Rock français

Marcel et son orchestre, fin de carrière ?
Dernier album et tournée d'adieu

© DR
13/02/2012 -

Avec un double-album luxueux, Dans la Joie jusqu’au cou..., accompagné de Tous les Coups sont permis !, le groupe de rock Marcel et son Orchestre annonce en grande pompe sa séparation et s’apprête à assumer une tournée d’adieu explosive, en forme de happy end ! Un dernier mouvement, un ultime feu d’artifice pour tester leur devise jusqu’à la démesure : "Danse, Déconne, Dénonce" !

Comme Johnny Hallyday ou Charles Aznavour, les Marcel et son Orchestre se piquent d’entamer, à leur tour, une grande tournée d’adieu. Dans ce cas, pourtant, il ne saurait être question d’argument marketing fallacieux : c’est 100% sérieux ! Après deux décennies de bons et loyaux services sur les routes de France et de Navarre (200 jours/an de concerts), à écumer les bars, à rugir tous riffs dehors, à gueuler leur punk potache à grand renfort de poilades, les sept membres de cette formation rock’n’roll déjantée, made in Nord-Pas-de-Calais, ont décidé de poser leurs valises, de raccrocher, de lever le pied. Emotion non voilée et sourires éclatants émaillent aujourd’hui le discours de leur leader, Franck Vandecasteele, a.k.a Mouloud, car les Marcel se quittent comme ils se sont aimés : "Dans la joie jusqu’au cou".

Cerf-Volant
Marcel et son orchestre
Dans la joie jusqu'au cou...
(Mesoproduction)
2012

Lorsqu’ils fondent le groupe, ces ch’tis ont tout juste vingt ans et trois accords dans les doigts ("dont deux qu’ils jouent mal") : ils débordent surtout de l’envie furieuse de rocker, de se marrer... Avec le temps, les certitudes s’effondrent, les envies divergent, la spontanéité s’essouffle : "Malgré nos quarante ans, la naissance de nos gamins, nos changements de vie... on ne voulait pas sombrer dans le consensus mou", rigole Franck. "On souhaitait éviter les rancœurs, les dissensions, les amertumes. Tant qu’à rester potes, autant s’offrir une happy end !".

Surtout, les Marcels, autoproduits depuis leurs débuts, regrettent un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, sans nostalgie et sans mauvaise foi : "Tout l’esprit qui nous éclatait dans les années 1990/début 2000 fond comme neige au soleil : les scènes indépendantes, les radios libres, les artistes undergrounds... Aujourd’hui, dès qu’on voit un groupe, on se demande s’il vend du jean, des baskets ou des forfaits téléphoniques... Il faut googliser, facebooker, entretenir les réseaux sociaux, en bref, passer plus de temps à faire savoir qu’on existe, qu’à exister. Nous on préfère la sueur des salles de concert...".

Surtout, Franck dénonce un bridage systématique du monde de la musique : "Comme dans l’industrie alimentaire, des lois scélérates servent uniquement à nourrir les grosses entreprises qui ont les moyens de s’y plier... Dans les salles, la sécurité à bon dos. La musique ne peut plus dépasser de 3db le bruit ambiant. Depuis la loi anti-tabac, les fumeurs sortent sur le trottoir, les riverains gueulent... Quant aux concerts, ils se transforment peu à peu en séances de cinéma : les bars disparaissent progressivement des salles ; les musiciens n’ont plus le temps de se changer pour saluer le public, que la sécurité a déjà vidé le lieu... Enfin, les coûts de production (location, organisation...) deviennent énormes. Un exemple : il y a trois ans, nous avons fait la traversée de Paris, avec des salles complètes à chaque fois...: nous avons perdu 10 000 € car nous avions décidé de ne pas dépasser les 20€ de prix d’entrée ! Les concerts deviennent prohibitifs, les publics ne se mixent plus..." Autre grief : si la relève rock sonne intéressante aux oreilles des Marcels, ils déplorent aussi le manque d’audace vestimentaire de cette jeune génération, qu’ils jugent aussi conformistes que des agents d’assurance.

Alors, comme Franck et sa bande peinent aujourd’hui à se glisser dans la panoplie slim/chemise cintrée/converses, ils rechignent aussi à faire entrer au chausse-pied leur rock carnavalesque dans les carcans que la société leur impose : "On a toujours choisi l’exubérance, car pour nous, le rock’n’roll, c’est un exutoire, un courant d’émancipation qui dit : ce soir, on sort du cadre, ce soir c’est la vie, on rit de l’autorité, on se joue de l’institution, de la religion...On désobéit sauvagement, on s’éloigne à tout prix des dix commandements du rockeur, on ne redoute pas la faute de goût." Loin des modes, loin de toute routine aussi, les Marcels refusent donc de troquer la passion pour le "job". Toute leur carrière fut menée en pied-de-nez à la branchitude, à la bienséance, et aux diktats. Alors, une dernière fois, ils explosent tout, brandissant leur devise, le triple D, avec peut-être plus de conviction encore qu’à l’accoutumée : "Danse, Déconne, Dénonce".

A l’heure d’économies drastiques dans le monde de la musique, cette bande de joyeux lurons à la sincérité inébranlable sort en grande pompe un double-album luxueux. Face A, Dans la joie jusqu’au cou : de nouvelles compos garage twist façons sixties, désopilantes, gouailleuses, véritables antidépresseurs ! Face B, Tous les coups sont permis : des relectures impertinentes de leurs tubes (La 7ème compagnie en Jamaïque, Bonne fête maman...), qui traînaient dans les fonds de tiroir avec de vieux sandwichs.

Pour l’heure, les Marcels s’apprêtent à repartir sur les route, à visiter une dernière fois ces salles de France où ils ont noué tant de contacts, rencontré tant d’amis. "The show must go on", avant que le rideau ne tombe. Les Marcels tirent leur révérence pour un ultime passage que l’on présage sauvage. Pour au moins six mois, les neurones à crêtes continueront encore de s’agiter : "Hey ! Ho ! Let’s go !"

Marcel et son Orchestre Dans la joie jusqu'au cou (Meso productions/L'autre distribution) 2012
En tournée française à partir du 23/02 et en concert à Paris le 3 avril à la Maroquinerie

Le site de Marcel et son Orchestre

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