Evénement RFI

Grand Corps Malade en route pour Kinshasa
Interview

© S. Bonijol
Grand Corps Malade
21/02/2013 -

A l'occasion de l'anniversaire de RFI Planète Radio, un projet qui permet d'aider à la conception et à l'installation de radios dites communautaires, le slameur français Grand Corps Malade se rendra à Kinshasa en RDC pour des ateliers et un grand concert le 23 février qu'il donnera avec un artiste congolais de talent, Jupiter. Avant de partir, l'artiste s'est confié à Nathalie Amar sur l'antenne de RFI.

RFI Musique : Grand Corps Malade, c’est un événement de vous entendre hors des frontières de l’Europe. Pourquoi avez-vous accepté de faire ce voyage à Kinshasa ?

Grand Corps Malade : Un événement, oui bien sûr, c’en est un. Mais ce n’est pas la première fois que nous allons hors des frontières de l’Europe parce que c’est un grand plaisir pour nous. On a la chance d’avoir une langue qui se partage, qui se propage un peu partout dans le monde. Nous sommes déjà allés en Afrique. Nous avons déjà joué au Québec évidemment, à Beyrouth. Aller faire un concert à Kinshasa au Congo, c’est pour nous un événement, c’est un honneur même. Cela fait toujours plaisir d'aller dans des pays où l’on n’a pas trop l’habitude d’aller.
 

Grand Corps Malade et Nathalie Amar

Quel rapport avez-vous avec l’Afrique ?
Je n’ai pas de rapport direct. J’ai la chance d’avoir grandi à Saint-Denis en banlieue parisienne, dans une ville très cosmopolite. J’ai grandi entouré de Maliens, de Sénégalais. Et du coup, je pense à eux forcément. J’ai joué par exemple à Bamako il y a deux ans.
Saint-Denis, c’est une des villes les plus maliennes de la région parisienne. Donc j’ai plein de potes maliens. Aller jouer là-bas, c’était vraiment pour moi une émotion particulière, de me dire que j'allais sur les terres de mes potes, qui eux parfois n’ont pas la chance d’y aller ou n’y ont jamais été. Moi j’ai eu la chance d’aller faire un concert et de faire ce que je sais le mieux faire chez eux, à Bamako.
 
C’est un continent qui vous est familier de toute façon ?
Oui c’est cela. J’ai l’impression qu’il m’est familier même si en vérité, je ne le connais pas très bien.
 
Vous avez prévu d’aller à la rencontre des jeunes Kinois pour les initier au slam. Qu’avez-vous envie de leur transmettre par-dessus tout ?
Je n’ai pas de grand message, je ne m'en sens pas légitime. Il s'agira simplement d'une rencontre. Une rencontre, ça marche dans les deux sens c’est-à-dire que je vais essayer de leur apprendre deux ou trois trucs, et forcément eux, ils vont m’en apprendre aussi. C’est le but. Quand on va si loin dans un pays comme ça, ce n’est pas juste pour faire une heure et demie de concert et rentrer chez nous. J’ai envie de rencontrer des gens, des jeunes. Et dans ces ateliers slam, je vais évidemment essayer de leur donner deux ou trois billes d’écriture, essayer de partager un moment d’oralité où chacun va écrire et dire son texte. Mais au-delà du prétexte du slam, cela va être un moment de rencontre, un moment humain.
 
Vous diriez que le slam s’enseigne ou s'agit-il plus d'une sensibilité à fleur de peau ?
Le mot enseigner est peut-être un peu fort. Moi, dans les ateliers slam, je n’enseigne rien du tout. J’essaie juste de mettre en confiance, de créer les conditions d’un moment de partage sympathique. Après j’essaie de glisser deux ou trois astuces d’écriture. Mais voilà, je ne suis pas prof de slam, non. Je parle d’animation. Je suis animateur d’atelier slam, mais je ne suis pas prof.
 
Et vous, comment le slam vous est-il venu ? Dans quelles circonstances ?
Ça m’est venu comme tous les slameurs, c’est-à-dire un jour en passant la porte d’un petit bar, il y avait une scène ouverte, une soirée slam ouverte à tous. C’est le grand principe du slam, l’accessibilité, la gratuité. Tout le monde peut participer. C’était un petit bar juste à côté de la place Clichy à Paris. J’ai vu des slameurs, des slameuses de tous âges. Je me suis assis, j’ai écouté. Il y avait une ambiance très conviviale, une grande écoute et surtout, beaucoup de talents sur scène. Quand je dis sur scène, c’est anecdotique car il n’y a pas de scène dans les bars, c’est juste devant le comptoir. J’ai aimé ce que j’ai vécu, ce que j’ai entendu, ça m’a donné envie de participer.
 

Votre venue à Kinshasa a-t-elle aussi un rapport avec les valeurs que défend RFI Planète-radio dont on fête cette année les 15 ans, et les 10 ans à Kinshasa ? Avec cette idée de mettre la radio au plus près des communautés ?
Bien sûr. Je suis un peu au courant de ce que fait RFI-Planète Radio et forcément, ce sont des valeurs dans lesquelles je me retrouve. Aller dans les coins les plus reculés pour essayer justement de créer du contact, aller construire des radios et des studios d’enregistrement au cœur de la brousse. Ce sont de belles choses. La radio, c’est un média justement. On a l’impression qu’il n’est pas ouvert à tous parce qu’on ne peut pas faire de la radio n’importe où. Et bien RFI-Planète Radio a décidé que si : on peut faire de la radio n’importe où, même dans les endroits les plus reculés où la technique n’est pas la plus facile à mettre en place, j’aime cette idée-là. Dans le slam, je me retrouve un peu dans cette idée, aller slamer partout même là où on ne vous attend pas. Quand j’ai commencé, on appelait cela du « slam sauvage ». On allait slamer dans les parcs, dans les rues mais aussi dans les prisons, dans les hôpitaux. On appelait cela un « attentat verbal », un attentat tout ce qu’il y a de plus convivial, je vous rassure. Du coup, l’idée, c’était d’aller là où on ne nous attend pas. J’ai l’impression que RFI-Planète Radio, c’est un petit peu ça. Là, c’est les 15 ans et c’est une belle occasion.
 
Revendiquez-vous le terme d’artiste engagé, ou est-ce qu’au fond, cela vous agace et c’est juste vous, votre façon de vivre, de voir le monde ?
Non, ça ne m’agace pas. Après c’est vrai qu’engagé, j’ai tout de suite l’impression d’avoir un micro dans une main et le poing levé dans l’autre, et d’appeler à de grands messages. Je ne me reconnais pas forcément là-dedans. Sans jouer sur les mots, j’aime bien dire que je suis un artiste concerné, c’est-à-dire que je suis concerné par le monde qui m’entoure, je regarde les infos, je lis la presse. Forcément, je donne mon avis sur tel ou tel sujet quand j’ai l’impression de le maîtriser un peu. Dans mes textes, de temps en temps, il y a certains engagements. Alors après, est-ce que cela fait de moi un artiste engagé ? Je laisse les autres juger.
 
Pour revenir à ce concert de Kinshasa, il y aura une autre grande affiche : l’artiste congolais Jupiter. Vous ne vous connaissiez pas à la base, avant de vous rencontrer ? Qu’avez-vous en commun ?
Déjà, une certaine envie de faire de la scène. On a discuté un petit peu. On fait des disques, on fait plein de choses mais à chaque fois, ce sont des prétextes pour être sur scène. Et ce qu’on va partager là-bas, c’est vraiment un moment de scène. Je vais faire une partie de mon concert, lui une partie du sien et après on fera un concert commun. On va se voir deux, trois fois dans les deux ou trois jours qui précèdent pour préparer quelque chose. J’ai assisté, alors qu’il faisait un concert à Paris, à ses répétitions, etc… J’ai aimé ce que j’ai vu et j’ai été impressionné. C’est un mec qui a du charisme, qui a une belle voix grave et il avait des musiciens qui envoyaient bien derrière. On va bien s’amuser et j’ai hâte de le retrouver là-bas.
 
Concert avec Jupiter à Kinshasa : samedi 23 février, à la Halle de la Gombe à l’Institut français. Et retransmission en intégralité sur RFI le 2 mars entre 21 heures et 23 heures dans l’émission Musique du monde de Laurence Aloir.
 
A écouter l'émission l'Atelier des médias consacrée à RFI Planère Radio

RFI Planète Radio

 
 
Commentaires (1)

Bravo à G.C.M. et bon annif à RFI P.R.

J'ai assisté pour la première fois au concert de Grand Corps Malade hier soir à Kinshasa et je dois dire que c’était un énorme succès. La halle était pleine et l'ambiance était chaude. C'est un grand artiste - CHAPEAU!

Poster un nouveau commentaire
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
Laissez ce champ vide, cela permet d'éviter les soumissions automatiques de spam.
CAPTCHA
Cette question permet de tester si vous êtes un visiteur humain afin d'éviter les soumissions automatiques de spam.
Fermer