Edith Piaf

Piaf
Né(e) : 19/12/1915 à Paris (France)
Mort : 11/10/1963 à Plascassier (France)
Pays : France
Langue : Français
Qualité : Auteur / Chanteuse / Compositeur
Genre musical : Chanson

On lui en voudrait presque, au Moineau d'avoir été si grande (avec son mètre quarante-sept) que les autres, derrière, paraissent tout petit. D'avoir si pleinement, si fortement personnalisé la chanson française que, quarante ans plus tard, on ne peut s'empêcher de lui chercher une descendance. En vain. Car Piaf n'était pas seulement Piaf. Elle était dans le sillage d'une époque qui créait des Cocteau, des Sartre, des Chagall. Mieux, Piaf elle-même créait des Montand, des Aznavour, des Bécaud.... Piaf, c'était la France. Sans marketing ni hit-parade. Avec le talent et la passion, c'est tout.

On lui en voudrait presque, au Moineau d'avoir été si grande (avec son mètre quarante-sept) que les autres, derrière, paraissent tout petit. D'avoir si pleinement, si fortement personnalisé la chanson française que, quarante ans plus tard, on ne peut s'empêcher de lui chercher une descendance. En vain. Car Piaf n'était pas seulement Piaf. Elle était dans le sillage d'une époque qui créait des Cocteau, des Sartre, des Chagall. Mieux, Piaf elle-même créait des Montand, des Aznavour, des Bécaud.... Piaf, c'était la France. Sans marketing ni hit-parade. Avec le talent et la passion, c'est tout.

La légende veut qu'Edith Piaf soit née sous un lampadaire, rue de Belleville dans le 20e arrondissement de Paris. En fait, Edith Piaf est sans doute née à l'hôpital Tenon, porte de Bagnolet, comme l'indique le très officiel certificat de naissance au nom d'Edith Gassion daté du 19 décembre 1915.

Son père, Louis-Alphonse Gassion, est acrobate de rue et sa mère, Anita Maillard, est chanteuse lyrique sous le nom de Line Marsa. D'origine kabyle par sa mère, Edith est confiée à sa grand-mère Aïcha dans les premières années de sa vie. En effet, alors que le pays est en pleine guerre mondiale, son père rejoint l'armée et sa mère retourne chanter dans les rues sans trop se soucier de son enfant.

De Belleville à Pigalle

Deux ans plus tard, son père confie Edith à sa grand-mère paternelle qui vit en Normandie, à Bernay. Elle passe là quelques heureuses années avant de retourner vivre sous la houlette paternelle. Ensemble, ils sillonnent la France où, pendant que son père fait son numéro, la petite passe le chapeau.

Au fur et à mesure des années, elle va découvrir le pouvoir de sa voix sur les foules. Avec sa meilleure amie, Simone dite Momone, elle va de plus en plus souvent gagner sa vie grâce au chant. A quinze ans, elle décide de quitter son père pour voler de ses propres ailes.

Elle rencontre en 1932 Louis Dupont, dit P'tit Louis. De leur union, naîtra en 1933 une petite Marcelle. Mais, deux ans plus tard l'enfant meurt d'une méningite.

Edith continue de chanter dans les rues de Belleville et de Pigalle, quartier qu'elle fréquente plus souvent désormais. C'est là, cette même année, qu'elle est repérée par Louis Leplée, directeur d'un des cabarets les plus élégants de Paris, le Gerny's, situé sur les Champs-Elysées. Il est emballé par la voix de la jeune femme et décide de l'engager immédiatement. Il la baptise alors la Môme Piaf, nom qui en argot signifie petit oiseau et qui évoque toute la fragilité physique du personnage.

Du haut de ses 1,47 m, elle séduit alors le Tout-Paris de l'entre deux-guerres et obtient un triomphe immédiat.

Dans la foulée, Louis Leplée lui fait enregistrer son premier 78 tours en 1936, "Les Mômes de la cloche". Mais en avril, Leplée est assassiné chez lui. Piaf, qui a un peu fréquenté le "milieu", est alors interrogée par la police et la presse ne tarde pas à s'emparer de l'histoire. Mais très vite, la jeune chanteuse reprend sa carrière en main avec l'aide d'un homme, Raymond Asso. Aventurier et ancien légionnaire, Asso, qui est très amoureux de Piaf, comprend toutes les nuances du personnage et l'aide à devenir la tragédienne que l'on connaît. Avec la compositrice Marguerite Monnot, il lui offre un titre qui reste un des classiques du répertoire d'Edith Piaf, "Mon légionnaire", titre cependant déjà interprété par Marie Dubas.

De Meurisse à Cocteau

En 1937, La Môme Piaf devient définitivement Edith Piaf, et Raymond Asso réussit à convaincre le directeur de l'ABC, grande salle parisienne de l'époque, de l'engager en vedette américaine. Piaf, qui a maintenant vingt-trois ans, fait un triomphe. Elle tourne son premier film, "La Garçonne" de Jean Limur et quelques mois plus tard, passe cette fois en tête d'affiche à Bobino.

En 1940, Edith Piaf rencontre le comédien Paul Meurisse. Il sera son compagnon pendant deux ans. D'un naturel rieur et farceur, Edith Piaf est tout le contraire de Paul Meurisse, homme réservé et élégant, qui lui apprendra comment se tenir en société.

Edith Piaf devient à cette époque la coqueluche des grands intellectuels, et entre autres de Jean Cocteau qui écrit sur mesure pour le couple Meurisse-Piaf, la pièce qui sera le succès de la saison 1940, "Le Bel Indifférent". Cette histoire qui décrit une scène de ménage pendant laquelle l'homme reste imperturbable et silencieux, révèle l'immense talent de Piaf pour l'art dramatique. Suite à cette pièce, le couple est engagé pour le film "Montmartre-sur-Seine" de Georges Lacombe où il partage l'affiche avec Jean-Louis Barrault. Sur ce tournage, Piaf rencontre Henri Contet, qui devient son nouveau pygmalion et un de ses principaux compositeurs.

Pendant cette période de guerre, Edith Piaf fait de la résistance à sa façon, et n'a de cesse, entre autres, de faire travailler les musiciens juifs.

Piaf est maintenant une artiste qui maîtrise parfaitement son art et son personnage. En 1944, elle a presque trente ans. Forte de son expérience et de son succès, elle en fait profiter tous ceux qui selon elle, le méritent. C'est ainsi, que lorsqu'elle rencontre le jeune Yves Montand à la fin de l'été 1944, non seulement elle tombe amoureuse de lui, mais elle prend en charge toute sa carrière, du répertoire à sa garde-robe. Henri Contet lui écrit des titres que Montand chantera toute sa vie tels "Battling Joe" ou "Luna park".

En 1945, Piaf et Montand sont réunis à l'écran dans le film "Etoile sans lumière" de Marcel Blistène.

De Montand à Cerdan

A la fin de l'année 1945, Piaf écrit seule un des titres les plus populaires de tous les temps, "La Vie en rose". Cependant, son entourage de l'époque considère cette chanson sans intérêt et Piaf mettra plus d'un an avant de la chanter. Si ce titre est co-signé par Louiguy, c'est que Piaf n'a pas les qualités requises à l'époque par la SACEM (Société des auteurs compositeurs) pour être admise en tant que compositeur. Durant toute sa carrière, Edith Piaf composera cependant presque quatre-vingts titres.

En 1946, Edith Piaf fait la connaissance d'un groupe de jeunes chanteurs les Compagnons de la Chanson. Comme pour Montand, elle décide de prendre leur carrière en main. Elle leur propose d'enregistrer un titre ensemble, "Les Trois Cloches". Le succès est foudroyant et le disque se vend à un million d'exemplaires. Piaf décide alors de les emmener avec elle lors de sa première tournée américaine qui démarre en 1947.

Ce voyage outre-Atlantique est un véritable défi pour cette enfant de Belleville. Effectivement, les premiers concerts au Playhouse, cabaret new-yorkais, n'attirent guère les Américains qui ne comprennent pas grand chose au personnage de Piaf. Cependant, sur le point de rentrer en Europe, Piaf décide de rester après avoir lu une excellente critique dans un des plus grands quotidiens de New York. Elle retrouve alors un engagement d'une semaine au Versailles, cabaret très sélect de Manhattan. Face au succès, elle y restera finalement quatre mois et reviendra y chanter régulièrement les années suivantes.

Ce passage à New York est marqué pour la chanteuse par deux rencontres essentielles. Tout d'abord, elle devient très amie avec la comédienne et chanteuse Marlène Dietrich avec qui elle restera en contact jusqu'à sa mort. Mais surtout, elle tombe follement amoureuse du boxeur Marcel Cerdan. Cette histoire entre "Le roi de la boxe et la reine de la chanson", tel que le titrent nombre de journaux, est une des plus fameuses romances du siècle. Célébrissimes l'un et l'autre à cette époque, mais dans des domaines très différents, Piaf et Cerdan vivent leur relation sans aucune rivalité. Pour lui, elle écrit avec Marguerite Monnot "L'Hymne à l'amour", un de ses titres les plus connus et les plus chantés.

La mort soudaine de Marcel Cerdan le 28 octobre 1949 dans un accident d'avion aux Açores transforme cette belle histoire en tragédie, telle que Piaf les chante, d'autant plus que cette disparition marque pour la chanteuse, le début d'une longue période de dépression qui ne cessera jamais vraiment.

D'Aznavour à Bécaud

Fragilisée par cet événement, Piaf, déjà très croyante, se jette à fond dans le mysticisme et même le spiritisme. Elle ne cesse cependant pas de travailler et en 1950, elle remonte sur scène à Paris à la salle Pleyel. A cette même époque, le jeune auteur-compositeur Charles Aznavour devient son "homme-à-tout-faire", secrétaire, chauffeur et confident. Dès 1945, elle l'a aidé à faire ses preuves sur scène mais jamais elle ne prend sa carrière en main comme pour Montand ou Les Compagnons de la Chanson. Cependant, Aznavour, qui lui écrira des titres tels que "Jézébel" ou "Plus bleu que tes yeux", restera un de ses fidèles jusqu'au bout.

En 1951, Edith Piaf impose son nouveau protégé, Eddie Constantine, jeune chanteur et acteur américain, dans l'opérette "La p'tite Lili" que l'auteur Marcel Achard monte à l'ABC sur une musique de Marguerite Monnot. Le spectacle tient l'affiche sept mois au bout desquels Piaf et Constantine se séparent.

Cette même année, Piaf va avoir deux accidents de voiture. Suite au deuxième dont elle sort très meurtrie, on lui administre de la morphine, drogue dont elle ne pourra plus guère se défaire par la suite. Mêlée à l'alcool, la drogue provoquera une longue et inéluctable dégradation de sa santé, déjà fragile.

En juillet 1952, elle épouse civilement le chanteur Jacques Pills avant de célébrer le mariage en grande pompe à l'église, comme elle en a toujours rêvé, à New York lors de sa cinquième tournée américaine. Pills, qui donne aussi quelques récitals dans un cabaret new-yorkais, est accompagné au piano par un jeune débutant, Gilbert Bécaud, qui pour Piaf écrira "Je t'ai dans la peau" (avec Pills). Piaf chante au cabaret Le Versailles auquel elle reste fidèle depuis sa première tournée.

A partir de cette époque, Piaf va suivre plusieurs cures de désintoxication. L'alcool et la drogue font des ravages. Pourtant, Edith Piaf est à cette époque au sommet de son art et les enregistrements de ces années-là, en studio ou en concert, sont exceptionnels. Son entourage tente de dissimuler son état de santé à la presse, et Piaf reste enfermée chez elle pendant de longs mois dans les années 1953-1954.

Cependant, lorsqu'elle apprend qu'elle va chanter à l'Olympia en 1955, Edith Piaf retrouve enthousiasme et énergie pour se remettre au travail malgré sa santé fort défaillante.

Pour son premier récital dans la plus célèbre des salles parisiennes, Edith Piaf remporte un énorme triomphe justifié par un spectacle sublime. Sa voix est puissante et bouleversante. Cette même année, Piaf repart pour une tournée épuisante à travers les Etats-Unis qui se terminera début 1956 par un récital de vingt-deux chansons au Carnegie Hall de New York. Comme à la salle Pleyel de Paris en 1950, Piaf est la première artiste de variétés à chanter dans ce temple de la musique classique. Naturellement, le succès est au rendez-vous. Edith Piaf est désormais une star internationale.

De Moustaki à Sarapo

De janvier à mai, Piaf et son équipe partent pour une tournée en Amérique latine et rentrent à Paris le 14 mai. Dès le 24 mai, elle s'installe à nouveau à l'Olympia jusqu'en juillet. Elle y crée "L'Homme à la moto", reprise d'un titre américain, et aussi "Les Amants d'un jour", titre qui devient un tube populaire. Puis en septembre, nouveau départ pour l'Amérique. L'année 1956 marque aussi l'ultime cure de désintoxication de la chanteuse qui ne touchera désormais plus une goutte d'alcool. Sa santé est cependant définitivement détériorée.

De sa tournée en Amérique du Sud, Piaf a rapporté une mélodie qui deviendra "La Foule" et qu'elle crée à Paris lors de son troisième passage à l'Olympia début 1958. Durant ce même récital de trois mois, elle crée également un de ses plus grands succès, "Mon manège à moi".

En 1958, Edith Piaf rencontre Georges Moustaki, qui se fait appeler à l'époque Jo Moustaki. Chanteur, auteur, compositeur, il lui écrit avec Marguerite Monnot, la chanson "Milord". Doté d'un caractère entier, Moustaki aura avec Piaf une relation houleuse. Ils ont ensemble un grave accident de voiture en septembre 1958 qui affaiblira un peu plus Piaf. Quelques mois plus tard, en plein concert à New York, elle s'effondre sur scène et est opérée d'urgence.

En 1960, c'est cette fois le jeune compositeur Charles Dumont qui lui propose sa chanson "Non je ne regrette rien". Piaf est subjugué par ce titre. Elle décide de le chanter sur scène à l'Olympia début 1961, lors d'un concert qu'elle a promis au directeur, Bruno Coquatrix, pour sauver sa salle de la faillite. Totalement épuisée par les opérations et les médicaments, Piaf contre l'avis des médecins et de son entourage, continue de chanter et de triompher, même s'il n'est pas rare qu'elle s'écroule sur scène.

C'est au début de l'été 1961, qu'elle rencontre le dernier homme de sa vie, Theophanis Lamboukas, qu'elle baptise Sarapo, traduction de "je t'aime" en grec, langue maternelle du jeune homme. Il est le dernier homme qu'elle aimera et aussi le dernier chanteur qu'elle tentera de lancer. En juin, elle reçoit le grand prix du disque de l'Académie Charles Cros pour l'ensemble de sa carrière.

Le jour le plus long

En septembre 1962, elle s'installe une dernière fois à l'Olympia avec un répertoire plus intimiste. Le 25 du même mois, elle chante du haut de la Tour Eiffel pour la première mondiale du film "Le Jour le plus long". Devant un parterre de têtes couronnées et de stars, Piaf chante ce soir-là pour toute la ville de Paris qui s'étend à ses pieds.

Quelques jours plus tard, le 9 octobre 1962, elle épouse Theo Sarapo selon les rites orthodoxes. Ils chantent ensemble à Bobino en février 1963 leur titre fétiche, "A quoi ça sert l'amour ?".

Elle tombe dans le coma en avril. Très affaiblie et souvent inconsciente, elle passe les derniers mois de sa vie dans le sud de la France. C'est sur les hauteurs de Cannes, à Plascassier, que Edith Piaf s'éteint le 11 octobre 1963, le même jour que son ami Jean Cocteau.

Ces funérailles à Paris le 14 octobre 1963 attirent des dizaines de milliers d'admirateurs qui suivent le cortège jusqu'au cimetière du Père Lachaise. Encore aujourd'hui, sa tombe est quotidiennement fleurie par d'innombrables visiteurs venus du monde entier.

L'héritage

Personnalité majeure de la culture française, Edith Piaf est encore très présente dans l'actualité de la chanson. En 1996, le spectacle "Piaf je t'aime" consacré à la vie de la chanteuse, rencontre un vif succès à Paris.

En 1997, Charles Aznavour reprend le titre "Plus bleu que tes yeux" dans un duo virtuel avec la chanteuse. Depuis sa disparition, ses chansons ont été reprises par les plus fameux artistes internationaux parmi lesquels Louis Armstrong, Joséphine Baker, Marlene Dietrich, Johnny Hallyday, Serge Gainsbourg, Liza Minnelli, ou plus récemment Etienne Daho ("Mon manège à moi").

Le 11 octobre 2003, pour les quarante ans de la disparition d'Edith Piaf, le maire de Paris Bertrand Delanoë inaugure une statue de la chanteuse, conçue spécialement et scellée sur la place Edith Piaf, à quelques mètres de l'hôpital Tenon qui a vu naître la Môme en 1915.

A travers le monde, sa notoriété est toujours aussi importante. Des spectacles et des comédies musicales sont montés autour de ses chansons, de sa vie et de son personnage. En février 2007, sort un film retraçant sa vie, "la Môme", réalisé par le Français Olivier Dahan. C'est la jeune actrice Marion Cotillard qui interprète le rôle. Le film rencontre un grand succès en France ainsi que dans d'autres pays du monde comme aux Etats-Unis. Au pays de l'Oncle Sam, Marion Cotillard reçoit en janvier 2008 un Golden Globe Award de la meilleure interprétation dans une comédie musicale pour son interprétation d'Edith Piaf. En février, c'est un trophée de l'Académie britannique des arts de Télévision et de Film (Bafta) qui lui est remis à Londres pour le même rôle. Elle est aussi nommée pour concourir à l'Oscar de la meilleure actrice le 24 février à Hollywood.

Février 2008

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