Musique malienne

Les combats de Cheick Tidiane Seck
Nouvel album, Guerrier

© F. de la Tullaye
Cheick Tidiane Seck
12/02/2013 -

Nostalgique du Grand Mali, militant de l’union et de la paix, Cheick Tidiane Seck revient avec Guerrier, un album enregistré de A à Z par le pianiste malien, un album porte-étendard de ses combats contre la mondialisation à sens unique. Rencontre avec un musicien qui consacre une partie de son temps en ce moment à la réalisation de conférences-débats et concerts pour le Mali.

Kile Bora
Cheick Tidiane Seck
GUERRIER
(UNIVERSAL MUSIC JAZZ France)
2013

"Guerrier, c’est mon surnom. Tout le monde m’appelle guerrier" explique Cheick Tidiane Seck avant d’ajouter : "Si j’ai tenu à reprendre cette appellation comme titre de mon nouvel album, c’est au regard du contenu, du propos de ce dernier." A l’écoute des 13 plages de ce CD, on découvre les engagements du musicien malien et sa farouche dénonciation des injustices induites par la mondialisation de l’économie : "Ça commence avec l’exploitation à vil coût des ressources des pays du tiers monde. Sur quels critères se base-t-on pour définir le prix du cacao africain, par exemple. Qui décide et au profit de qui ?" s’interroge celui qui n’hésite pas à citer Stéphane Hessel au cœur de sa chanson Emigrants ou à parler de grande mafia au sujet du Conseil Economique (Fere No Fere). "Alors, oui, je suis un guerrier car je combats tout cela, mais je suis un guerrier au service de la paix et de l’amour, un guerrier pacifiste !".
 
La France a un double discours
 
Les dernières évolutions du conflit malien sont évidemment au cœur des préoccupations du pianiste né à Segou en 1953 : "La France a libéré des villes majeures de mon pays. Mais, aujourd’hui, la France a un double discours. C’est indécent. Elle nous sauve de la barbarie, mais veut dans le même temps jouer les arbitres. Elle nous demande de discuter avec des gens, les Touaregs qui réclament leur indépendance alors qu’ils ne représentent pas 10% de la population. Est-ce que les Maliens demandent à la France de discuter avec les indépendantistes corses, guadeloupéens ou martiniquais ?" questionne le musicien tout-terrain. "Si ça ne marche pas pour la Corse, ça ne marche pas pour nous, non plus !".
 
Nostalgique du Grand Mali, Cheick Tidiane croit encore à l’union, "à l’union de tous les peuples" ajoute-t-il. "La division n’est pas une solution. Si, par malheur, on se dirige dans cette voix, Dogons, Malinkés, Toucouleurs… se sentiront à leur tour, autorisés à s’engager dans cette voie et ça sera la fin du Mali en tant que pays" assène celui qu’on surnomme aussi Black Buddha depuis la parution en 2004 de Mandingoove, son premier album sous son nom ; album sur lequel le pianiste apparaissait dans la position du lotus, tel un Buddha africain. "Si les Touaregs se revendiquent Maliens, je leur dois l’amour ; sinon qu’ils aillent réclamer l’indépendance ailleurs !". 
 
Chanté en bambara, lingala, malinké, français et anglais, cet album s’adresse au plus grand nombre. "C’est un album que j’ai souhaité fluide et tribal" confie-t-il. "J’ai tout fait moi-même, tout joué, tout chanté en re-re (re-recording), piste après piste entre Londres, Paris et Bamako. Je voulais voir ce dont j’étais capable" s’amuse celui qui par le passé, a travaillé avec les plus grands (Mory Kanté, Touré Kunda, Salif Keïta ou bien Joe Zawinul, Graham Haynes, Hank Jones, Marque Gilmore…) côtoyant de fait, des univers world, jazz, hip hop ou drum’n’bass.
 
Entre tradition et modernité
 

"Sur Guerrier, j’ai été mon propre chef d’orchestre. J’avais envie de ça, mon entourage aussi !" confie le multi-instrumentiste qui souligne la convergence d’esprit avec son producteur Marc-Antoine Moreau. "Ça m’a amusé. Je n’avais jamais osé chanter comme ça avant, sauf pour la direction d’orchestre" livre ce disciple de Jimmy Smith, cet ardent défenseur des mélodies et du groove, à cheval entre tradition et modernité. 
 
Sur Liwa Wechi, il rend hommage à la chanteuse sud-africaine Myriam Makeba : "C’est un exemple pour tout le continent. Son combat pour les droits de tous et sa profonde spiritualité sont universels. Liwa Wechi est un titre en lingala du Congolais Franco qui parle du footballeur Weshti François disparu trop tôt, un titre qu’elle a elle-même chanté. Je croyais d’ailleurs qu’il était d’elle, alors qu’il a été créé par Franco" avoue-t-il.
 
Autre disparition mentionnée dans cet album, celle d’Assetou, sa fille terrassée par une méningite foudroyante en 1979 à qui il consacre un touchant blues au piano. "C’est une mélodie que je n’avais jamais interprétée en public auparavant" confie ce père endeuillé pour qui le temps ne sera jamais synonyme d’oubli. "L’oubli n’est pas et ne sera jamais" semble-t-il dire à l'heure de chanter Saya, titre au fil duquel il égraine le nom de tous les musiciens maliens décédés ces dernières années (Kante Manfila, Ali Farka Touré, Zani Diabaté…). Le Mali a une histoire de paix et de cultures, une histoire que rappelle Cheick Tidiane Seck.

Cheick Tidiane Seck Guerrier (Universal Jazz) 2013.
Site officiel

 

 
 
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