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Mamani Keita en harmonie(s)

L'aprĂšs electro


Paris 

24/04/2006 - 

Trois ans aprĂšs l’album Electro Bamako, Mamani Keita revient avec YĂ©lĂ©ma un album d’harmonie(s), rĂ©alisĂ© avec le musicien touche-Ă -tout Nicolas Repac. Morceaux choisis d’une profonde discussion dans le home studio de celui qu’on appelle le Sorcier Blanc.



Comment s’est passĂ©e cette rencontre qui fonctionne si bien ?
Nicolas Repac : Une personne nous a prĂ©sentĂ© en pensant qu’on pourrait travailler ensemble. Moi, parce que je suis quelqu’un de touche-Ă -tout, qui privilĂ©gie toujours une certaine modernitĂ© et Mamani qui avait fait Electro Bamako, une autre forme de modernitĂ©. Cette rencontre, c’est comme le gant et la main pourrait-on dire. Enfin, pour ma part, il y a eu une pĂ©riode probatoire d’un an. J’ai mis un an Ă  faire deux morceaux. Je flippais. C’est la premiĂšre fois que je pouvais faire un disque avec une chanteuse africaine. J’étais toujours un peu africain dans ma maniĂšre de jouer. Dans mes chansons avec Arthur H par exemple, je sais que ma dĂ©coupe rythmique est africaine. Mais les gens ne le savent pas parce qu’il Ă©coutent de la chanson française. C’est la premiĂšre fois que j’ai pu rĂ©vĂ©ler pleinement ce cĂŽtĂ©-lĂ .

Mamani, vous ĂȘtes partie avec une idĂ©e prĂ©cise, ou vous vous ĂȘtes rencontrĂ©s et vous avez jouĂ© comme ça ?
Mamani Keita : Je ne voulais pas continuer sur l'Ă©lectro. Ça n’aurait pas fait pas Ă©voluer ma musique. Ce chemin que Nicolas a pris donne une valeur Ă  ma chanson, Ă  ma voix, Ă  la musique africaine aussi. Il y a plein de choses dans cet album. Je suis trĂšs contente.

L’album est plein de sonoritĂ©s diffĂ©rentes, quand mĂȘme parfois assez Ă©lectroniques

Nicolas : Je travaille depuis longtemps avec un sampleur. J’aime faire un peu "le voleur de feu", aller chercher d’abord des tas de sons pour ensuite aller les dĂ©former, les transformer, me les approprier. J’adore faire l’apprenti sorcier. Et puis, pour moi Ă©lectronique, c’est juste le moyen d’arriver Ă  quelque chose. Aujourd’hui, tout le monde travaille sur ordinateur. Le dernier Alain Souchon, ce n’est pas de la musique Ă©lectro et pourtant, il est fait sur ordinateur. Dans l’album, les sons ne sont pas d’origine Ă©lĂ©ctro, mais le procĂ©dĂ© est totalement Ă©lĂ©ctro. Le but Ă©tait de mettre en valeur Mamani, qui est une super chanteuse !

Certains musiciens maliens s’appuient sur un socle de musique mandingue, et s'en servent pour faire quelque chose de nouveau, sans pour autant coller Ă  des sonoritĂ©s occidentales
C’est rĂ©cent, non ?
Mamani : Oui. Si on a la possiblitĂ© de faire Ă©voluer la musique malienne avec des Ă©lĂ©ments de la musique occidentale, c’est trĂšs trĂšs bien. Cela donne vraiment plus de force.

Nicolas : Je le vis trĂšs fort en tant que musicien. Les disques des annĂ©es 80, world music, Ă©taient une technologie occidentale appliquĂ©e Ă  la musique africaine, et pour moi c’était trĂšs ringard et vulgaire. Mais c’est aussi une question gĂ©nĂ©rationnelle. Les cultures se connaissent mieux aujourd’hui. Il y a beaucoup de Maliens en France, le public blanc a changĂ© de regard
La musique devient universelle. Il y a une comprĂ©hension plus forte des cultures qui naĂźt avec le temps.

Mamani, vous continuez Ă  jouer de la musique mandingue traditionnelle ?
Mamani : Je n’ai pas le droit de chanter la musique mandingue. Je suis noble de pĂšre et de mĂšre, je suis Keita, donc pas griotte. Je n’avais donc pas le droit Ă  la chanson mais chacun suit  son destin. Ma grand-mĂšre maternelle Ă©tait chanteuse, elle n’était pas griotte non plus, elle chantait de la musique bambara. On n’avait pas le droit de chanter devant le public.

Nicolas : Eh Mama, tu n’as pas le droit de chanter devant un public ? Et alors comment on fait si on va dans un festival oĂč il y a des griots partout ?

Mamani : Mais si bien sĂ»r ! C’est diffĂ©rent maintenant ! C’est devenu un mĂ©tier. Mais j’ai Ă©tĂ© frappĂ©e plusieurs fois par ma mĂšre qui ne voulait pas du tout que je chante, mĂȘme si sa propre maman chantait. Ma grand-mĂšre m’a Ă©levĂ©e, je suis son homonyme et le bon Dieu m’a donnĂ© sa voix. Elle Ă©tait chanteuse des possĂ©dĂ©s, c’est elle qui les chantait pour les guĂ©rir. A Bamako, elle allait de quartier en quartier et je l’accompagnais partout. Quand j’étais petite, une fois, je puisais de l’eau dans le puits, et je me suis mise Ă  chanter. Et lĂ , elle m’a dit : Toi, tu vas partir Ă  l’aventure. Elle voyait dĂ©jĂ  mon destin.

Et vous avez le mĂȘme genre de voix ?
Mamani: Je ne sais pas quelle voix j’ai, mais elle avait une belle voix


Nicolas : Je trouve que ta voix n’a pas d’ñge. Tu vois, comme un truc ancestral
Parfois, j’ai l’impression que c’est une petite fille qui chante, et parfois que c’est une vieille qui chante. J’ai toujours senti ça, surtout dans le morceau Eye Djama et Kassi Koun. Tu as une jeune voix de vieille Ăąme.

Mamani : Avant je n’aimais pas ma voix. Mais lĂ , je ne sais ce qui se passe, je mets le disque pour dormir. C’est la premiĂšre fois que cela m’arrive. Avant, je ne voulais jamais m’entendre chanter.

Vous avez l’impression que l’album YĂ©lĂ©ma vous ressemble plus ?
Mamani : YĂ©lĂ©ma ? Mais c’est moi-mĂȘme ! LĂ  oĂč je vais avec ce projet, je suis fiĂšre.

Mamani Keita et Nicolas Repac YĂ©lĂ©ma (No Format) 2006
En concert à Paris le 8 juin au Café de la Danse

Eglantine  Chabasseur