Musique du monde

Richard Bona sonne la révolte
Bonafied, un album de résistance

© Ian Abela
Richard Bona
14/05/2013 -

Parce qu’il ne supporte plus le parfum d’imposture qui entoure les prestations scéniques de stars telles que Justin Bieber, Beyonce ou Madonna, qui font le choix du playback, le Camerounais Richard Bona tient à souligner les bienfaits de la musique authentique à travers son nouvel album Bonafied, tout en travaillant sur ceux à venir de Lauryn Hill et Stevie Wonder. Mais ne demandez pas à ce bassiste magicien, qui joue comme il respire, de changer une ampoule

RFI Musique : Qu’est-ce qui vous a amené à privilégier une approche artistique plutôt acoustique pour ce nouvel album Bonafied ?
Richard Bona :J’avais déjà un album qui était préparé. Très électrique, you know. Et puis je me suis révolté contre la direction que prend la musique aujourd’hui. Pas en termes de création, mais au niveau du live : neuf musiques populaires sur dix sont en playback sur scène. Le public ne s’en rend même plus compte. On est dans une société où l’on consomme sans savoir d’où ça vient. Moi, je dis que ce n’est pas normal. Cet album aurait pu être celui de mon projet Mandekan Cubano. Mais c’était compliqué parce que les ressortissants cubains qui sont dans mon groupe, et vivent dans des pays étrangers, ne peuvent plus revenir dans leur pays. Donc, je me suis dit que j’allais commencer un album acoustique, revenir à la méthode de mon premier disque. C’est un album de résistance.

La fille d'à côté feat. Camille
Richard Bona
Bonafied
(Emarcy/Universal)
2013

Dans votre discographie, y a-t-il des albums qui vous satisfont plus que d’autres ?
Un album ne me satisfait que quand je suis en train de l’enregistrer. A la minute où il n’est plus avec moi, j’entends un autre refrain, une autre partie... C’est un avantage parce que je peux trouver plusieurs directions à un morceau, lui donner d’autres couleurs. Et c’est un défaut, parce que ça ne s’arrête jamais. Heureusement, les maisons de disques donnent des deadlines !

Vous aimez cette forme de pression ?
Il n’y a pas de pression, parce que j’écris de la musique au quotidien. Tu sais, l’excellence vient des mouvements répétés. Si tu me donnes une guitare, je peux t’écrire un morceau en trois minutes. Enregistrer un morceau tous les jours, c’est ma "Bonathologie", ma science, mon règlement, ma religion. J’ai six disques durs installés les uns sur les autres ! Pour moi, le plus dur, c’est de trouver une histoire. Quel texte va marier telle musique ? Ce qui prend aussi du temps, c’est de savoir mettre ensemble un groupe de morceaux pour qu’il y ait une cohésion.

 

On vous connaît surtout comme bassiste et chanteur. Sur ce nouveau disque, vous jouez aussi des percussions, du balafon, de la guitare… Vous voyez-vous davantage comme un multi-instrumentiste ?
Mon background, c’est la chanson. Il ne faut pas oublier que j’étais déjà musicien quand je me suis mis à la basse. Étant gamin, j’avais une facilité à pouvoir jouer de n’importe quel instrument qu’on me mettait sous la main. Je ne choisissais pas d’instrument, parce que je n’avais pas d’argent pour choisir un instrument. Tu joues avec ce que tu as ! Le balafon, on peut le fabriquer facilement, comme les percussions. Quand je suis allé en ville, à 12 ans, j’ai vu un vieux saxophone dans un club. J’ai commencé à souffler dedans. Personne ne m’a appris. J’avais un don. La première fois que j’ai joué de la guitare, à 11 ans, c’est après avoir observé un guitariste pendant deux heures. C’est une facilité à comprendre certaines choses. En musique, tout ce que mon oreille entend, je peux l’exécuter. Mais je ne comprends pas tout comme ça ! Dans ma propriété en France, j’ai une ampoule qui a grillé et je ne sais pas la changer ! Ça fait deux mois que je marche dans l’obscurité dans le couloir, je me suis habitué. Alors que dans la musique, je ne laisserais pas passer un mauvais accord, je le changerais dans la seconde.

Avoir reçu le Grand Prix jazz de la Sacem l’an dernier, ça signifie quoi pour vous ?
C’est encourageant, mais ce n’est pas ce qui me pousse à jouer. Cette récompense-là compte plus qu’un prix du public parce que ce sont mes pairs, les professionnels de la musique qui votent.

Sur votre site Internet, on vous voit en photo avec Stevie Wonder, en studio, récemment. Comment cela s’est-il passé ?
Quand il est arrivé au studio, il a demandé : "Est-ce que monsieur Bona est là ?" On s’est salués, et il m’a assuré qu’il était mon plus grand fan ! Je me suis dit : "Il parle de moi là, ou de quelqu’un d’autre ?" La première heure, je n’étais pas très à l’aise. Il n’y avait que nous deux en studio avec son réalisateur et chaque fois, il me questionnait pour savoir si sa voix était bonne…"Qui suis-je, moi, pour te dire ce que tu dois chanter ?" Petit à petit, je me suis ouvert. Et là, j’ai tout changé. J’avais tout en tête mais je n’osais pas suggérer. C’est quand même Stevie Wonder !
 
Quel rôle vous avait-il confié ?
Il est en train de faire un album avec tous ses grands titres qui vont être rejoués par le London Symphony Orchestra. Au départ, pour faire quelque chose de tribal sur un morceau, on lui a proposé cinq musiciens sud-africains qui ont bossé avec Paul Simon. Mais Stevie a dit qu’il connaissait quelqu’un qui pouvait faire le travail tout seul. Il a téléphoné à mon manager qui m’a demandé : "Devine qui te cherche ?" Lauryn Hill – parce que je suis aussi en train de travailler sur son prochain projet ? Prince ? Paul Préboist ? Quand on s’est vus avec Stevie, on a écouté des morceaux et j’ai choisi As. J’ai changé toutes les percussions, bouleversé tout le rythme, fait les guitares parce que j’avais tout enlevé. J’ai même chanté. C’est lui qui m’a demandé, je ne voulais pas.

Richard Bona Bonafied (Emarcy/Universal) 2013
En tournée en France et en concert le 21 mai au Café de la Danse à Paris

Site officiel
A écouter sur RFI, l'émission L'épopée des musiques noires avec Richard Bona le 11/05/2013 

 
 
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Si seulement je pouvais te rencontrer cher R. Bona, tellement je suis fasciné par ta musique si pure et loin des musiques vides de qualité de nos jours !

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