ParisÂ
08/03/2001 -Â
Elle lâavait espĂ©rĂ© lâan passĂ© : faire des Voix de lâEspoir un rendez-vous rĂ©gulier Ă©tait pour Princess Erika une façon de prolonger son action pour la ChaĂźne de LâEspoir fondĂ©e par le cardiologue Alain Deloche en 1988. La marraine de lâĂ©vĂ©nement a pris son rĂŽle Ă cĆur, sâinvestissant davantage avec ses consĆurs qui, comme elle, avaient soutenu lâassociation lors dâun concert caritatif Ă Paris en 2000. Cette annĂ©e, elle a prĂ©parĂ© le terrain en amont avec le single Que serai-je demain ? sur lequel on la retrouve en compagnie de vingt-et-une autres chanteuses parmi lesquelles Amina, Nina Morato, Jocelyne BĂ©roard, Lùùm, Assia, K-Reen, Rokia Traore, Nicoletta, Tilly Key, Carole Fredericks, Anggun. "Des copines de toujours et celles qui sont venues parce quâelles connaissaient quelquâun dans lâĂ©quipe", rĂ©sume Princess Erika pour justifier ce "casting".
Chacune dâentre elles apporte sa personnalitĂ© et quasiment toutes avaient dâailleurs participĂ© Ă la premiĂšre Ă©dition des Voix de lâEspoir. Comme Ă chaque fois dans ce type de projet collectif, le plus difficile nâest pas de mobiliser les Ă©nergies mais de rĂ©unir tout le monde en studio. Lors des sĂ©ances dâenregistrement qui se sont dĂ©roulĂ©es Ă Paris Ă la fin de lâannĂ©e derniĂšre, "les filles" comme les appellent Princess Erika se sont prĂȘtĂ©es au jeu, discutant, sâĂ©changeant leurs numĂ©ros de tĂ©lĂ©phones sans sâimpatienter en attendant leur tour au micro. Pour nây rester parfois quâun bref instant Ă lâimage de Carole Fredericks qui, dĂšs la premiĂšre prise, rĂ©ussit ce quâon attendait dâelle. "Elle sait", a simplement dit Handel Tucker qui supervisait les opĂ©rations depuis la console. Ce multi-instrumentiste jamaĂŻcain, producteur rĂ©putĂ© qui a travaillĂ© entre autres pour les Fugees, Princess Erika et Nuttea, est venu lui aussi donner un coup de main en tant que rĂ©alisateur. 
Que serai-je demain ? rĂ©sonne comme un cri dâalarme. "Toujours ces femmes qui pleurent/Pourquoi ? Parce que leurs bĂ©bĂ©s meurent/Dans lâindiffĂ©rence et dans la terreur (...). Ces femmes qui se rĂ©jouissent/De voir leurs enfants qui grandissent/Oh mon Dieu jâaimerai quâelles puissent chanter aux cĂŽtĂ©s de celles qui sont si tristes". "Câest un texte grave, chantĂ© sur un rythme gai", explique Princess Erika qui reste fidĂšle au rythme du reggae quâelle voit comme "une musique de rĂ©volte, de rĂ©bellion". "Je pense que câest surtout un texte de femme qui sâadresse aux femmes, continue-t-elle, parce que nous portons ce monde dans nos entrailles, et je crois quâon est plus touchĂ© par ce qui arrive Ă nos enfants, Ă lâavenir de ce monde. Plus quâun homme. On a peut-ĂȘtre plus les pieds sur terre, on est moins dans le rĂȘve et câest certainement ce qui nous fait pousser ce cri-lĂ ."
Il ne faut pas chercher plus loin pour comprendre la logique de ce projet orchestrĂ© de bout en bout par des femmes. Aux cĂŽtĂ©s de Princess Erika, il y a la chorĂ©graphe Max-Laure qui apporte sa touche au spectacle qui, comme lâannĂ©e derniĂšre, se tient le 8 mars Ă Paris Ă lâoccasion de la JournĂ©e internationale des femmes. Il y a aussi Virginie de la Grange, Ă lâorigine du projet. Pour sortir le single Que Serai-je demain ?, les difficultĂ©s nâont pas manquĂ©."On avait dâabord trouvĂ© une maison de disques qui Ă©tait dâaccord mais au dernier moment, trois jours avant lâenregistrement, elle nous a lĂąchĂ©es et Virginie de la Grange a investi son propre argent pour que ce soit possible", rappelle Princess Erika dâun ton un peu amer. Le monde du âcharity businessâ serait-il moins rose quâon lâimagine ? "Surtout quand tu ne tâappelles pas Pascal Obispo ou Jean-Jacques..., poursuit-elle. Je respecte leurs initiatives, je ne les critique pas mais ils sont beaucoup plus installĂ©s dans le business que nous et je crois aussi que les projets fĂ©minins sont plus durs Ă faire passer."
Les promesses non tenues, les revirements soudains des partenaires nâont en rien entamĂ© le moral des artistes qui se sont retrouvĂ©es pour une premiĂšre rĂ©pĂ©tition le 6 mars. Dans la salle du Club Med World, complexe touristico-artistique, les danseuses rĂ©pĂštent leurs mouvements Ă cĂŽtĂ© de Manu Dibango qui sâĂ©chauffe avec son saxophone. Les seuls hommes prĂ©sents sur scĂšne sont les musiciens. On sâen serait doutĂ©. Au programme, plusieurs reprises : Buena Vista Social Club, Maxime Le Forestier. Il faut parfois rappeler Ă lâordre les chanteuses qui sâĂ©parpillent, prĂ©fĂšrent dĂ©couvrir le clip de Que serai-je demain ? et oublient quâon les attend pour Yeke Yeke de Mory Kante.
Quâil sâagisse du single comme du spectacle du 8 mars, les sommes rĂ©unies seront reversĂ©es Ă La ChaĂźne de lâEspoir dont lâun des projets en cours est de construire un hĂŽpital panafricain Ă Dakar. Entre les mĂ©decins et les artistes, le courant passe bien, reconnaĂźt Princess Erika : "On est non seulement informĂ© mais les chirurgiens viennent nous rencontrer, nous soutenir. Ăa nous donne de la force de se dire que câest pour eux quâon travaille, quâils feront bon usage de lâargent quâon leur donne et quâils emportent tout ça pour les enfants."
(Les photos des chanteuses sont extraites du clip Les Voix de l'espoir.)
Bertrand Lavaine