Sheila

Né(e) : 16/08/1946 à Créteil (France)
Pays : France
Langue : Français
Qualité : Chanteuse
Genre musical : Chanson

Après vingt ans d'une carrière triomphale dans la variété française la plus populaire, la "jolie petite Sheila" a connu maints revers de fortune à partir des années 80. Les années 2000 ont vu revenir sur scène celle qui fut l'idole de toute une génération.

Après vingt ans d'une carrière triomphale dans la variété française la plus populaire, la "jolie petite Sheila" a connu maints revers de fortune à partir des années 80. Les années 2000 ont vu revenir sur scène celle qui fut l'idole de toute une génération.

Annie Chancel est née dans la banlieue parisienne, à Créteil, le 16 août 1946. Ses parents, André et Micheline Chancel, sont commerçants en confiserie sur les marchés de la région. Adolescente, elle pratique assidûment la danse mais des problèmes de chevilles l'empêchent de s'y consacrer à plein temps comme elle le souhaiterait. Après l'école, elle se lance dans une formation de comptable qui dure deux ans. Finalement, c'est auprès de ses parents qu'elle travaille, d'où cette image de marchande de bonbons qui la suivra lors de ses débuts. 

Claude Carrère

Au début des années 60, Annie chante dans un groupe rock, les Guitar Brothers. Mais, elle seule est engagée par une maison de disques. C'est Claude Carrère, encore apprenti producteur, qui repère la jeune fille et lui fait signer son tout premier contrat le 15 septembre 1962. Totalement inexpérimentée, celle qui se nomme désormais Sheila devient salariée à des conditions qu'elle dénoncera 20 ans plus tard au cours d'un procès retentissant. Pour l'heure, Claude Carrère prend en main la jeune chanteuse. Il devient son agent, producteur et mentor. Rien de la vie et de la carrière de Sheila ne lui échappe. Quelques jours après la signature, Sheila enregistre un premier 45 tours, "Avec toi".  

En 1963, Sheila devient du jour au lendemain une vedette populaire. Son deuxième 45 tours est un tube. "L'école est finie" atteint des scores inédits de ventes (1,5 millions de 45 tours) et de succès auprès de la jeunesse. C'est l'époque des yé-yés, courant musical né de la fusion entre rock'n'roll américain et variété française. La grande mode est d'adapter des tubes américains dans la langue de Molière. Les maisons de disques signent de jeunes chanteurs à tour de bras et la plupart d'entre eux seront oubliés aussi vite. Les échecs sont nombreux, mais les succès retentissants. Sheila devient donc une idole du jour au lendemain, mais dans un répertoire plus sage, moins rock'n'roll. Ses chansons louchent un peu vers le twist à la mode, mais les textes sont très "comme il faut". Claude Carrère lui créé une image de jeune fille dans le vent mais sage. Vêtue d'une jupe à carreaux et coiffée de couettes qui deviennent célèbrissimes, Sheila est désormais un produit commercial parfaitement au point.  

Tout au long des années 60, sa carrière est ponctuée de tubes populaires, souriants et fleur bleue. La plupart sont co-signés par Carrère : "Première Surprise Party" en 63, "Vous les copains" en 64, "le Folklore américain" en 65, "Bang Bang" en 66. Ce dernier titre est tiré d'un film dans lequel Sheila joue cette année-là.  

Des couettes à la queue de cheval

En 1967, à 21 ans, Sheila est l'héroïne d'une soi-disant autobiographie "Sheila par Sheila", qui conte les débuts de la jeune fille. Sheila est désormais une jeune femme et ses couettes ont laissé place à une coiffure qui ne bougera pas pendant quinze ans. Les revues et magazines pour la jeunesse se font l'écho permanent de son actualité, le tout savamment contrôlé par Claude Carrère désormais patron d'un puissante maison de disques. Sheila est régulièrement fiancée par les journaux à de jeunes hommes qui disparaissent très vite. En 1967, c'est un certain Brett Hasley sur le tournage de "Bang Bang", puis vers 1970, on parle de Pierre Cohen, qui n'est autre que son professeur de tennis.  

En 1968, Sheila confirme son statut de star populaire avec le succès du titre "Petite fille de français moyen". Tout est dit dans ce simple titre ! Depuis ses débuts, elle a sorti six 33 tours et pas moins d'une vingtaine de 45 tours de 4 titres, auxquels s'ajoutent les versions étrangères. Inutile de préciser que tous ces disques se sont très bien vendus. Un élément manque cependant à la carrière de Sheila. Très aimée du public, elle pourrait sans doute remplir les salles. Mais étrangement, Carrère n'organise aucune tournée, aucun gala, et Sheila devra attendre 20 ans avant de rencontrer son public sur scène. 

Au tournant de la décennie, la carrière de Sheila est au beau fixe. Son contrat est réajusté à son avantage, et elle signe même quelques titres. Son image évolue doucement mais reste celui d'une jeune femme docile. Elle continue de sortir un album par an et son premier tube des années 70 est l'incontournable "les Rois Mages".  

Mariage, enfant et divorce

Mais, le grand événement de cette époque est sa rencontre avec Guy Bayle sur le tournage d'un roman-photo. Devenu Ringo Willy Cat, puis Ringo, ce jeune chanteur romantique connaît une vague notoriété auprès du public féminin. Son idylle avec Sheila alimente la presse pendant quelques années avec un point culminant en 1973, année de leur mariage. Enorme coup médiatique, la cérémonie a lieu le 13 février 73 à 13 heures à la mairie du XIIIème arrondissement de Paris ! A la mairie, puis à l'église, une foule incroyable accompagne le couple qui ne peut faire un pas sans être entouré de milliers de gens agglutinés. Ça ressemble plus à un cauchemar qu'à un jour de fête.  

Outre un duo à succès, "les Gondoles à Venise", ce mariage n'est pas une réussite. La romance tourne vite à la haine. Après la naissance de leur fils Ludovic en 1975, le couple divorce. Ringo continue à chanter jusqu'au début des années 80 puis disparaît autant de la vie de son fils que de l'actualité musicale. Pour Sheila, en dépit de rumeurs peu flatteuses à son propos (elle a adopté son fils, elle est un homme), le succès se maintient.  

Vague disco

En 1977, la mode est au disco. Carrère saute sur l'occasion pour remodeler l'apparence et l'image de Sheila. Après un dernier tube en français, "l'Arche de Noé", la chanteuse attaque un répertoire très différent et surtout en anglais. "Love me baby" et la reprise de "Singin' in the rain" imposent Sheila dans la variété disco. Désormais, on la voit entourée d'un trio de chanteurs et danseurs, le groupe américain B Devotion. Ses robes années 70 font place à une tenue plus sexy, short brillant et bottes de cuir. Ses titres disco sont remixés, rallongés et font le bonheur des boîtes de nuit.  

Après un premier album disco en 77, Sheila entre dans les années 80 avec un second du même genre, "Spacer" qui se vend à plus d'un demi-million d'exemplaires. Elle décroche même une petite notoriété aux Etats-Unis où elle réside 18 mois. Mais le disco se démode. Entre Sheila et Carrère, les premiers signes de friction apparaissent au grand jour. En 80, sort un autre album en français, "Pilote sur les ondes", puis un en anglais en 81, "Little Darlin'". Mais, le succès d'antan commence à s'effriter au fur et à mesure de ses brouilles avec Carrère. En 1982, le titre "Gloria Gloria" est sans doute le dernier succès de sa carrière.  

Galères

Pour Sheila, une longue période de difficultés commence. Avec son nouveau compagnon, Yves Martin, elle produit pour la première fois son album. C'est "Tangue au", en 1983. Enregistrées dans le must des studios au Bahamas, les chansons sont signées Gérard Pregurvic, Yves Martin et Philippe Abitbol. Carrère a cette fois disparu de son entourage. Elle se coupe les cheveux et demande au couturier encore débutant, Jean-Paul Gaultier, de changer son look. 

L'album ne marche pas très bien, et Sheila disparaît doucement des plateaux de télévision et de la presse spécialisée. Complètement prise en charge depuis toujours, elle semble avoir du mal à se forger une nouvelle carrière toute seule. En 1984, sort l'album "le Film à l'envers" qui ne marche pas.  

C'est en 1985 qu'elle subit un sérieux revers de carrière. Alors qu'elle n'a jamais fait de scène en 20 ans, elle décide de chanter pendant un mois sur la scène du Zénith à Paris. Cette salle, alors toute neuve, est alors la plus grande de la capitale et permet d'accueillir près de 7000 spectateurs. Incroyable défi de la part d'une artiste, qui en dépit d'une carrière déjà longue, est une débutante en matière de performance scénique. Prévus du 22 février au 24 mars, les concerts sont un semi-échec. Avec un répertoire peu à la mode et basé sur ses tubes du passé, ils n'attirent pas autant de gens que prévu. La presse est assez bonne, mais le public ne suit plus autant qu'autrefois. Nombreuses dates sont donc annulées. 

C'est une épreuve personnelle et professionnelle pour Sheila. Aucun disque ne sort en 86 et seulement deux 45 tours en 87. Le réalisateur chilien Raoul Ruiz l'engage en 86 pour jouer dans le film "l'Ile au trésor" mais le film ne sortira pas avant 1994 ! 

Enfin en 1987, Sheila est victime d'une péritonite aiguë qui l'immobilise pendant plusieurs mois. Elle ne pèse plus que 45 kilos. 

Retour et adieux

En 1988, Sheila a 42 ans. Après une totale disparition de la scène musicale pendant presque deux ans, elle tente alors un retour avec l'album "Tendances". Parmi les compositeurs, on trouve Didier Barbelivien, Julien Lepers, Jean-Paul Dréau et Yves Martin. Seul le titre "le Tam Tam du vent" connaît un petit succès.  

La chanteuse prend alors la décision de remonter sur scène pour y faire ses adieux. Elle choisit l'Olympia, la plus prestigieuse salle de Paris, qui avec ses 2800 places, correspond à un défi plus raisonnable au vu de sa notoriété de l'époque. Du 3 au 15 octobre 1989, cette série de concerts est un triomphe. Sheila prouve qu'elle a encore un public très fidèle. Le dernier soir, en larmes, elle finit le récital par "Je suis venue te dire que je m'en vais" de Serge Gainsbourg. L'Olympia donne lieu à un album live, son seul et unique. 

Suite à ces adieux, elle disparaît à nouveau des feux de la rampe. Elle vit dans la maison des Yvelines qu'elle possède depuis les années 70, se met à la sculpture et à l'écriture. En 1992, sort un remix de "Spacer" et un 45 tours inédit "On s'dit plus rien". En revanche, le premier livre qu'elle publie en mai 1993 marche mieux que ses disques. Tournée vers les philosophies orientales et l'astronomie, elle confie ses nouveaux centres d'intérêt dans "Chemin de lumière".

Mais le livre qui va faire du bruit sort en 1995. Définitivement et officiellement licenciée par la société Carrère, Sheila publie dans "Et si c'était vrai" une longue et virulente liste de griefs envers son ancien employeur. De fil en aiguille, se met en marche une inévitable procédure juridique qui se termine en procès. Toute la presse en parle. Sheila reproche à Carrère de ne lui avoir versé qu'un infime pourcentage des recettes, pourtant juteuses, perçues pendant vingt ans sur les ventes de disques. Elle lui reproche aussi d'avoir abusivement signé certains titres. La procédure est longue. 

En août 97, paraît un troisième ouvrage, et premier roman, "la Captive". On la voit pendant tout un été à la télévision présenter un programme sur les années 60. Comme de nombreuses vedettes de cette époque, Sheila sort une compilation qui marche assez bien. Ses tubes sont remixés et les boîtes de nuit en raffolent. La vague néo-années 60, permet ainsi à certains artistes un peu oubliés de faire un retour, au moins commercial. 

A l'automne 97, dans l'émission de télévision de l'animateur vedette Michel Drucker, Sheila annonce qu'elle a un disque prêt mais aucune maison de disques. C'est donc le label Arcade qui se désigne pour sortir en 98 une compilation enrichie de trois inédits. La sortie de ce disque en début d'année est accompagnée d'un concert au Queen, célèbre boîte de nuit gay sur les Champs-Elysées à Paris. 

Eternel Retour 

Au cours de l'été 98, Sheila prépare sa rentrée parisienne à l'Olympia. Elle se produit en effet sur la scène de la célèbre salle parisienne fin septembre et ce, pendant environ une semaine, devant un public acquis d'avance. C'est un triomphe. Les fans en redemandent. Elle chante et danse comme au temps de "Spacer" avec micro HF et jeunes danseurs, reprenant ses succès de toujours. Dès l'automne, et alors que son disque "Le Meilleur de Sheila" devient disque d'or, la chanteuse entame une tournée à travers la France qui la ramène à l'Olympia pour trois soirées supplémentaires fin février 99.  

Sa vie artistique est désormais sur la route. Elle continue de faire des galas à travers toute la France. Consciente que sa carrière est derrière elle, Sheila entend profiter de tous les moments qu'elle passe sous les feux de la rampe. En 2001, après quarante ans de carrière, un double album compilation de ses succès sort dans les bacs.

En août, Sheila vit la disparition coup sur coup de ses parents. Ce drame ne l'empêche pas de sortir "Seulement pour toi", un CD de sept titres, anciens ("le Tam Tam du Vent" de Barbelivien) et récents, composés en partie par son compagnon, Yves Martin. Et surtout, de fêter ses 40 ans de carrière en 2002 à l'Olympia du 1er au 9 novembre.

Son retour dans la mythique salle parisienne est triomphal et donne lieu, en mai 2003, à la publication d'un double album live "Olympia jamais deux sans toi". À la même période, Sheila publie "Ne vous fiez pas aux apparences", un livre d'entretiens avec le journaliste Didier Varrod, dans lequel elle revient sur sa carrière et ses moments difficiles. Elle en profite pour y régler ses comptes avec le show-biz.

On la retrouve régulièrement sur les scènes de l'Hexagone avec musiciens et danseurs pour faire revivre ses succès d'antan sous la forme d'un véritable show.

En 2006, un contrat avec Warner Music France lui permet de sortir de nombreuses rééditions de ses albums ainsi que l'intégrale de ses enregistrements studio, soit 366 chansons sur 18 CDs. Avec son compagnon Yves Martin, elle imagine alors un spectacle beaucoup plus intimiste que ceux qu'elle a l'habitude de monter. Du 19 au 30 décembre, elle se produit, accompagnée simplement de trois musiciens et deux choristes, au Cabaret Sauvage à Paris. Elle reprend quelques unes de ses plus grandes chansons, réarrangées pour l'occasion, dans une ambiance piano-bar.

Sheila retrouve la scène de l'Olympia le 21 septembre 2007 et le 4 mars 2008 avant de rejoindre la tournée "Âge tendre et tête de bois" pour deux saisons, de mars 2009 à février 2011. Aux côtés d'autres stars des années 60 à 80 - tels Isabelle Aubret, Hervé Vilard, Michèle Torr, la Compagnie Créole ou Patrick Juvet, Sheila fait un triomphe dans ce spectacle sillonnant les salles de spectacle de France, rencontrant un large public de nostalgiques.

L'année 2012 est celle de son jubilé et c'est logiquement sur la scène de l'Olympia que Sheila fête ses 50 ans de carrière, les 21, 22 et 23 septembre. A 67 ans, l'artiste, accompagnée de six musiciens et six danseurs, livre un show énergique et interprète pour la première fois sur scène certains titres anciens et des tubes réorchestrés (en évitant toutefois les emblématiques "Les Rois mages" ou "L'Ecole est finie") mais aussi des nouveautés, annonçant ainsi un nouvel album.

Cet opus inédit, le vingt-sixième de sa carrière, paraît en décembre 2012 sous le titre "Solide". Yves Martin, son compagnon, réalise l'album et écrit aussi "Mon Eldorado", un titre entraînant à l'image de ce disque. D'autres auteurs, dont Jacques Veneruso, Gilles Morvan ou Nina Bouraoui, signent les textes de ce recueil de dix chansons.

Mai 2013

© RFI Musique
Reproduction totale ou partielle strictement interdite sur tout support sans autorisation préalable.

Fermer