Paris
09/10/2002 -
RFI : Vous vous êtes beaucoup investi pour les enfants des rues d'Antananarivo. Pourquoi un tel engagement ?
Rajery : L'artiste est un éducateur dans la société. J'écris des textes qui racontent la vie quotidienne. Moi, je suis engagé et j'essaie d'appliquer tout ce que j'écris dans mes textes. C'est pour cette raison que j'ai créé une école de musique, que je me suis investi pour l'abolition du travail des enfants. J'ai également travaillé pour la sensibilisation des personnes handicapées. Tout cela, je trouve que c'est complémentaire de mon statut d'artiste. Je vis et je meurs dans la société.
RFI : Vous pouvez nous parler de votre école de musique ?
Rajery : C'est une école de valiha, plus précisement, que j'ai créé en 1994, soutenue financièrement par l'Unesco et Handicap International. On a créé un atelier de fabrication avec l'école, parce qu'un joueur de valiha qui ne connaît pas les secrets de la fabrication, cela paraît bizarre, c'est pas un vrai joueur de valiha.
RFI : Comment se construit la valiha ?
Rajery : Le processus est un peu compliqué. Il faut connaître la coutume, ne pas couper les bambous à la pleine lune. Après il faut les traiter. Soit on les laisse dans un endroit aéré sans soleil ni chaleur, soit on les brûle. Ensuite on enlève la première écorce du bambou, puis on met du verni pour protéger la deuxième peau. Enfin on monte les cordes, c'est là que réside toute la difficulté. Les cordes sont en fait des câbles de frein de vélo arrière, parce qu'ils sont plus long, et on fixe les cordes à l'aide de clous sur les nœuds du bambou.
RFI : Combien de temps faut-il pour construire une valiha ?
Rajery : Sans compter la coupe du bambou, une fois le bambou traité, il faut trois heures. Mais si l'on n'est pas content du son, on peut mettre une semaine.
RFI : C'est difficile de jouer de la valiha avec un tel handicap ?
Rajery : C'est une longue histoire, c'était très difficile (rires). Moi, je ne joue pas comme les autres. Normalement, on joue la valiha avec dix doigts. Moi, je n'en ai que six en comptant le moignon de ma main droite. Heureusement que j'ai six doigts! Il faut s'adapter pour avoir une sonorité fine et claire. Plusieurs fois, il y avait du sang qui coulait sur les cordes de la valiha. Pendant un an, cela m'a fait mal. Mais j'avais une force intérieure qui m'a fait continuer car j'aimais l'instrument. Je jouais en cachette, je ne montrais à personne que je jouais de la valiha, même à ma famille car j'avais des complexes. J'avais peur que l'on se moque de moi et j'ai appris tout seul.
RFI : Vous êtes devenu le meilleur instrumentiste de l'île ?
Rajery : Non, il n'y a pas que moi, ce sont les gens le disent. Moi, tout ce que je peux vous dire, c'est que je peux faire sonner l'instrument.
Pierre RENE-WORMS