Paris
14/10/2002 -
Côté enregistrement en public, Mano Solo aura beaucoup donné sur les quatre derniers CDs sortis. Il y a d'abord eu Je sais pas trop, disque d'inédits qui ont préféré donner de la voix sur une scène plutôt qu'enfermés dans un studio. Il y eut ensuite Internationale shalala, sur lequel il optait pour la formule guitare-voix. A bien y penser, la Marche est peut-être le premier live du chanteur, au sens entendu du terme. Piano, cuivres, percussions, l'ensemble crache le feu et l'énergie, n'en déplaise aux détracteurs convaincus de l'éternel plainte désespérée. Peu de bavardages, beaucoup d'ambiance et la preuve que les chansons même issues des années les plus sombres peuvent avoir un goût vitaminé. "La démonstration que j'ai toujours eu la patate ! Cela dit, il y a sûrement une différence de production. Au début, je voulais que mes albums soient vachement sobres. Quand l'ingénieur voulait trifouiller un peu le son, je n'étais pas d'accord ! Je ne voulais aucune réverb, rien sur la voix, tout était sec. C'est ça qui m'intéressait. Cet album-là a été produit un peu comme Dehors, de façon à ce que la pêche ressorte. Avant j'étais un peu con au niveau des sons. J'étais puriste et en même temps, je me trompais de puritanisme. Je pensais que mon propos n'était pas là. J'avais envie de refaire absolument sur disque ce que j'étais foutu de faire sur scène. J'avais un sentiment d'authenticité, de vérité vraie. Je voulais que le type qui allait écouter l'album ne soit pas baratiné sur la puissance du groupe ou du chanteur. Il avait juste à écouter les paroles, c'est tout ! Aujourd'hui j'évolue et je m'amuse de mon métier." Bonus 
Déçu de la Toile 
Le multimédia intéresse définitivement Mano Solo. Concevoir un DVD, monter un site internet, le gérer, l'actualiser, tout cela ne semble plus avoir de grands secrets pour lui. Même s'il avoue une déception dans le domaine : "Je n'ai pas réussi à faire ce que je voulais avec internet. J'avais des ambitions et j'ai l'impression que si on avait eu cet outil à l'âge de 20 ans on aurait été supers créatifs ! Mais là, pas une seule personne ne m'a envoyé d'elle-même un dessin via le net, un texte, un truc que j'aurai pu ajouter au site. J'ai dit : faites des chroniques sur votre quartier, bougez, arrêtez de dire que vous ne savez pas faire les choses ! J'ai 200.000 connexions par an et pas une seule n'a servi à cela ! J'ai l'impression que tout le monde a déserté… Le principal n'est pas de faire super bien mais d'arriver à exprimer quelque chose. L'expression pour moi, c'est plus que deux petites lignes sur un forum à dire : salut, ça va ? J'ai l'impression que l'outil internet n'est ouvert que pour se détendre cinq minutes ! Tous les jours, je mets un truc sur mon site, je m'intéresse à de nombreuses formes d'expression et je n'ai jamais trouvé un type comme moi…" L'autre déception de Mano Solo sur le sujet concerne la presse écrite. Pour la sortie de la Marche, il a invité les journalistes à venir faire leurs interviews sur un forum privé de son site. Il ne se déplace plus, il répond en direct en "chatant". Et là encore, aucune réponse ne lui a été donnée. Ce qui ne l'empêche pas d'y croire encore : "Vous verrez, dans dix ans, le net tel que je l'espère, existera".
Marjorie Risacher
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