Reggae français

Nuttea, reggae à vie
Nouvel album, Mister Reggae Music

© A&M Studio
Nuttea
22/02/2013 -

Dans les années 1990/2000, il était au sommet des ventes, hit maker confirmé avec Trop peu de temps et Elle te rend dingue. Et puis un album trop avant-gardiste, Urban Voodoo, amorça le départ de chez Virgin pour un retour dans la jungle de l’indépendance et du système D. D’autres auraient raccroché. Pas Nuttea, vrai amoureux du son qui a mis plus de deux ans à peaufiner un album intense et d’une grande qualité artistique, Mister Reggae Music, qui accueille des artistes comme Sly & Robbie ou Danakil. À 43 ans, le Don Daddy du reggae francophone n’a pas baissé la garde. Entretien avec un passionné.

Héros
Nuttea
Mister Reggae Music
(Space Party)
2012

RFI Musique : Nuttea, que s’est-il passé pour vous ces dernières années ?
Nuttea : Urban Voodoo est sorti en 2004. Après une période d’inactivité, j’ai recommencé à tourner en sound system. Je vis de ça, je suis retourné à la base. J’ai sorti quelques trucs sur des labels indé comme Subconscience, le label de Conscience, un des chanteurs jamaïcains très en vogue du moment avec DJ Marco. Je suis retourné dans le petit milieu du reggae, qui a bien grossi depuis que je l’avais quitté après Un Signe du temps en 2000, quand j’avais fait la Star Ac’ avec une prestation pourrie. L’attaché de presse m’a convaincu, je l’ai fait à contrecœur et ce n'était pas terrible, mais bon. Avec les sounds, j’ai repris goût au métier. Un mec m’a "engrainé" pour que je vienne, je me suis retrouvé en Bretagne avec le sound Legal Shot, le plus gros de la région, et c’était mortel. J’ai fait mes classiques, Elle te rend dingue, Trop peu de temps, même devant des puristes ça le faisait mortel. J’ai joué devant mille personnes, certains artistes signés ne remplissent pas comme ça ! On a fait un sound de Legal Shot avec Daddy Mory en Bretagne, il y avait 2 500 personnes. Ça fait six ans que je tourne. C’est un retour avec les vrais fans, je retombe sur les fans de Un Signe du temps, on discute, c’est mortel. En parallèle, j’ai financé cet album.

Quels thèmes abordez-vous ?
Un peu de tout. Dans Héros je chante "On se voudrait héros de son histoire/On nous fait miroiter notre heure de gloire/Aux yeux du monde ou devant son miroir/Il y aura toujours besoin d’exister". Sur les chansons d’amour, je me suis pris la tête pour élever le niveau. Il y a un peu de politique dans Hexagone avec Sly & Robbie où je dis que ça n’est pas l'Afrique, l'Irak ou Mexico, que ça se passe ici en France. Je parle de la relève avec Balik de Danakil dans Gardien du temple, "Tiens bon fils, ne lâche pas les rênes".
 
Sans maison de disques, ça a été compliqué ?
Il y a trois ans qu’on est sur ce disque. Comme on est pauvres, on a fait des pauses financières, c’est relou. Mais on a eu deux morceaux avec Sly & Robbie, Hexagone et Gardien du temple, produits par le label de reggae Soul Vybz, des vrais puristes. On voulait faire un disque lourd, pas un album qui sentait la misère. Le reggae, il faut des mecs qui savent jouer. Si tu veux un son correct, il faut cracher un peu. J’ai été voir les majors, elles n’ont pas trop kiffé. Enfin si, la plupart, mais quand tu fais écouter l’album, le mec bouge la tête en disant "c’est mortel, je te rappelle dans quinze jours quand j’en ai parlé avec le patron", et le verdict tombe. J’ai 43 ans. Mais bon, il y a un petit come-back de vieux, ça redevient à la mode ! Et puis j’ai passé treize ans dans le système des maisons de disques, je voulais une nouvelle expérience. Je suis un jeune producteur, et c’est très bien comme ça. Je ne sais pas si on aurait fait mieux en major. J’étais moins prêt à faire des concessions.
 
Vous avez enregistré une partie de l’album à New York…
Oui, et on s’est retrouvés à dormir dans le studio parce qu’on ne pouvait pas prendre d’hôtel. 24 heures sur 24 en studio ! Les gens vont croire qu’on a des thunes pour aller à New York, mais c’était quarante fois moins cher qu’ici. On a un pote qui nous a trouvé des billets à 300 euros, et le studio coûtait 2 000 dollars pour quinze jours. C’était à 40 km de New York, en grande banlieue. Musicalement, je suis content. Mais ça a pris du temps. C’est une expérience. Les maisons de disques qui me trouvaient trop vieux m’ont fait douter, mais les concerts m’ont redonné confiance. L’album s’appelle Mister Reggae Music. Je me la raconte un peu mais il ne faut plus avoir peur de l’ego trip. Et puis après vingt ans de reggae, c’est bon, on peut y aller !
 
Nuttea, Mister Reggae Music (Musicast) 2013.
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Par Olivier Cachin
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