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FESTIVAL BAIA DAS GATAS AU CAP VERT

Nuits de la pleine lune dans la baie des requins


29/08/2002 - 

Mindelo, le 28 aoĂ»t 2002 - La dix-huitiĂšme Ă©dition du festival Baia das Gatas vient de s’achever sur l’üle de Sao Vicente, cĂ©lĂ©brĂ©e Ă  travers le monde par CĂ©saria Evora. Plus de 100000 spectateurs ont assistĂ© Ă  cette manifestation, l’une des plus importantes du genre sur le continent africain. La Diva aux pieds nus et Tiken Jah Fakoly Ă©taient les tĂȘtes d’affiche des concerts retransmis en direct et en intĂ©gralitĂ©, vingt-deux heures durant, par la tĂ©lĂ©vision nationale et parrainĂ©s par RFI.




C’est par avion et par bateau, en provenance des neuf Ăźles de l’archipel, que les festivaliers arrivent Ă  Mindelo afin de rejoindre les habitants de Sao Vicente pour trois jours de fĂȘte sur la plage de Baia das Gatas (la baie des requins) rĂ©unissant les meilleurs musiciens capverdiens de retour au pays pour l’occasion.
Tentes, matelas, glaciĂšres et barbecues sont entassĂ©s dans les a luguer, les taxis locaux, pour rejoindre le site du festival, une baie protĂ©gĂ©e des requins par une barre de rochers volcaniques qui forme une pataugeoire gĂ©ante. C’est un vĂ©ritable village de tentes qui s’installe alors sur la plage, face Ă  une scĂšne digne d’un festival anglo-saxon. De lĂ , les musiciens ont une vue unique sur un site qui procure une sereine inspiration au pays de la sodade, d’autant que le festival se dĂ©roule chaque annĂ©e lors de la pleine lune du mois d’aoĂ»t, apportant ainsi encore plus de magie au lieu.
GĂ©rĂ© depuis ses origines par la mairie de Mindelo, le festival pĂ©riclitait peu Ă  peu au niveau de l’organisation. Les spectacles commençaient rĂ©guliĂšrement Ă  19 heures pour s’achever bien souvent au petit matin et les changements de plateaux pouvaient durer des heures. Aussi, aprĂšs avoir lancĂ© un appel d’offres auprĂšs d’opĂ©rateurs privĂ©s, le choix s’est-il portĂ© sur la sociĂ©tĂ© Marius ProduçÔes de JosĂ© da Silva, le producteur de CĂ©saria Evora, Ă  qui incombe dĂ©sormais la production exĂ©cutive pour cinq Ă©ditions.
À l’instar de Youssou N’Dour et d’Alpha Blondy avec leurs Ă©quipes, da Silva a ainsi voulu faire profiter le festival de son expĂ©rience acquise lors des innombrables tournĂ©es et festivals Ă  l’étranger (CĂ©saria Evora est l’artiste qui tourne actuellement le plus au monde avec prĂšs de 200 dates par an), pour se lancer dans l’aventure. Et le moins que l’on puisse dire quant Ă  l’organisation technique et au timing, c’est que le pari est gagnĂ©.


Pour l’occasion, la Diva aux pieds nus fait son retour sur une scĂšne capverdienne aprĂšs quatre annĂ©es d’absence au cĂŽtĂ© du laurĂ©at 2000 du Prix RFIMusiques du monde Tiken Jah Fakoly, rĂ©vĂ©lation africaine de la saison pour le grand public, puisque son album Françafrique sorti en fĂ©vrier dernier est en passe d’ĂȘtre certifiĂ© Disque d’or en France (100000 exemplaires vendus). AprĂšs avoir Ă©cumĂ© les festivals europĂ©ens cet Ă©tĂ©, CĂ©saria et Tiken Jah s’offrent une parenthĂšse avant de repartir mi-septembre en tournĂ©e, europĂ©enne pour l’une, française pour l’autre.

Cette Ă©dition de Baia das Gatas est Ă©galement le final de la tournĂ©e CĂ©saria and Friends qui a sillonnĂ© les festivals cet Ă©tĂ© aprĂšs avoir Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois en mars 2001 au ZĂ©nih de Paris. Tous ses amis sont lĂ  pour cĂ©lĂ©brer le retour de la Diva sur son Ăźle natale et ses trois musiciens cubains ont fait le dĂ©placement de La Havane pour l’occasion. « On finit Ă  la maison » nous dit JosĂ© da Silva.
Assister Ă  un spectacle de CĂ©saria Evora au Cap-Vert est rare, et aprĂšs avoir parcouru l’üle, la beautĂ© des lieux prend une autre dimension Ă  l’écoute de leur Ă©vocation sur scĂšne. Sao Vicente di Longe, Sodade, Pic nic na Salamensa, Mar Azul, autant de titres qui font frissonner de plaisir le public et subliment cette Ăźle si lointaine, oubliĂ©e longtemps de tous et dĂ©sormais connue aux quatre coins de la planĂšte.
La chanteuse, rejetĂ©e quarante ans durant, prend ainsi une Ă©clatante revanche ce soir-lĂ . Et c’est une CĂ©saria Ă©panouie qui montre sa rĂ©ussite Ă  ceux qui mĂ©prisaient cette pocharde Ă  l’époque oĂč elle Ă©cumait les bars de la ville Ă  la recherche du grogue qui lui ferait oublier sa sodade en Ă©change d’une chanson.

Tiken Jah Fakoly est arrivĂ©, quant Ă  lui, d’Abidjan avec son groupe ivoirien, son « Ă©quipe rĂ©serve » comme il l’appelle, puisqu’il a un groupe basĂ© Ă  Paris pour jouer en Europe et un autre en CĂŽte d’Ivoire pour les concerts africains. AprĂšs quatre mois de sĂ©paration et seulement trois rĂ©pĂ©titions, les musiciens n’ont pu se mettre au diapason de leur leader – de plus en plus charismatique sur scĂšne au fil des mois – ce qui donne lieu Ă  un concert dĂ©cevant. Cependant, le reggae Ă©tant une musique universelle, Tiken Jah a enflammĂ© un public toujours rĂ©ceptif Ă  ces beats que l’on entend dans toutes les buvettes installĂ©es aux alentours du festival. Le 14 septembre prochain, il entamera sur la scĂšne de la FĂȘte de l’HumanitĂ©, Ă  La Courneuve, en banlieue parisienne, la seconde partie de sa tournĂ©e française, oĂč il lui faudra faire vite oublier ce faux-pas. Son projet d’arriver sur scĂšne Ă  mobylette suffira-t-il Ă  masquer l’irrĂ©gularitĂ© de l’équipe premiĂšre (son groupe de Paris) comme celle de l’équipe rĂ©serve ? L’avenir nous le dira.


La rĂ©vĂ©lation de ce festival est un groupe qui n’a pas jouĂ© ensemble
depuis 1970. Les Voz de Cabo Verde, groupe mythique des annĂ©es 60 ne s’était pas reformĂ© depuis lors avec cette formation.
A la faveur d’un courant pour les « afro-papys » (Cool Crooners, Kekele, Orchestre Baobab ou Bembeya Jazz) dans la mouvance du Buena Vista Social Club, JosĂ© da Silva (dĂ©cidĂ©ment partout) a eu l’idĂ©e de relancer le groupe. Avec Djozinha aux chants, qui a autant de pĂȘche que Mick Jagger sur scĂšne, Morgadinho Ă  la trompette et aux chants, Chico Serra aux claviers, et malgrĂ© l’absence du grand show man, Luis Morais, hospitalisĂ© aux Etats-Unis, le groupe a montrĂ© une grande maĂźtrise de la scĂšne et de rĂ©elles qualitĂ©s d’entertainers. L’enregistrement d’un album est prĂ©vu en janvier 2003, suivi de la premiĂšre partie de la tournĂ©e de printemps de CĂ©saria Evora. Nul doute que l’on entendra parler prochainement de ces papys qui ont fait vibrer un public de l’ñge de leurs petits-enfants !

Alors que le plus petit village de France a dĂ©sormais son festival gĂ©rĂ© et rĂ©alisĂ© par des professionnels, l’Afrique marquait un sĂ©rieux retard en la matiĂšre. Mais l’expĂ©rience acquise par certains aux cĂŽtĂ©s d’artistes de premier plan qui distillent leur « world music » Ă  travers le monde a permis l’émergence d’une gĂ©nĂ©ration prĂȘte Ă  dĂ©ployer son savoir-faire au bĂ©nĂ©fice de leur pays. NĂ©anmoins, la confrontation aux rĂ©alitĂ©s locales peut parfois gĂ©nĂ©rer des blocages inconcevables en Europe. Et c’est lĂ  que le pari s’annonce plus difficile Ă  gagner, Ă  long terme.

Pierre RENE-WORMS