publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Chronique album


Patricia Kaas, ambiance piano-bar

Album de reprises de standards français


Paris 

31/05/2002 - 

Patricia Kaas sur les marches du Palais des festivals Ă  Cannes, pour la premiĂšre de And now, Ladies and Gentlemen, le nouveau film de Claude Lelouch : l’image Ă©tait belle, dimanche dernier, avant que le film ne sorte sur les Ă©crans français ce mercredi. Rencontre avec la chanteuse devenue comĂ©dienne qui Ă  cette occasion, sort un album de reprises de standards français.




Huit ans aprĂšs l’abandon in extremis d’un projet de Stanley Donen (le rĂ©alisateur de Singin’ in the Rain) autour de la vie de Marlene Dietrich, voici enfin la chanteuse en haut d’une affiche de cinĂ©ma. «C’était une envie depuis longtemps, avoue-t-elle. Mais je venais de dĂ©mĂ©nager en Suisse, de dĂ©cider de profiter du temps et de voir combien de temps j’allais en profiter. Quand Claude m’a appelĂ©e, je suis allĂ©e le voir plus par respect de l’homme que pour dĂ©crocher un rĂŽle.» Et voilĂ  : essais concluants, enthousiasme du cinĂ©aste qui avait dĂ©jĂ  vu une vingtaine d’actrices et de chanteuses pour le rĂŽle, rencontre fĂ©conde entre un cinĂ©aste qui aime les chanteurs (il a tournĂ© avec Brel, Dutronc, Hallyday, Bruel, Nicole Croisille, Lio, BĂ©caud, OphĂ©lie Winter) et une des plus populaires personnalitĂ©s du show-biz français.

Elle incarne le rĂŽle de Jane, une jeune femme tout Ă  fait dĂ©cidĂ©e Ă  ne plus croire en l’amour. Elle rencontre Valentin (Jeremy Irons), gentleman cambrioleur tout aussi las d’aimer. Comme Jane chante dans les piano bars des grands hĂŽtels marocains, c’est Ă  la fois un personnage familier et dĂ©paysant que vont dĂ©couvrir les spectateurs. Et, en langues anglaise et allemande, ce sera aussi Patricia Kaas que l’on entendra parler dans les versions doublĂ©es du film, puisqu’elle a tenu Ă  faire elle-mĂȘme la post-synchronisation du film («C’est plus difficile que le tournage !»).

Et elle a sorti il y a quelques semaines Piano Bar by Patricia Kaas, un disque de reprises de standards français (Ne me quitte pas, Que reste-t-il de nos amours ?, Les Feuilles mortes, Et maintenant) pour la plupart dans des adaptations anglaises. Disque "inspirĂ©" par le film, selon l’expression consacrĂ©e, puisqu’il contient Ă  la fois un peu plus et un peu moins que ce que Patricia Kaas chante Ă  l’écran.
La pochette du disque Piano Bar by Patricia Kaas est trĂšs originale.
C’est vraiment mon choix. Comme ce n’était pas pour moi un nouvel album mais un album-concept, qui est aussi devenu la musique du film, je n’avais pas envie de mettre mon visage sur la pochette. Nous avions fait cette sĂ©ance de photos au Maroc pendant le tournage du film, et j’avais demandĂ© que l’on fasse des gros plans de parties de moi. Quand j’ai eu les photos, j’ai voulu aussitĂŽt qu’on travaille sur cette photo du pied. J’ai demandĂ© que le packaging soit mat avec la rose en relief, quelque chose qui ne soit pas ordinaire. Et c’est pourquoi il s’appelle Piano Bar by Patricia Kaas, ce qui n’est pas un titre d’album "normal".

Cet album doit-il tenir le rÎle que devait avoir votre album en anglais, plusieurs fois annoncé et abandonné ?
C’est facile de rĂ©pondre oui. Ça fait des annĂ©es que l’on parle de cet album en anglais, qui n’a jamais Ă©tĂ© fini. En fait, depuis des annĂ©es, Richard Walter, un de mes producteurs, voulait me faire enregistrer un album de grandes chansons françaises. C’était difficile d’enregistrer plus d’une ou deux reprises par album. Et puis il fallait une raison de le faire, ce disque. Le jour oĂč je suis sortie du bureau de Claude aprĂšs avoir parlĂ© du film avec lui, j’ai repensĂ© Ă  cette idĂ©e : comme cette femme gagne sa vie en faisant du piano bar, comme Claude disait vouloir m’entendre chanter du piano bar, c’était Ă©vident. Au piano bar, on ne chante que des chansons connues. Mais je ne voulais pas chanter Ne me quitte pas comme le chantait Brel : lĂ , il ne s’agit pas d’attraper absolument toute l’attention des spectateurs, c’est de la musique d’ambiance. Et je voulais un piano bar moderne, ce qui explique que j’ai voulu travailler avec Robin Millar, pour retrouver le son de l’album Older de George Michael. Mais le projet est bien sĂ»r complĂštement liĂ© au film de Claude, c’est quand mĂȘme sa bande originale, mĂȘme s’il n’y a pas toutes les chansons du film, et aussi des chansons qui n’y sont pas.

Ferez-vous des concerts avec ce répertoire ?
C’est tellement intime que c’est difficile sur scĂšne. J’ai envie de le prĂ©senter sur scĂšne, mais dans des salles de 400 ou 800 places, grand maximum. Je rajouterai bien sĂ»r quelques chansons, mais je ne sais pas si j’aurai envie de chanter des chansons Ă  moi, ou peut-ĂȘtre sous forme de medley. Je le ferai en septembre-octobre, une trentaine de dates au maximum. Mais ce ne sera pas Patricia en tournĂ©e.

Justement, il semble que vous n’avez jamais chantĂ© autant en retrait que sur cet album

Peut-ĂȘtre sur Je te dis vous, non ? C’était le mĂȘme arrangeur, d’ailleurs. En fait, l’idĂ©e Ă©tait de faire un piano bar d’aujourd’hui, une musique d’ambiance. Nous voulions garder cette unitĂ©, mĂȘme si en gĂ©nĂ©ral j’aime bien avoir, outre des chansons lentes, des titres sur lesquels j’envoie le boulet. J’avais envie d’ĂȘtre prĂšs des gens. Quand je chante Mon mec Ă  moi, je n’en ai pas nĂ©cessairement envie. Sur If You Go Away (Ne me quitte pas), oui.

Cela a-t-il été facile de vous muer en actrice ?
Claude a Ă©tĂ© trĂšs intelligent : mes premiers jours de tournage Ă©taient consacrĂ©s Ă  des scĂšnes pendant lesquelles je chantais. Je mettais les pieds dans quelque chose que je connais. Il m’a donnĂ© le scĂ©nario quinze jours avant le tournage et je n’ai pas eu le temps d’apprendre. Justement, il voulait mes mots, il voulait que cette Jane me ressemble. Je n’ai jamais Ă©tĂ© devant une camĂ©ra et je devais dialoguer. Parfois, on disait tout le texte Ă©crit et, Ă  la fin, on n’entendait aucune voix dire «coupez ». Simplement, la situation plaisait Ă  Claude et il continuait Ă  filmer : il fallait garder le mĂȘme regard, trouver des gestes naturels, il soufflait de nouvelles phrases de texte
 En fait, je m’attendais Ă  ce que ce soit plus dur. Claude m’a donnĂ© ce rĂŽle aussi parce qu’il pensait que je ressemblais Ă  ce personnage. Mais si demain je dois faire un film comique, ce sera peut-ĂȘtre plus dur !

Heureuse de cette expérience ?
Aujourd’hui, je suis contente d’avoir rĂ©ussi. Pas de penser que j’ai rĂ©ussi, mais que Claude me dise que j’ai rĂ©ussi. Lui, il a pris un risque, pas moi. Si je suis mauvaise dans un rĂŽle, ça ne va pas changer mon talent de chanteuse. Mais ça lui aurait foutu en l’air son film.

Avez-vous envie de faire d’autres films ?
Je n’en sais rien. Dans ma tĂȘte, je ne suis pas une actrice. J’ai fait ce premier film et puis voilĂ . Je n’ai pas spĂ©cialement de projet ou d’envie de tourner avec untel ou untel. Si vous me demandez avec qui j’ai envie de chanter, je peux vous rĂ©pondre, en revanche.

Avec qui, justement ?
Avec George Michael. Il a toujours Ă©tĂ© mon chanteur prĂ©fĂ©rĂ©. J’aimerais bien qu’il m’écrive une chanson ou qu’il me produise un album.

Patricia Kaas Piano Bar (Sony / Columbia) 2002


Bertrand  Dicale