Nouveauté

Interzone, un duo en exil
Nouvel album, Waiting for Spring

© DR
Khaled Al Jaramani et Serge Teyssot-Gay
01/02/2013 -

Interzone écrit pour son nouvel album, Waiting for Spring, les chroniques d’un exil. Après un long intermède de cinq ans, le duo formé par l’ancien guitariste de Noir Désir, Serge Teyssot-Gay, et le musicien syrien Khaled Al Jaramani a renouvelé les termes de son "dialogue" et offre un voyage passionnant.

Lorsqu’on le rencontre cet après-midi d’automne, il nous parle de "la joie qu’il a de composer pour son ami Khaled" et des questions qui traversent sa musique. Après un long intermède au cours duquel il a participé à mille et une créations, le guitariste Serge Teyssot-Gay retrouve Interzone, le duo qu’il forme avec le joueur d’oud Khaled Al Jaramani.

Sur la route de Homs
Interzone
Wating for Spring
(L'AUTRE DISTRIBUTION)

Waiting for spring, leur troisième album, est une chronique de l’exil du musicien syrien et sa traduction à distance par l’ancien guitariste de Noir Désir. Ce dernier précise avec une douceur qui contraste son propos : "Notre musique est une réaction à ce qui se passe en Syrie, mais au-delà, à ce qui se passe dans le monde entier, où la finance décide des vies et des non-vies, où plein de gens sont dans la merde. Avec Interzone, on cherche les angles morts, on fait naître la vie là où on croit qu’elle est rompue."
 
La trajectoire de ce nouveau disque a largement été cassée par les éclats de la guerre civile en Syrie. Arrêté en mai 2011, alors que les premiers morceaux de Waiting for spring voient le jour, Khaled Al Jaramani est emprisonné durant une semaine : pendant ce temps, à Mexico, où il participe à un festival de poésie, Serge Teyssot-Gay "compose pour son ami". Quelques mois plus tard, l’ancien professeur de oud du conservatoire de Damas se résout à l’exil en France.
 
Des musiques qui guérissent
 
"Rester ou sortir de mon pays et continuer à faire de la musique, ce n’était pas un choix facile. Je suis loin de ma famille, de mes amis, de mon peuple…" dit Khaled Al Jaramani. "Lors de l’enregistrement, on était dans un état bizarre, entre la joie de se retrouver et la tristesse. Khaled était dans cette position d’exilé et en même temps, la musique l’aidait à tenir debout. Il y a des musiques qui guérissent…" complète Serge Teyssot-Gay.
 

Pour ce 3ème jour (troisième chapitre de leur histoire artistique commune), les deux hommes ont changé de registre. Contrairement aux premiers disques d’Interzone, plus immédiats et plus rock, Waiting for spring est un album volontiers contemplatif où chaque morceau est une part d’exil. Il y a des changements d’humeur, des couleurs incertaines, et à chaque déplacement, de nouvelles images qui surgissent.
 
"Nos deux premiers disques ont été construits de la même façon, éclaire Serge Teyssot-Gay, l’un apportait une idée, l’autre la complétait. C’est pour ça qu’on a eu besoin d’une pause, pour se laisser le temps de faire d’autres choses. Cette fois, et c’est une première dans notre processus créatif, chaque morceau a été composé à 100 % par l’un et l’autre." Khaled Al Jaramani estime son côté être allé "plus à l’intérieur, plus dans Interzone".   
 
Une ouverture maximum
 
Les deux musiciens ont mis au cœur de leur démarche une liberté de ton et une "ouverture maximum" qui prennent dans le contexte de guerre en Syrie, un tout autre sens. Ils ont travaillé sur des modes harmoniques ouverts et des rythmiques "cassées" qui sont le contraire du rock. Polyrythmies, rythmes "impairs" à trois, cinq, sept ou neuf temps.
 
"Dans la musique occidentale, on a des constructions harmoniques extrêmement complexes mais des rythmes basiques, un peu comme nos immeubles qui vont toujours vers le haut, constate Serge Teyssot-Gay. Dans la musique orientale, et cela se voit dans l‘architecture des villes, basée –traditionnellement, du moins- sur des constructions assez basses, les morceaux vont d’un point à un autre."
 
Reposant sur une amitié profonde qui trouve son ancrage dans le quotidien, Interzone est avant tout, un "dialogue" entre deux individus sur la même longueur d’ondes. "Avec Khaled, notre association pourrait être uniquement musicale, sauf que non…, poursuit le guitariste. Même si on n’a pas la même culture, ni les mêmes influences, on a des résonnances communes, on envisage beaucoup de choses de la même façon et c’est ce qui fait, je crois, la force de notre musique."
 
Une liberté reconquise
 
Dix ans maintenant après la première rencontre de Serge Teyssot-Gay et Khaled Al Jaramani au détour d’un passage de Noir Désir au Moyen Orient, Waiting for Spring d’Interzone sort sur Intervalle Triton, le label indépendant fondé par Serge. Cette petite structure grâce à laquelle le guitariste peut se permettre de publier "un album tous les six mois" et de tenter les aventures les plus expérimentales, a aussi à voir avec une liberté retrouvée.
 
"Comme chacun des membres de Noir Désir, j’étais en contrat avec la maison de disque Barclay, relate Serge Teyssot-Gay. Quand Noir Désir s’est séparé, Barclay voulait me garder, mais j’ai demandé à ce qu’on me rende mon contrat. Je ne me voyais pas continuer dans un système avec lequel, même au temps Noir Dez, je n’étais pas à l’aise. Et puis, je ne veux pas jouer les hommes sandwichs pour les sites de musique en streaming, qui ont passé des accords avec les grandes maisons de disques et reversent 0,02 cts d’euros par titre écouté aux artistes."
 
Le temps symbolique du "deuil" est passé et Serge Teyssot-Gay peut désormais parler sereinement de son départ de Noir Désir. Dans cette liberté recouvrée, le guitariste semble même avoir découvert un moyen d’apaiser la rage qui l’anime. Pour Interzone, il a ainsi prévu une nouvelle création, en quintette, puis d’autres créations vont suivre, parce que ses recherches sur le son et son apprentissage de la musique en autodidacte sont sans fin… 

Interzone (Serge Teyssot-Gay/Khaled Al Jaramani) Waiting for Spring (Intervalle Triton) 2013
En concert le 27 et 28 février à 20h30 à Paris au Studio de l'Ermitage, double plateau avec World Kora Trio.
Site officiel

 

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