Chronique album
12/07/2002 -Â
RFI Musique: Pourquoi Cam et non plus DJ Cam ?
Cam: Sur cet album, je suis avant tout producteur, compositeur et arrangeur. Tout est jouĂ© en acoustique Ă 90%, donc je trouvais ça un peu dĂ©bile de mettre «DJ Cam». Le public ne considĂšrerait peut-ĂȘtre pas ce disque Ă sa juste valeur sâil y avait le mot «DJ» devant. On aurait pu penser que câest un disque Ă base de samples !
Pour le grand public, le mot DJ signifie hip hop ou musiques Ă©lectroniquesâŠ
Ou «dance» de merde ! Donc je nâavais pas du tout envie de laisser le mot DJ.
Lâinspiration premiĂšre de Soulshine, câest Quincy Jones ?
Je me suis dit qu'il ne fallait pas faire nâimporte quoi. Il fallait que je fasse un disque dont je serais fier, pas une dĂ©mo. Un disque que je pourrais donner Ă Quincy Jones quand je le rencontrerais. CâĂ©tait le but. Câest pour ça que jâai Ă©normĂ©ment réécoutĂ© ce quâil avait fait : pour essayer de comprendre⊠mĂȘme si ça reste loin de la qualitĂ© de Quincy.
Est-ce que le but de votre carriĂšre est de faire un disque et de lui remettre en mains propres ?
Oui ! Dâailleurs, je vais lui donner celui-ci ! Je sais que lâan dernier, il Ă©tait Ă Montreux pendant que je donnais un concert. Je ne sais pas sâil a apprĂ©ciĂ©. Câest prĂ©vu de lui donner un exemplaire de Soulshine ou au moins de lui envoyer avec un petit mot. MĂȘme sâil ne me rĂ©pond pas, jâaimerais bien quâil Ă©coute. Câest une musique qui peut le toucher.
Etre adoubĂ© par Quincy Jones, câest le fantasme suprĂȘme ?
Si tu es cautionnĂ© par Quincy Jones, ça tâouvre pas mal de portes ! DĂ©jĂ au niveau de la presse, si tu as un autocollant avec marquĂ© «approuvĂ© par Quincy Jones», les critiques sont un peu plus⊠(rire). Quoique pour lâinstant je nâai pas Ă me plaindre !
Soulshine est avant tout un album de musicien ?
Tout Ă fait. Jâai tout composĂ© chez moi. Ensuite, jâai passĂ© beaucoup de temps en studio avec les musiciens que jâavais choisi, pour leur faire rejouer ce que je voulais Ă ma façon. Je ne voulais pas tomber dans un album de jazz, une dĂ©monstration de virtuositĂ©. Je voulais vraiment quâon garde le groove. Je suis assez dur quand je travaille avec les gens car jâai une idĂ©e prĂ©cise de ce que je veux, et câest vrai que lĂ , jâai eu la chance de travailler avec des musiciens trĂšs ouverts et trĂšs cool. On se respectait mutuellement. Mais câest vrai que jâaime aller au bout de mes idĂ©es.
Soulshine est plus un album soul que hip hop?
Il y a un courant amĂ©ricain que lâon appelle la nu soul, une espĂšce de soul/RânâB, mais avec des vrais instruments. Jâavais beaucoup apprĂ©ciĂ© le dernier album de DâAngelo, Voodoo ou le dernier Erika Badu, avec un retour aux vrais instruments. Je voulais faire un album de nu soul avec mon background personnel, parce que je suis français, sans non plus tomber dans le mielleux, le cĂŽtĂ© cheap que lâon peut trouver dans certaines productions RânâB !
Vous nâavez pas craint une confusion avec ce courant RânâB trĂšs uniformisĂ© ?
A chaque nouveau disque, jâessaie de faire quelque choses de diffĂ©rent. Je nâai pas peur de prendre des risques.
Quel est votre point de vue sur les clichĂ©s RânâB, le gospel aprĂšs lâĂ©cole, Curtis Mayfield et Donny Hattaway en guise de disque de chevet par exemple ?
Il y a une part inventĂ©e, bien sĂ»r, mais jâai vu un documentaire sur Bilal, et tout le courant nu soul de Philadelphie⊠Quand on voit les gens jouer et chanter, des gamins qui ont entre seize et dix-huit ans, ils ont quand mĂȘme le truc ! AprĂšs, ils embellissent peut-ĂȘtre un peu, mais pour le coup, le concert dans lâĂ©glise, câest quand mĂȘme pas mal !
Et en ce qui concerne les artistes de RânâB français, quel est votre sentiment ?
Ah⊠Sans commentaire ! Câest un peu le cĂŽtĂ© «on sâachĂšte une crĂ©dibilité» ! La diffĂ©rence se fait sur scĂšne. Câest lĂ quâon peut voir la valeur de lâartiste.
Câest peut-ĂȘtre un problĂšme de culture. La France nâa pas de culture «funky» contrairement aux Etats-Unis !
En France, la culture funky-soul est soit disant Ă©norme, et il y a toujours des dossiers sur le sujet dans les magazines. A mon avis, câest de la branchitude parisienne ! Ce qui est important de toutes façons pour moi, câest que les gens Ă©coutent les disques, quâils apprĂ©cient la musique peu importe le nom quâon lui donne. Si on veut appeler ça du hard rock, aprĂšs tout, pourquoi pas ?
Partant de ce principe-lĂ , ne pensez-vous pas que Soulshine se vendra mieux Ă lâĂ©tranger quâen France ?
Câest vrai que câest un disque destinĂ© en grande partie Ă lâinternational. Je vends beaucoup plus de disques et suis plus populaire Ă lâĂ©tranger quâen France. Pour ĂȘtre honnĂȘte, jâai avant tout fait ce disque pour les gens que jâadmire et que je respecte aux Etats-Unis. Mais mes parents adorent ! De tous mes albums, câest leur prĂ©fĂ©rĂ© !

Vous ĂȘtes une sorte de Jean-Michel Jarre-soul : vous vendez plus de disques hors des frontiĂšres hexagonales !
(Rire) Je ne crois pas ! Je prĂ©fĂšre ĂȘtre le Quincy Jones français ! Je respecte Jean-Michel, avec qui jâai dâailleurs fait un remix que je cautionne tout Ă fait, mais en ce moment, je suis plus Quincy !
Le gĂ©nĂ©rique de Soulshine est impressionnant : Guru de Gangstarr, CameoâŠ
Je connais Guru et DJ Premier depuis longtemps, et ils ont rĂ©pondu prĂ©sent, trĂšs chaleureusement. Quant Ă Cameo, câĂ©tait mon groupe de funk prĂ©fĂ©rĂ© quand jâavais onze ans ! Je leur ai envoyĂ© le morceau, ils ont kiffĂ© comme des malades, et on sâest retrouvĂ© Ă enregistrer ensemble, Ă New York ! Etant donnĂ© que je suis producteur du disque, je nâai pas les moyens dâune multinationale. Et donc tous les gens prĂ©sents sur lâalbum avaient vraiment envie de faire partie du projet, plus que de prendre un gros cachet. De toutes façons, il nây en avait pas ! Jâai tout de suite mis les choses au clair. Certains artistes que je souhaitais voir apparaĂźtre sur Soulshine Ă©taient plus attirĂ©s par le pognon quâautre chose. Il y a des mythes qui se sont brisĂ©s Ă ce moment-lĂ ! Je ne citerai pas les noms, on ne sait jamaisâŠJe pourrai ĂȘtre amenĂ© Ă travailler avec eux.
Parmi les artistes prĂ©sents sur Soulshine, on trouve Anggun, une artiste plutĂŽt estampillĂ©e variĂ©tĂ©âŠ
Jâaime bien sortir les gens de leur contexte. Et puis le rĂ©sultat est trĂšs satisfaisant ! Câest le premier single et la premiĂšre vidĂ©o de lâalbum. Anggun et Cam, câest inattendu !
A quand Cam et Lara Fabian ?
Je ne sais pas. Jâaurai trop peur quâelle me casse les tympans !(rire) Dans le cas dâAnggun, câest moi qui Ă©tait demandeur. Du moment que la personne est intĂšgre⊠AprĂšs tout, Lara Fabian, pourquoi pas ? Si elle est sincĂšre. Je refuse les collaborations quand il sâagit pour un artiste de se servir de mon image, de sâacheter une crĂ©dibilitĂ©.
Vous avez remixĂ© Jean-Louis Murat, Jean-Michel Jarre⊠LâĂ©clectisme est votre marque de fabrique !
On apprend Ă©normĂ©ment en travaillant avec dâautres personnes. RĂ©cemment, jâai fait un remix pour CharlElie, ça mâa permis dâapprendre encore plus sur dâautres univers. Etant donnĂ© que je cherche vraiment Ă me concentrer sur la production dâalbums pour dâautres artistes, câest assez enrichissant de travailler avec des personnes diffĂ©rentes : aujourdâhui, je me sens plus Ă lâaise, je nâai peur de rien ! Cela dit, je sĂ©pare bien les choses, parce que je me suis aperçu que les gens avaient du mal Ă assimiler mon cĂŽtĂ© hip hop new-yorkais, mon cĂŽtĂ© ambiant hip hop, le cĂŽtĂ© house⊠Maintenant il y a des pseudos pour chaque projet que je tiens secret !(rire)
Vous avez dĂ©clarĂ© que vous ne vous verriez pas scratcher Ă quarante ans. Vous nâavez pas changĂ© dâavis ? Je ne sais pas. En vieillissant, je me vois tout Ă fait scratcher Ă quarante, mĂȘme cinquante ans !(rire) Je pense que jâaurai assez de sagesse pour me retirer au moment oĂč il faut. Je veux bien ĂȘtre un vieux sage de la production, mais les platines, ce nâest pas mon ambition premiĂšre !
Propos recueilli par LoĂŻc BussiĂšres.
Photo de homepage: Columbia
Cam Soulshine (Columbia/Sony 2002)