Pop française

Woodkid fait feu de tout bois
Premier album, The Golden Age

© K. Sadli
Woodkid
18/03/2013 -

Ambitieux, Woodkid a pris son temps pour développer un univers musical et visuel très personnel. Clips en noir et blanc, chansons à la fois romantiques et symphoniques, le jeune musicien et réalisateur français y explore le passage de l’enfance à l’âge adulte. Qui est Woodkid ? En seulement deux titres, Iron et Run Boy Run, ce nom s’est répandu sur Internet, en radio et en télévision, un peu partout dans le monde. Aujourd'hui, sort un premier album The Golden Age.

C’est en mars 2011 qu’une chanson symphonique et sombre sert de bande originale à un clip en noir et blanc gothique et martial. Le morceau Iron est visionné plus de 20 millions de fois sur le web, le single se vend à 300.000 exemplaires. L’enfant que l'on voit dormir tel un gisant se réveille dans le film suivant, Run Boy Run, courant, épée de bois à la main, vers une cité de marbre.

Les pochettes de disques montrent le visage mutant du concepteur de Woodkid, Yoann Lemoine, avec barbe et casquette. Cet univers en noir et blanc et cette histoire sont également déclinés lors de ses quelques concerts événements.
 
Religion
 
L’enfant de bois (woodkid) est-il l’alter ego de Yoann Lemoine ? Le héros d’un conte ? Le trentenaire réalisateur et musicien nous livre quelques clés : "C’est un univers, l’histoire d’un personnage —un enfant ou un adolescent— qui est en phase de mutation, qui passe de l’état de bois à l’état de marbre. C’est une vision quasi tarkovskienne* du passage de l’enfance à l’âge adulte, celui de l’endurcissement. Cela m’intéressait d’évoquer des émotions à travers ces matériaux."
 

Iron
Woodkid
The Golden Age
(Green United Music)
2013

Woodkid, c’est en effet un univers à la fois profane et mystique, plein de symboles, d’éléments organiques et minéraux, qui rappellent l’univers du cinéaste russe. "Je reviens à une forme de spiritualité plus abstraite. Je suis passionné par la peinture religieuse autant que par la musique religieuse" confie Yoann Lemoine. Ce premier album, The Golden Age, est traversé d’orgues et de chœurs, il comprend même un titre intitulé Stabat Mater. Né en 1983 d’une mère d’origine juive polonaise, il a passé quelques années dans une école catholique à Lyon. Religion qu’il a rejetée à l’adolescence, alors que s’affirmait son homosexualité.
 
Bandes originales
 
"J’avais besoin de grandeur, socialement et physiquement, j’ai envie de laisser une trace et de faire de grandes choses. Le projet a explosé sans que je le voie vraiment venir. La création est une démarche quasi psychanalytique. Je travaille de façon presque archéologique sur les fragments de mon passé, sur de micro-traumatismes. Parlant du processus de création d’identité, je crée ainsi ma propre identité. Mais je ne suis pas touché par le syndrome de Peter Pan." Yoann Lemoine se démarque bien de l’enfant de bois, Woodkid, tout comme le narrateur de son album, s’adresse à un enfant qui ne veut pas grandir.
 
Avec une cousine polonaise, il a écrit une nouvelle, The Golden Age, qui accompagne une édition limitée de son premier album. Yoann Lemoine avait d’abord travaillé comme illustrateur de livres pour enfants, avant de se mettre au film d’animation, puis de prendre une caméra pour filmer.
 
Clips et films publicitaires lui ont permis de financer son projet Woodkid. De Calogero à Katy Perry, en passant par Yelle et Lana Del Rey, il est très demandé. Professionnel de l’image, Yoann Lemoine ne l’envisage pas sans musique. Enfant déjà, il écoutait beaucoup de bandes originales de films qu’il n’avait pas vus. Des artistes comme Angelo Badalamenti, Philip Glass ou Nobuo Uematsu ont influencé celui qui avait entamé des études de piano classique, et qui désormais chante en anglais.
 
Symphonique
 

Le musicien et réalisateur s’est fait discret avant l’aboutissement de son album. Histoire de rester humble et de consacrer tout son temps à son projet protéiforme (six mois par clip). Certains y voient une stratégie de communication, ce qu’il réfute. Ce premier album, mis en route en 2009, a été enregistré avec près de 80 musiciens de l’Orchestre national de France et de l’Opéra de Paris.
 
L’orchestre symphonique est ici utilisé comme support harmonique des chansons et non comme simple arrangement. De quoi donner une envergure, voire une démesure à l’ensemble de cette musique très cinématographique, qui accompagne parfaitement les clips très esthétiques. Le duo rémois The Shoes était également à ses côtés en studio. Woodkid a pris son temps, ce qui a donné un peu d’assise à ce projet. Habitant désormais New York, Yoann Lemoine rêve désormais d’une autre grande entreprise : réaliser son premier long-métrage.
 
* Andrei Tarkovsky, cinéaste russe
 
Woodkid The Golden Age (Green United Music) 2013.
Site officiel
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