18/10/2002 -
Après plus de quinze ans d'activités nocturnes, David Guetta vient d'accomplir ce dont rêve tous les DJs du monde : obtenir une reconnaissance auprès du grand public, quitter le cercle, forcément trop restreint des branchés musicaux pour accéder à celui plus rentable du grand public. Des clubs d'Ibiza en passant par les campings du sud de la France ou les discothèques grecques, impossible d'échapper cet été à son Love don't let me go. Après Daft Punk, Stardust, Superfunk, Modjo et Supermen Lovers, un Français vient une fois de plus de faire danser le monde entier. Paradoxalement, plus les Frenchies cartonnent dans le temps, plus la qualité s'en ressent. Daft Punk a changé la face de la musique électronique, David Guetta restera lui, un bon souvenir de l'été 2002, comme on se souvient d'un bon vieux slow.
Le premier album de David Guetta n'est pas un chef-d'œuvre, il pêche souvent par sa facilité, ses effets convenus et ses mélodies simplistes. Des reproches que l'on peut souvent faire aux disques de variété, de pop ou de rock. Preuve qu'une certaine musique électronique est aujourd'hui entrée dans les mœurs. Les adolescents adorent. Les parents ne seront pas choqués. Et parfois, ce sont ces albums "populaires" qui permettent à un style musical d'élargir son public. Reconnaissons au moins à David Guetta ce mérite.
C'est dans ses bureaux parisiens que le DJ, patron de clubs fameux et de boîtes de strip-tease chic, et surtout le producteur, nous reçoit.
Quand on s'appelle David Guetta, que l'on invite des DJ's à se produire dans ses clubs, qu'on fréquente des DJs stars, c'est beaucoup plus facile de faire jouer ses disques…En ce moment vous êtes la cible de toutes les attaques dans les revues de musique électroniques. Il est de bon ton de vous brocarder sur l'aspect factice et opportuniste de votre disque.
Ça ne fait jamais plaisir. On parle là d'une certaine presse, très spécialisée. J'aurais aimé que ces mêmes journalistes descendent mon album à sa sortie. C'est un peu facile de m'allumer sur le côté tube formaté, maintenant que j'ai vendu plus de 400.000 copies. J'ai enregistré Love don't let me go il y a 1 an et demi. A cette époque, aucun journaliste ne prévoyait le retour des années 80 dans l'électronique. Le côté opportuniste me fait donc rigoler. Cela dit, et je suis le premier à avoir ce réflexe, quand tu entends un titre 10 fois par jours sur toutes les radios, tu finis par ne plus le supporter. Les branchés sont branchés tant que les disques qu'ils écoutent ne se vendent pas à des milliers d'exemplaires. C'est l'essence même de cette caste que d'avoir des goûts éloignés de la masse. Tout ça n'est pas très grave. Certains journalistes qui aiment le disque font même courir le bruit que c'est Thomas Bangalter (ndlr : l'un des deux Daft Punk) qui aurait composé les morceaux. Les gens ne savent plus quoi inventer sur mon compte.
Willy Richert