Musique nigérienne

Tal National, le son de Niamey
Nouvel album, Kaani

Tal National
© DR
Tal National
07/11/2013 -

Groupe phare de Niamey, Tal National arrive enfin jusqu’aux oreilles européennes et américaines avec Kaani, un premier album international enthousiasmant.

C’est une pochette de disque orange au design seventies, avec une photo qu’on imagine être le recto d’un vinyle. En haut, en caractères rétro, le nom du groupe : Tal National. Et en bas, à gauche, un tampon à l’encre violette qui attise la curiosité : "enregistré à Niamey, janvier 2011".

Peu de groupes du Niger sortent des circuits régionaux pour arriver sur le marché international. D’ailleurs, sans la rencontre avec un ingénieur du son américain, la musique de Tal National aurait pu rester sur les ondes de Niamey, dans les mariages, le grand marché ou les taxis brousse.

En visite à Chicago pour un festival, le chef d’orchestre du groupe, Almeida, fait la connaissance de Jamie Carter, ingénieur du son américain, qu’il invite séance tenante à Niamey. Avec quelques câbles, micros et son ordinateur portable, celui-ci enregistre dans la capitale nigérienne, deux albums.

En 2011, il capture l’énergie de Kaani et mixe les titres à Chicago. Sur son blog, il relate l’aventure : les musiciens de Tal National font partie des artistes les plus talentueux qu’il ait jamais vu. Et des plus exigeants : pour se mettre d’accord sur la version définitive du disque, il aura fallu plus de cent emails.

Double set

Kaani
Tal National
Kaani
(Fat Cat / Differ - Ant)
2013

Au final, quel son ! Le format des morceaux de Kaani, six à neuf minutes aux confins de l’urbanité saturée et de la transe, rappelle l’époque des grands orchestres d’Afrique de l’Ouest. Almeida, guitariste et leader du groupe, en reconnaît l’influence. Fasciné par l’agilité des guitaristes congolais, il ressuscite avec ses guitar bands successifs, la scène live de Niamey depuis les années 90 : "J’ai notamment monté le Goumbé Star, un orchestre qui a donné une autre couleur à la musique nigérienne. Auparavant, on n’entendait à Niamey que les chansons maliennes, soudanaises ou indiennes, version Bollywood. Grâce au Goumbé, les gens se sont intéressés à la musique produite à Niamey".

Juge et greffier en chef au Tribunal de Grande Instance de Niamey depuis vingt ans, ancien footballeur, Almeida n’est jamais à court d’idées. Il a découvert la guitare chez un de ses voisins à Zinder, puis s’est mis à prendre des cours à l’Institut Français de Niamey, avant de monter plusieurs formations, dans la capitale nigérienne, qui constitue une source d’inspiration infinie : "Niamey est un carrefour, une capitale cosmopolite. Dans Tal National, il y a des Haoussas, des Zarmas, des Touaregs, des Fulanis, des Beri-Beris, des Arabes, des Toubous et des Gourmantchés… Chaque ethnie a sa sensibilité"… Et son répertoire traditionnel, réarrangé à la sauce urbaine par Almeida.

Dès son premier album, Apokte en 2006, Tal National rencontre le succès. Aujourd’hui, le groupe se produit cinq fois par semaine au Tafadek, une boîte qui peut accueillir jusqu’à mille personnes. Tal National compte quatorze membres et comme une équipe de football, il a ses remplaçants – un chanteur bis, un guitariste lead bis, un second bassiste, etc.
"Lorsque nous jouons, explique Almeida, au téléphone depuis Niamey, c’est souvent pendant cinq heures d’affilée. Alors il y a deux sets, avec les deux Tal National. Mais nous avons aussi doublé les effectifs pour répondre aux sollicitations, qui sont parfois nombreuses".

Tal National, les deux équipes

Avec ses deux équipes, Tal National peut simultanément animer un mariage dans un quartier de la capitale, et jouer sur commande d’une compagnie de téléphone mobile à Zinder ! Il précise : "Nous avons beaucoup de fans derrière nous. Donc nos concerts créent beaucoup d’engouement. Nous jouons pour des compagnies privées, mais nous avons toujours refusé les offres des partis politiques, malgré les millions de CFA, pour ne pas exclure les uns ou les autres… "

Respectabilité

Almeida un homme occupé, investi. En plus de ses activités au Tribunal, il enseigne la musique deux fois par semaine à des orphelins, au village d’enfants SOS de Niamey, afin de stimuler leur créativité. "Quelqu’un qui est juge, qui a une fonction et qui choisit de jouer de la musique par passion permet aux gens de comprendre qu’on n’est pas forcément voyou, quand on est musicien. J’ai ouvert la voie : un médecin et un pharmacien sont devenus musiciens… " explique Almeida.

Une respectabilité, qui permet aussi un large succès dans les couches populaires. "Nous avons un public très féminin, assure Almeida. Dans nos textes, nous honorons la femme, chantons sa beauté et sa place dans la société nigérienne. Parfois, cela nous cause des problèmes avec les imams qui pensent que nos textes dépassent les normes du religieux. Nous avons parfois été nommément cités dans des prêches : dans les familles, on chante plus les paroles de Tal National que les versets du Coran !", raconte-t-il dans un éclat de rire sonore.

Mais Tal National ne chante pas que les femmes, mais aussi son fan club (pas fou !), les voleurs de sacs de la gare routière, les camions qui relient Zinder, au sud-est du Niger jusqu’à Agadez, plus au nord, en plusieurs heures, malgré le risque de croiser des coupeurs de route. Tal National, c’est le son de Niamey, la musique du quotidien, de nuit comme de jour.

Tal National Kaani (Fat Cat / Differ-ant) 2013
Page Facebook de Tal National

 
 
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