Reportage

Grand Corps Malade, slam à Kinshasa
Son périple à l'occasion des 15 ans de RFI Planète Radio

© Max Bale
Jupiter et Grand Corps Malade en concert
25/02/2013 -

Concert inédit samedi dernier à Kinshasa. Grand Corps Malade est monté sur la scène de la Halle de la Gombe, à l'invitation de l’Institut Français et de RFI. L'événement célébrait les 15 ans de RFI Planète Radio, dont l’action soutient les radios de proximité dans le monde. Le slameur français était à l’affiche avec la star congolaise Jupiter, avec un duo inédit à la clé. Avant ça, pour sa première visite en RDC, le Français avait choisi de passer quelques jours au Congo. Récit.

A la descente d’avion, la première chose qui frappe Grand Corps Malade, c’est la chaleur et la moiteur. "On a l’impression de rentrer dans sa salle de bain", lance l’artiste, qui devra encore affronter la route de l’aéroport, long cauchemar des conducteurs avec ses bouchons interminables, avant d'arriver à destination.

Alchimie

Le lendemain, le mercredi, les répétitions se tiennent dans une sorte de hangar au toit de tôle. Au plafond, une boule à facettes lui donne un air de boîte de nuit fatiguée. Jupiter aperçoit Grand Corps Malade, retire sa casquette et lui donne une tendre accolade. Les deux géants (autour du mètre 90 chacun) ressemblent à un cadet et son ainé en pleines retrouvailles. Ils doivent préparer un duo inédit pour samedi soir alors qu’ils ne se sont vus qu’une fois, en octobre, à Paris. "Il faudrait qu’on fasse deux morceaux avec deux ambiances différentes. Un truc lourd, et un autre plus rock pour finir", explique Grand Corps Malade. "Ok, on va essayer", répond le Congolais.
 

Grand Corps Malade avec Jupiter et ses musiciens en répétitions

Jupiter prend alors les choses en main. L’artiste dirige son équipe pour laisser Grand Corps Malade se faire une place. Et après quelques flottements inévitables, l’alchimie se fait très rapidement. "Il s’est passé un truc. La collaboration s’est imposée presque comme une évidence", déclare Grand Corps Malade. Jupiter lui, en vétéran, avait à cœur de mettre le Français à l’aise : "Ça passe très facilement. Je suis déjà un vieux chevronné. J’ai donc choisi deux morceaux pour qu’il puisse bien s’exprimer et se chauffer le corps (rires)". En trois heures, l’affaire est pliée. Pas besoin d’une seconde répétition. Ils sont prêts.
 
 
Partage
 
Ce vendredi, Grand Corps Malade l’attendait avec impatience. Pour son passage à Kin, il a tenu à rencontrer des slameurs congolais. Invité par Jupiter au quartier populaire de Lemba, il rejoint le bar le Bunker. La rencontre devient vite une scène ouverte, ceux qui le souhaitent montent sur scène. "Le but est de se rencontrer, de s’écouter. En slamant on va briser la glace", explique Grand Corps Malade. Il ouvre lui-même le bal et c’est évidemment un tabac, devant des jeunes qui pour la plupart le considèrent comme un modèle.
 
"Seule la queue, rarement la tête, n’est exposée. Seul le peuple, jamais les gouvernants, ne sont affamés", clame Hadji, 30 ans, pendentif en forme de feuille de cannabis au cou. Surnommé "rasta", il se bat pour faire sortir son art de la confidentialité, sur une scène dominée par la Rumba et le Ndombolo. "On en est encore au début, on utilise le système débrouille. Mais les gens commencent à sortir de leur chambre pour réciter leurs textes."
 

Grand Corps Malade rencontre les slameurs congolais

Grand Corps Malade, lui, est ravi. Il se sent dans son élément. "Je n’ai pas envie de venir à Kin juste pour faire mon concert, et aller dans les ambassades. C’est le premier vrai moment du séjour, où on rencontre les gens, où on partage un moment de slam. Depuis ce matin, on est enfin à Kinshasa !"
 
Ovation
 
Samedi, c'est le grand jour. La grande halle de la Gombe est pleine à craquer. Plus de 1 000 personnes sont présentes, beaucoup de monde est refusé. En uniforme militaire, Jupiter attaque fort, avec ses rythmes de Solom Bome. Une partie des tribunes se lève. "Le tempo traditionnel c’est toujours chaud. Les percussions vibrent, bouillonnent", expliquera l’artiste. Les mélodies se font un temps plus douces, "on atterrit", lance Jupiter, avant un nouveau décollage avec Dutch, chantée en partie en allemand, clin d’œil à son enfance passée à Berlin Est. Les fans crient "général rebelle !", son surnom. Certains tentent de passer les barrières de sécurité. Jupiter lui, rit beaucoup, et à 50 ans, n’hésite jamais à lancer ses grands pas de danse.
 
Le très attendu duo arrive enfin. "Viens… Je t’attends", lance le Congolais avec sa voix grave. Le Français s’avance alors, pour la première fois devant le public congolais. En live, l’alchimie est bien là, et les spectateurs font un triomphe à ces vers écrits spécialement : "quelques années plus tard, un samedi au bout du monde / je poursuis mon histoire et j’entends cette voix qui gronde / c’est la voix de Jupiter et son concert j’ai aimé ça / un peu ému et très fier de jouer ce soir à Kinshasa". C'est l'ovation.
 
Puis Grand Corps Malade revient seul sur scène, avec ses musiciens. Il reprend les principaux titres de son troisième album, comme Définitivement, écrite pour la naissance de son fils. Le concert décolle très vite sur Les voyages en train, tiré de son premier opus. C’est là que l’artiste a senti l’impact de son travail au Congo. "Je ne pensais pas que les Kinois connaissaient aussi bien mes textes. Dès que j’ai fait la première phrase, j’ai eu l’impression de marquer un but", expliquera le slameur dans les loges.
 
Pour la soirée, il choisit aussi de grands classiques, comme Sur mes deux oreilles et Saint-Denis, hommage à sa ville. Le public se presse contre les barrières. Finalement l’artiste lance aux vigiles un "laissez-les danser". Le barrage tombe et les spectateurs se déversent dans la fosse. "C’était fort. Dans des instants comme ça tu te sens porté, presque dans un état second. Ça fera partie des grands souvenirs de cette tournée." Grand Corps Malade peut repartir à l’écriture de son quatrième album. Sa future tournée le ramènera sûrement en terre africaine.
Paroles de slameurs : les textes de deux slameurs de Kinshasa qui ont participé à l'atelier avec Grand Corps Malade et Jupiter

→ À ne pas manquer le concert diffusé le 2 mars prochain dans l’émission Musiques du monde de Laurence Aloir sur RFI.
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