Jacques Dutronc

Né(e) : 28/04/1943 à Paris (France)
Pays : France
Langue : Français
Qualité : Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical : Chanson

Le play-boy du quartier de la Trinité, à l'ironie douce-amère, a réalisé avec "Il est cinq heures, Paris s'éveille", l'une des chansons majeures de ces cinquante dernières années. Son interprétation de Vincent Van Gogh au cinéma lui a valu le César du meilleur acteur. Vrai paresseux, Jacques Dutronc mène une carrière tranquille marquée par des retours triomphaux.

Le play-boy du quartier de la Trinité, à l'ironie douce-amère, a réalisé avec "Il est cinq heures, Paris s'éveille", l'une des chansons majeures de ces cinquante dernières années. Son interprétation de Vincent Van Gogh au cinéma lui a valu le César du meilleur acteur. Vrai paresseux, Jacques Dutronc mène une carrière tranquille marquée par des retours triomphaux.

L'homme au cigare et aux lunettes noires naît le 28 avril 1943 à Paris. Son père, ingénieur, est un grand amateur de musique et très jeune, Jacques apprend le piano avant de se consacrer plutôt à la guitare. Adolescent peu motivé par l'école, il quitte le lycée Condorcet à seize ans pour intégrer une école de dessin industriel. Mais sa véritable passion est la musique qu'il pratique avec ses copains du quartier de la Trinité dans le IXème arrondissement de Paris, dont son ami Hadi Kalafate et un certain Jean-Philippe Smet alias Johnny Hallyday. C'est le début des années 60 et le rock'n'roll envahit doucement le pays. Jacques Dutronc n'échappe pas à la vague des groupes rock qui fleurissent dans la capitale et avec quelques copains, il crée El Toro et les Cyclones qui connaît vers 1962 une petite notoriété. Deux 45 tours de quatre titres chacun sortent même au printemps 62.

Après son service militaire en Allemagne, il devient le guitariste d'Eddy Mitchell, ex-chanteur des Chaussettes Noires. De plus en plus intégré au milieu musical, il obtient un poste de directeur artistique chez Vogue. Il commence alors à écrire quelques titres pour des jeunes chanteuses. Puis Jacques Wolfsohn, également directeur artistique dans cette maison de disques, lui demande d'écrire quelques titres pour Françoise Hardy, vedette montante de la vague yéyé. Pour celle qui deviendra sa compagne quelques années plus tard, Jacques Dutronc compose donc "Va pas prendre un tambour" et surtout "C'est le temps de l'amour", adapté d'un instrumental de son ex-groupe El Toro et les Cyclones, "Fort Chabrol".

Rencontre avec Jacques Lanzmann

C'est en 1965 que Jacques Dutronc rencontre l'écrivain et journaliste Jacques Lanzmann. De cette amitié, va naître une longue et fructueuse collaboration auteur/compositeur de près de dix ans. Et surtout, dans la foulée, Jacques Dutronc va enfin se mettre à chanter.

1966 est une année majeure dans la carrière du jeune chanteur. Dès la sortie de son premier 45 tours, "Et moi et moi et moi", Jacques Dutronc est sacré star du jour au lendemain. Le succès est immédiat pour ce titre signé Dutronc/Lanzmann. La personnalité ironique et nonchalante du chanteur et son humour insolent et parfois provocateur font de lui un artiste singulier que le public remarque et apprécie très vite. Loin de la vogue contestataire de l'époque et du mouvement hippie, Jacques Dutronc développe une élégante image hors mode caractérisée par sa tenue vestimentaire, costume-cravate, fort décalée des courants du moment.

Un million de "Cactus"

Peu de temps après, sort un second titre, "Les Play boys". Nouveau succès pour Jacques Dutronc qui reçoit moins d'un an après ses débuts le prestigieux Prix de l'Académie Charles Cros pour la qualité des compositions. A la fin de l'année, sort un premier album, "Les Cactus", qui en un an s'écoule à un million d'exemplaires. Jacques Dutronc enchaîne alors les concerts et dès 66, il en donne près de 200 dans l'année.

Comme dans ses chansons, Jacques Dutronc développe sur scène un style unique où se mêlent provocation et dérision. Toujours accompagné d'accessoires allant du balai au rouleau de papier hygiénique, le chanteur et son groupe (dont le futur Alain Chamfort aux claviers) mènent à un rythme effréné des concerts toujours plus nombreux. C'est la même année que Françoise Hardy, elle même au sommet de la gloire, devient la compagne de Jacques Dutronc.

En 1967, les tubes s'enchaînent avec "J'aime les filles", puis "Il est cinq heures Paris s'éveille", titre classé récemment comme le meilleur de ces cinquante dernières années. Ce dernier titre, emblème du répertoire de Dutronc, est signé pour les textes par Jacques Lanzmann et son épouse Anne Segalen qui travaillera également souvent avec le duo.

Mai 68 : "L'Opportuniste"

Lors des événements de mai 1968, Dutronc se contente d'écrire "L'Opportuniste", allusion ironique à la situation politique. Puis suivent en 1969, "L'Hôtesse de l'air" ou "L'Aventurier", dans lesquelles le chanteur joue avec son image de séducteur.

Au début des années 70, le rythme de travail du chanteur s'allège. Jacques Dutronc se lance avec le dessinateur de bandes dessinées Fred dans une initiative en direction des enfants. Outre quelques chansons, il écrit la musique de deux contes d'une vingtaine de minutes chacun, "Le Sceptre" et "La Voiture du clair de lune". Fred se charge des textes. Cependant, malgré la poésie du projet, le succès n'est cette fois pas au rendez-vous.

En 1971, celui que la presse de l'époque qualifie de "gai luron", revient sur scène en septembre pour la première fois depuis deux ans dans un cabaret de l'avenue de l'Opéra à Paris. L'année suivante, on remarque le magnifique "Le petit Jardin", titre écologiste avant l'heure, ainsi qu'un 45 tours dans lequel Jacques Dutronc reprend deux titres de Serge Gainsbourg, "Elle est si" et "L'âge d'or". Les deux hommes, très amis, travailleront ensemble à plusieurs reprises au cours des années suivantes.

Sa carrière d'acteur

L'année 1973 marque un changement de direction dans la carrière de Jacques Dutronc. En dépit de quelques tubes dont "Gentleman Cambrioleur", titre générique d'une série TV, Dutronc cesse en partie son travail de chanteur pour entamer une brillante carrière de comédien. Il fait ses débuts dans le film "Antoine et Sébastien" de son ami le photographe Jean-Marie Périer. Les critiques sont élogieuses et désormais, Jacques Dutronc partage son temps entre chanson et cinéma, consacrant cependant une large place au Septième Art.

Enfin le 16 juin 1973, naît son fils Thomas, raison supplémentaire de ralentir son rythme professionnel.

Musicalement, on retrouve Jacques Dutronc en février 1975, à travers son album "L'Ile enchanteresse" qui compte quatre titres signés Gainsbourg. L'album réunit en outre des titres de 73, 74 et 75, et sont signés pour les textes Jacques Lanzmann (pour la dernière fois), Jean-Loup Dabadie et Jean-Pierre Bourtayre. Cette même année, Jacques Dutronc interprète l'un de ses rôles les plus marquants au cinéma dans "L'important c'est d'aimer" du polonais Andrzej Zulawski. Il y démontre l'étendue de son talent d'acteur dans un rôle à fleur de peau qui révèle une sensibilité indéniable que l'artiste avait toujours tenté de camoufler derrière son insolence et son humour.

La fin des années 70 se passe plutôt devant les caméras où le chanteur s'est fait un nom aussi vite que dans la chanson. Ses principaux films à cette époque sont "Les bons et les méchants" de Claude Lelouch en 1977, "L'état sauvage" de Francis Girod en 1978 et "Sauve qui peut (la vie)" de Jean-Luc Godard en 1980.

Retour à la chanson

En 1978, Jacques Dutronc chante un duo, "Brouillard dans la rue Corvisart" avec Françoise Hardy, mais c'est en 1980 qu'il fait son grand retour à la chanson avec l'album "Guerres et pets" dont six titres sur neuf sont écrits avec Serge Gainsbourg. L'album ne connaît pas les records de vente de ses débuts mais cependant, chaque retour de Jacques Dutronc est désormais un événement musical. Le titre qui en ressort est "L'Hymne à l'amour (moi l'nœud)", manifeste anti-raciste présenté sous un angle à la fois impertinent et désinvolte qui reflète les tempéraments communs des deux auteurs. Jacques Dutronc reprend également "Le temps de l'amour" qu'il avait composé près de vingt ans plus tôt pour sa compagne.

Justement, le 30 mars 1981, Françoise Hardy et Jacques Dutronc se marient en Corse, dans leur fief de Monticello où le couple possède une maison depuis de nombreuses années déjà. La Corse est pour Dutronc une terre d'adoption où il passe désormais une grande partie de son temps.

En 1982, sort un nouvel album, "C'est pas du bronze", cette fois en partie co-signé avec Anne Segalen. Puis deux ans plus tard en 84, Jacques Dutronc renoue avec le succès lors de la parution du 45 tours "Merde in France" dont le seul titre fait couler beaucoup d'encre. Le disque se vend très bien, et l'humour acerbe et un rien scatologique du chanteur n'a rien perdu de sa vigueur. Enfin, en 1987 c'est au tour de l'album "CQFDutronc" d'envahir les bacs des disquaires mais avec un succès mitigé. Entouré d'un ancien guitariste de David Bowie et de Jean-Jacques Burnel des Stranglers, Jacques Dutronc concocte un album aux accents rock. Il collabore pour la première fois avec Etienne Daho sur le titre "Mais qui se soucie de nous" et partage un duo avec Bambou, la dernière compagne de Serge Gainsbourg ("Opium"). En outre, il célèbre la terre de Corse dans "Corsica", titre écrit et interprété avec le groupe I Muvrini.

En 1989, Jacques Dutronc retrouve Andrzej Zulawski "Mes nuits sont plus belles que vos jours", mais le résultat n'est pas à la hauteur de leur première collaboration 15 ans plus tôt. En revanche, lorsqu'il décide de tourner avec le réalisateur Maurice Pialat en 1991, Jacques Dutronc se lance dans un des principaux rôles de sa carrière cinématographique. En mai 91 débute le tournage de "Van Gogh", film qui raconte les derniers mois du peintre dans le village d'Auvers-sur-Oise au nord de Paris. Le film sort avec succès en 92, et la performance d'acteur de Dutronc lui vaut d'obtenir le César du meilleur acteur cette même année.

Triomphe sur scène en 92

Musicalement, l'année 1992 marque le retour sur scène du chanteur. Des spots de publicité signés Jean-Marie Périer annoncent l'événement à la télévision. Les concerts ont lieu au Casino de Paris pendant quatre semaines à partir du 3 novembre. Le succès est énorme, et la popularité de Jacques Dutronc est confirmée chaque soir devant un public enthousiaste et ravi de retrouver un Dutronc au meilleur de sa forme. Ses tubes des années 60 sont applaudis à tout rompre et devant ce triomphe, le spectacle obtient quelques mois plus tard, en février 93, la Victoire de la Musique du meilleur spectacle de l'année. L'enregistrement du concert qui sort la même année se vend à plus de 600.000 exemplaires.

Dans la foulée, sortent de nombreuses compilations de son répertoire, dont une intégrale de son travail chez Vogue entre 66 et 76 présentée dans une boîte de conserve.

A partir de mars 1993, Jacques Dutronc part en tournée et s'arrête en avril au festival de Bourges et en juillet aux Francofolies de La Rochelle ainsi qu'au festival rock de Leysin en Suisse. Entre temps, il fait une escale au Casino de Paris pour une nouvelle série de concerts. Il y intègre la venue d'un journaliste différent chaque soir qu'il fait monter sur scène au milieu du spectacle afin de répondre à ses questions. L'exercice est fort périlleux pour les journalistes mais le succès de l'idée est indéniable auprès du public.

1995 ; "Brèves rencontres"

Après quelques films avec entre autres Michel Deville ou Patrick Grandperret, Jacques Dutronc sort un album le 4 octobre 1995, "Brèves rencontres". En dépit d'une large promotion, le chanteur reste en retrait des médias et quand il reçoit les journalistes, c'est souvent dans sa maison de Corse. Album au son rock sobre et élégant, "Brèves rencontres" donne lieu à une plus grande diversité d'écriture que les précédents disques. Jacques Dutronc s'est entouré de la jeune écrivain Linda Lê ("L'âme sœur"), David Mc Neil ("La pianiste dans la boîte à Gand"), Jean Fauque, auteur pour Alain Bashung ("Elle m'a rien dit m'a tout dit") ainsi que Thomas Dutronc et Arnaud Garoux ("A part ça"). Il partage également un duo avec Etienne Daho sur "Tous les goûts sont dans ma nature".

En fin d'année, il part au Maroc tourner "Les Victimes" de Patrick Grandperret qui sort un an plus tard le 11 septembre 1996. Peu de nouvelles du fumeur de cigares à la fin des années 90 à part sa participation dans le film de Nicole Garcia, "Place Vendôme" en 1998 et dans le nouveau Claude Chabrol, "Merci pour le chocolat" en 2000.

Retour sur la musique en début de siècle via un duo inattendu avec le rappeur Stomy Bugsy, "Une tombe à la place du cœur". Alors que des bruits courent sur un nouvel album, c'est sur celui de Françoise Hardy qu'il apparaît en mai 2000 en partageant avec elle un magnifique duo écrit par Jean Nohain et immortalisé par Mireille en 1935, "Puisque vous partez en voyage".

2003 : "Madame l'existence"

En 2001, Jacques Dutronc fait encore une interprétation remarquée d'un homme malade, en fin de vie, dans "C'est la vie" de Jean-Pierre Améris aux côtés de Sandrine Bonnaire. Il apparait également dans "Embrassez qui vous voudrez" de Michel Blanc. Mais plus qu'au cinéma, c'est dans la chanson que chacune de ses apparitions sont un événement. Ainsi, lorsque est annoncé un nouvel album dès 2002, chacun se prend à rêver d'un retour sur scène.

L'album paraît enfin mais en 2003, le 19 mai. Nommé "Madame l'Existence", ce CD fut en grande partie créé et enregistré dans sa maison corse, à Monticello. On y retrouve David Mc Neil mais surtout Jacques Lanzmann avec lequel il n'avait pas collaboré depuis la fin des années 70. Dans ce disque qui devait à l'origine êrte un album de reprises, Jacques Dutronc interprète également un titre de Mouloudji, "Un jour tu verras".

Il poursuit de façon sporadique sa carrière d'acteur en participant aux films de Gabriel Aghion, "Pédale dure" (2004), d'Eric de Montalier "Ma place au soleil" (2006), de Gilles Paquet-Brenner, "UV" (2007), ou d'Alain Corneau "Le deuxième souffle" (2007).

En juin 2009, sortant de sa retraite corse, Jacques Dutronc annonce son retour sur scène, un challenge que lui lance son fils Thomas, qui lui-même tourne beaucoup.

2010 : de retour sur scène

La tournée démarre le 8 janvier 2010 à Evry, se poursuit au Zénith de Paris du 12 au 16 janvier et dans de nombreuses villes de France jusqu'en juin.

Dutronc propose un show qui commence comme d'habitude par "Et moi et moi", balance quelques 24 titres, des tubes qui pour l'essentiel, appartiennent aux années 60 et 70 ("Fais pas fais pas ça", "Les cactus", "La fille du Père Noel", etc.). On peut y entendre aussi "Merde in France" ou "Madame l'existence", des chansons un peu plus récentes. L'ambiance est délibérément rock, le look toujours le même, veste de cuir noir et Ray Ban. Les musiciens dont Jannick Top, Fred Chapelier, Erdal Kizilcay ou Bernard Arcadio sont quasiment les mêmes que sur la tournée 92-93. Une manière pour Dutronc de ne pas être trop dépaysé. Pour les dates parisiennes, l'artiste invite le chanteur Etienne Daho et le comédien Vincent Lindon à venir le rejoindre sur scène. Ce retour sur scène constitue l'évènement majeur du début de l'année 2010 en France.

Janvier 2010

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