scène électro est encore jeune, fraîche et de plus en plus variée. Nous sommes passés d’une scène techno presque 100% zoreil (des arrivants de métropole, NDLR) à une scène très métissée et curieuse."

Ce n’est que la cinquième édition des Électropicales, c’est dire si les musiques électroniques ont mis du temps à traverser les océans. Le développement de l’Internet haut débit a favorisé leur propagation. Matt Waro, qui passera son bac dans quelques semaines, joue du moombahton, "une musique électro au ralenti sur des rythmiques reggaeton" détaille ce fan de Diplo et de Dave Nada. "Mon père est musicien de sega, mais je n’aime pas ça. Dans ma musique, les influences tropicales viennent d’ailleurs." Venue de métropole, Missill livre ensuite un mash up (en français mégamix) pied au plancher, sans temps mort.

Sega et électro

La veille, le bar restau les Pot’Irons accueillait notamment le DJ Culoe de Song, venu défendre sa vision sud-africaine de la house. Une bonne partie des artistes électro réunionnais est venue l’écouter.

Jako Maron, ex-membre des Ragga Force Filaments (rap créole) passé à l’électro, se souvient : "J’écoutais du sega comme du Jean-Michel Jarre ou du Depeche Mode. Il n’y avait pas beaucoup d’autres choses qui arrivaient à la Réunion. Un matin, je me suis détourné du rap que je produisais pour me tourner vers les poètes réunionnais et ma musique s’est ouverte."

Son album z’Amalgame mélangeait slam, maloya et effets électroniques, avant une interprétation plus électro du genre traditionnel dans Saint Extension. Son titre Zitarane conte en créole les méfaits d’un bandit bien connu de l’île. "J’ai enregistré la voix sur un rythme de sega avant de la poser sur une rythmique électro, ce qui provoque comme un flottement."

Très versatile, Psychorigid télescope trap music, acid techno ou dubstep dans les quartiers hauts de Saint-Denis, avec des samples de musique indienne ou de voix créoles. Psychorigid explique : "Mon grand-père était accordéoniste et violoniste dans les bals gravier, à la fin des campagnes sucrières, dans les cours d’usines. Je jouais dans son groupe de sega, mais aussi gospel chez les évangélistes et rock punk avec des copains du lycée. La claque ce fut Squarepusher et Venetian Snares en 2003." On le retrouve le lendemain à Champ Fleuri, pour une soirée plus techno. Techno minimale avec Alex Roland ou les Allemands Âme, Prommer & Barck. Puis techno pure et dure avec Jeff Mills, DJ originaire de Detroit aux États-Unis.

Un Allemand en exil

DJ Vague
DJ Vague

Alexander Barck, membre du collectif berlinois Jazzanova, n’est pas seulement de passage aux Électropicales. Il a suivi sa femme française, qui enseigne à la Réunion pour une année. "Après l’agitation berlinoise, c’était la première fois que je me retrouvais seul pour travailler… au début. Ici, j’ai vu des personnes d’un certain âge en transe sur du maloya. Cela me rappelait certains clubbers du Berghain à Berlin. Je prépare mon premier album solo, qui sortira en octobre 2013 et s’appellera Réunion. Sébastien, des Électropicales, m’a présenté plusieurs artistes réunionnais. J’ai travaillé avec la chanteuse Christine Salem. J’ai aussi rencontré Kwalud et Jeremy Labelle, dont je publie les titres sur mon label." Intitulé Réunion Records, c’est le sous-label du fameux Sonar Kollektiv de Jazzanova. Les trois compères aimeraient ensuite tourner ensemble en Europe.

Créole métropolitain revenu à la Réunion, Jérémy Labelle a grandi avec la techno de Detroit. "J’y ai ressenti les racines africaines, comme on les ressent dans le maloya. Ce dernier m’inspire beaucoup." Sa musique, ouvragée et contemplative, se nourrit par exemple des influences indiennes comme africaines.

DJ et producteur, Kwalud navigue entre techno et bass music, lui aussi très attentif aux sons africains ou haïtiens. Il a également composé pour le spectacle Kok Batay. Autre expérimentateur, Subhash Dhunoohchand, joueur de tabla, frotte son instrument à de l’électronique.

L’electro péï (du pays) prend donc racine, mais la relève de la French touch y est encore timide. Jeff Mills conclut : "Je ne connais pas la Réunion, mais elle pourrait devenir comme Ibiza, une île qui enthousiasme de l’Europe aux Etats-Unis."

Site du festival Electropicales
Tumblr de Kwalud
Site de Jeremy Labelle
Pour écouter
Psychorigid

 
 
Commentaires
Poster un nouveau commentaire
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
Laissez ce champ vide, cela permet d'éviter les soumissions automatiques de spam.
CAPTCHA
Cette question permet de tester si vous êtes un visiteur humain afin d'éviter les soumissions automatiques de spam.
Fermer