Chronique album
ParisÂ
27/09/2002 -Â
AprÚs deux albums studio et un album live on serait tenté de dire 'enfin' ! Enfin la reconnaissance du public, de la presse et des médias.Avec le recul, les galÚres, les changements de maison de disques, vous dites-vous que ce disque est un aboutissement ?
Fred : Evidemment, cela fait Ă©voluer, cela forge le caractĂšre. Il fallait peut-ĂȘtre passer par lĂ . Je crois quâen France, il y a un passage obligĂ© de sept/huit ans pour voir si tu rĂ©sistes au vent du show-biz. Lâindustrie du disque nâest pas trĂšs favorable aux groupes en dĂ©veloppement dĂ©barquant de nulle part. Ce nâest pas un chemin de croix, non. Parce que pour nous tous, la musique, câest aussi un immense plaisir. Mais pour rĂ©pondre Ă la question : "Enfin !", on a la perspective de faire durer le plaisir, alors quâavant, Ă la sortie de chaque album, il y avait cette angoisse, un flou terrible pour nous, on ne savait pas trop oĂč on allait ... Heureusement, aux Victoires de la Musique (DĂ©couverte de l'annĂ©e), il y a une reconnaissance de tout ce travail et puis, cette Victoire, ce nâest pas nâimporte laquelle. CâĂ©tait celle du public, qui avait dâautant plus de valeur Ă nos yeux.
Est-ce que vous vous sentez ĂȘtre la relĂšve du rock français ?
Fred : Nous, on est la relĂšve de rien du tout parce quâil faut savoir que le rock se porte trĂšs, trĂšs bien ! Il nâest simplement pas mĂ©diatisĂ©, pas mis en avant. On est constamment sur la route et on peut vĂ©rifier sur le terrain quâil y a des centaines de gamins qui prennent la guitare et font de la musique pendant que des gens dans les maisons de disques se prĂ©lassent dans leurs fauteuils en attendant que des talents viennent frapper Ă leur porte. Câest trĂšs dommage quâil ne puisse pas y avoir tous les styles et tous les genres avec le mĂȘme espace dâexpression. Si tu es dans le milieu rock, tu nâas que lâespace live, celui de la scĂšne oĂč tu es cantonnĂ©. Câest parfois plus long, mais câest plus sĂ»r que d'ĂȘtre la nouvelle starlette de Star Academy que tout le monde aura oubliĂ© dans un an. 
Invincible est une chanson inspirée du soleil de Marseille. Pourquoi avoir quitté Paris pour cette ville ?
Fred : Invincible, câest prendre du recul, une distance avec une pĂ©riode oĂč lâon n'est pas trĂšs serein. Des remous qui dĂ©stabilisent un artiste dont le travail nâest pas reconnu. Je suis parti Ă Marseille, il y a deux ans, avec l'idĂ©e sous-jacente d'arrĂȘter la musique. Je voulais tout arrĂȘter et jâai créé un espace pour laisser venir les choses. Presque par magie on est entrĂ© en contact avec un label en phase avec le groupe. Des gens qui aiment vraiment la musique, c'est la preuve qu'il fallait prendre du recul et se dĂ©tacher plutĂŽt que sâacharner.
Jean Fauque vous a écrit le texte de PriÚre. Comment s'est passé le travail avec lui ?
Fred : Câest lâauteur de prĂ©dilection d'un chanteur dont on est tous fans : Bashung. Et on a fait la connaissance dâun personnage trĂšs spirituel, marrant, gĂ©nĂ©reux. Il a fallu quâon fasse un petit peu connaissance parce quâil ne sâagissait pas de dĂ©barquer comme cela : "Eh mâsieur Fauque, tu nous Ă©cris une chanson, sâil te plaĂźt ?". Il a fallu discuter un peu avant, faire connaissance et quand il a Ă©crit PriĂšre, jâĂ©tais bouleversĂ© de chanter une telle chanson. Il est parti du personnage tragique du Cid. Un Cid qui est content dâĂȘtre en enfer, tout va bien pour lui, tout baigne, laissez-le tranquille. Au-delĂ , il y a le pouvoir de lâĂ©tat, le romantisme, lâamour tragique.
Selon vous, a quoi tient le talent de Jean Fauque ?
Fred : Il a le don de faire passer le message avec une subtilitĂ© et une finesse particuliĂšre. Il nây a pas dâĂ©quivalent chez les auteurs en France. Ce ne sont pas des jeux de mots gratuits. Il y a un vrai fond derriĂšre, des associations dâidĂ©es, des thĂšmes sous-jacents. Je trouve cela extraordinaire. Ăa dĂ©complexe un peu parce ce que la langue française nâest pas une langue trĂšs facile, trĂšs souple Ă chanter ... Alors que lĂ , couchĂ©e sur le papier avec une plume comme celle de Jean Fauque, elle prend toute sa dimension !
Vous ĂȘtes trĂšs actif au sein de l'association Survival. Quel est son rĂŽle ?
Doc : Câest une association qui dĂ©fend les droits des peuples indigĂšnes. Des peuples qui, pour leur malheur, vivent sur des territoires gorgĂ©s de richesses convoitĂ©es par des multinationales, des gouvernements qui nâhĂ©sitent pas Ă envahir ces territoires ou Ă supprimer ces peuples. Cette association a pour rĂŽle dâalerter lâopinion publique pour lui dire qu'en ce moment, par exemple, les orpailleurs dâAmazonie Ă©liminent physiquement les Indiens. Le but est de faire pression par des courriers, des pĂ©titions sur le gouvernement brĂ©silien. Il y a eu de nombreuses victoires depuis trente ans. Par exemple, en 1993, le territoire des Yanomamis a Ă©tĂ© prĂ©servĂ© alors quâils Ă©taient menacĂ©s de disparaĂźtre. C'est une lutte constante qui nous tient vraiment Ă cĆur. On a fait deux concerts de soutien dont un avec M, Dolly, Tryo et pleins dâautres.
Slow Food qui clÎt votre album est un véritable poÚme culinaire. Comment vous est venue cette idée ?
Doc: Ce nâest pas tant une attaque contre les mauvais restaurants quâun hommage Ă la culture et Ă la gastronomie française. On a eu la chance de rencontrer le restaurateur Pierre Gagnaire lors d'une Ă©mission de radio et puis, rĂ©cemment, il nous a fait lire un de ses menus. CâĂ©tait littĂ©ralement de la poĂ©sie et on a eu envie de mettre une musique sur ce texte. On a appelĂ© des amis comme Zazie, Jean-Pierre Coffe, Bashung, Renaud de Lofofora, Les Robins des Bois ... Ils se sont prĂȘtĂ©s au jeu et sont venus, chacun, lire un menu. On voulait un hommage Ă des gens qui sont des champions du monde de la bouffe au mĂȘme titre quâon a des champions du monde de foot.
Pierre Gagnaire : J'Ă©tais ravi de leur idĂ©e ! Le public auquel il sâadresse est plutĂŽt constituĂ© de jeunes qui ne s'intĂ©ressent pas toujours Ă la cuisine et au-delĂ Ă l'alimentation. Pour eux, c'est un truc de vieux cons, pour les bourgeois friquĂ©s. Et lâintĂ©rĂȘt est de leur montrer un univers quâils ne connaissent pas forcĂ©ment. Je prends cela, bien sĂ»r, comme un hommage Ă mon travail mais ce qui mâinterpelle, câest que des rockers sâintĂ©ressent Ă quelque chose qui a priori nâest pas fait pour eux. Ce qui me fait plaisir, câest quâils alignent des mots que jâĂ©cris depuis vingt ans. Des mots qui mâont donnĂ© les clefs de ce que pouvait ĂȘtre la cuisine. A la façon dont ils Ă©noncent les plats, on sent la gourmandise et il y a une espĂšce de montĂ©e en puissance musicale qui correspond complĂštement Ă ce que doit ĂȘtre un repas.
Aston Villa Strange (NaĂŻve) 2002
Frédéric Garat
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08/09/2005 -Â
12/02/2002 -Â