Paris
25/01/2001 -

C'est dans ce type de problématiques que s'embourbe à l'heure actuelle la musique comorienne. Les trois artistes sur lesquels parie la maison de disque Mélodie, avec le label Cobalt, sauront-ils inverser la vapeur ? Il est trop tôt pour lancer les pronostics. Mais en comparaison à d'autres pays, les Comores sont de toute manière un territoire qui attirera de plus en plus les producteurs, à cause de cet aspect terra incognita, qui laisse croire à certains que le patrimoine passé et à venir demeure préservé, loin des phénomènes de mode du moment. Nawal, chanteuse à la voix fragile, longtemps tiraillée entre l'envie d'embraser les rythmes du monde entier et la nécessité de se ressourcer dans sa culture d'origine, compose des histoires de femmes meurtries, vendues ou soumises. Née à Moroni, très tôt initiée à la musique par ses oncles maternels sur un air de Johnny Hallyday (Jésus est un hippie), elle vit actuellement en France où elle a migré dès l'enfance. Elle emprunte aux confréries musulmanes de l'Archipel, s'invente une mystique contemporaine et rêve de liberté créatrice face au regard de ses compatriotes, qu'elle suppose castrateur. A la base de son histoire musicale, trône l'ombre malgré elle d'un homme. Abou Shihab, ancien lauréat des Découvertes RFI, qui avait projeté de fabriquer le nouveau son des Comores dans les années soixante-dix avec des bouts de ficelle. A l'époque, il l'avait appelé folkomorocéan. Sans suite véritable, et ce, malgré le talent. Le même homme préside aux mélanges sonores orchestrés par Maalesh. Egalement lauréat du concours Découverte RFI (édition 95), ce dernier, dont le surnom arabe à lui seul résume un état d'esprit cool et ouvert, mise sur un folk-song aux mélodies très enlevées, qui revendique la dynamique amorcée par son aîné avec le folkomorocéan. Une pointe de nostalgie, pétrie d'influences arabo-africaines, habille chacun de ses titres. Plus ancré dans le terroir, il interprète ses premiers chants religieux à l'âge de dix ans. A douze ans, il mariait sa voix à la guitare acoustique. A seize, il s'embarquait pour l'ailleurs. Baladin poète sur la côte est africaine, crooner heureux en Arabie Saoudite où il se passionne pour le patrimoine bédouin… il rentre définitivement au bled à la fin des années 80 et décide de se forger une identité musicale plus à même de refléter sa comoriennité plurielle. Maalesh chante la paix, l'amour et la liberté, en arabe, en swahili et en comorien.
Enfin, le troisième larron de cette aventure sonore, soutenue par Mélodie, c'est le Mahorais Baco, qui vient de signer avec le label Cobalt. En France, on ne connaît pas très bien l'histoire complexe des anciennes colonies. On ne sait donc que très rarement que Mayotte, d'où est parti Baco pour conquérir le monde, a d'abord été la première possession française de l'Archipel des Comores. Son album ? Une nouvelle mouture du fameux folkomorocéan, où l'on retrouve guitare et gabousy (instrument à cordes afro-oriental), reggae et shigoma (genre musical), trans-acoustique et ronde mélodique sous la pleine lune. Architectures sonores éclatées, glissements volontairement ternaires sur le plan rythmique, voix passe muraille… La musique de Baco marche d'un pas léger vers un monde peu angoissé par les rapports marchands. Ballades généreuses et sensibilité de rebelle. On s'y laisse prendre sans aucun regret. Ses influences, multiples par ailleurs, invitent le mélomane à se laisser bercer par le cri inspiré d'un archipel complètement possédé par les génies de l'océan Indien. Musique mosaïque, également traversée en long et en large par la passion d'une Afrique ancestrale à moitié perdue à travers les âges, la musique de Baco, enfant de Mayotte déclaré, ambitionne en toute modestie de panser ces blessures-là. D'où cette nostalgie subtile qui plane sur les textes et qui rappelle une époque où les hommes prenaient le temps de vivre dans le respect de l'autre sur l'ensemble de ces terres insulaires.
Soeuf Elbadawi
18/12/2008 -
23/04/2008 -