Musique sénégalaise

Le renouveau de l’Ensemble lyrique traditionnel
Premier album, Sunugaal Gii

Ensemble lyrique traditionnel du Sénégal
© B.Diagne
Ensemble lyrique traditionnel du Sénégal
06/02/2014 -

Sunugaal Gii ("notre pirogue", en langue wolof, la plus parlée dans le pays) est le premier album de l’Ensemble lyrique traditionnel du Sénégal. Sorti en décembre dernier, cet opus de 15 titres appelle à l’unité nationale. La troupe réunit les grandes voix de la musique traditionnelle sénégalaise.

Sur la grande scène du Théâtre Daniel Sorano de Dakar, les artistes de l’Ensemble lyrique traditionnel répètent en chœur plusieurs morceaux pour une fête de gala. Au milieu des musiciens, Arame Kamara chante en langue bambara les louanges de Soundiata Keïta, qui fut un souverain mandingue de l’époque médiévale. "Je chante la tradition. Dans ma culture bambara, il existe des icônes comme Soundiata qui méritent d’être connues du grand public" explique Arame Kamara.

Outre les personnalités historiques et religieuses, cette cantatrice a dans son répertoire des morceaux évoquant des sujets de société sensibles. Pensionnaire du théâtre Sorano depuis vingt ans, Arame Kamara aborde notamment le phénomène des grossesses précoces de jeunes filles, précise-t-elle, "injustement condamnées par la société et qui se sentent obligées de se débarrasser de leur bébé", né dans la plus grande clandestinité.

Réunir les cultures sénégalaises

L’Ensemble lyrique traditionnel du Théâtre Daniel Sorano a été créé en 1965 par Léopold Sédar Senghor, le premier président du Sénégal indépendant, en vue de représenter le pays lors du premier Festival mondial des Arts nègres de 1966. A l’origine, "Senghor voulait retrouver sur scène toutes les sensibilités linguistiques et culturelles du Sénégal", témoigne Massamba Guèye, le directeur général du Théâtre Sorano.

Sunugaal Gii
Ensemble lyrique traditionnel
Sunugaal Gii
2013
Ensemble lyrique traditionnel
Ndeween Joomiraadu
Athia Wélé
Sunugaal Gii
2013
Ensemble lyrique traditionnel

"Le président Senghor s’était inspiré de l’Ensemble lyrique du Mali et de la Guinée, dans lesquels il y avait une symphonie de voix" poursuit Guèye, par ailleurs auteur de nombreux contes en langue wolof. Depuis sa création, la troupe sénégalaise, composée de 23 chanteurs et musiciens reflétant chaque région du pays, parcourt le monde, se produisant lors d’ouvertures de grandes rencontres, comme le premier Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie en 1989.

Les artistes de l’Ensemble lyrique répètent quatre heures par jour au Théâtre Daniel Sorano, qui fait figure d’école de prestige. Pour intégrer cet Ensemble lyrique, chaque artiste passe une série d’auditions données par un jury de professionnels. Une fois sélectionnés, les artistes suivent un apprentissage permanent : chacun doit progressivement comprendre et restituer fidèlement des éléments de la culture de chaque ethnie du pays. Chaque artiste doit en effet être en mesure de chanter, sans accent, en diola, en sérère, en wolof, en pulaar, en bambara et en mandingue, les principales langues parlées dans le pays.

"Tous les jours, nous répétons et apprenons les langues des autres ethnies, mot par mot, afin de connaître le sens de chaque parole", affirme Athia Wélé, la doyenne du groupe d’origine Toucouleur. "C’est un exercice difficile : je dois beaucoup apprendre afin de faire les chœurs correctement", ajoute cette vieille cantatrice emmitouflée dans un ample boubou traditionnel bleu.

Conserver le patrimoine oral

Aux côtés d’Athia Wélé figurent des artistes reconnus tel que Mbaye Ndiaye ou encore Soda Mama Fall… tous aussi charismatiques que d’anciennes icônes ayant par le passé marqué cette troupe traditionnelle : il s’agit notamment de Samba Diabaré Samb, de Khar Mbaye Madiaga ou encore de Ndiaga Mbaye.

En produisant cet album, l’Ensemble lyrique traditionnel veut gagner en visibilité et archiver des pans du patrimoine culturel du pays. "Nous nous sommes rendu compte qu’aucun des ténors n’avait de support physique", explique Massamba Guèye. "Cet album, poursuit-il, permet de capitaliser les productions orales et de conserver le patrimoine."

Joueur de Xalam et joueur de Kora


Dans cet esprit, l’Ensemble lyrique fait intervenir tous les instruments traditionnels du Sénégal. Outre la flûte peulh, les balafons, le riti et les koras, figurent notamment le xalam. Il s’agit d’une petite "guitare" traditionnelle, composée de peaux de vache et de bois que Boydo Diagne, la quarantaine, fabrique lui-même. Issu d’une famille de "Bambado" (des griots), Boydo Diagne a intégré l’Ensemble lyrique en 2000. Depuis, ce musicien autodidacte tente de faire survivre ce type d’instrument en voie de disparition. "Cet instrument est originaire du Mali, il s’est ensuite imposé dans le Fouta (nord du Sénégal). On jouait du xalam lors de cérémonies royales", raconte ce musicien d’un ton emprunt de ferveur.

 

Ensemble lyrique traditionnel, Sunugaal Gii (Théâtre national Daniel Sorano/Studio Sankara) 2013
Page Facebook de la Compagnie du
Théâtre national Daniel Sorano.
Site officiel de la
compagnie du Théâtre national Daniel Sorano.

 
 
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