Arno Charles Ernest, c'est un drÎle de titre pour un album. Ce sont vos autres prénoms ?Ce sont les prénoms de mes grands-pÚres, paternel et maternel. Je suis particuliÚrement content et fier de ce disque. Je pense que je ne peux pas faire mieux et je voulais leur dédier ce travail à eux deux qui ont été particuliÚrement tolérants avec leur femme.
Comme vous ?Je nâai plus de femme (sourire). Mais eux, ils ont Ă©tĂ© trĂšs tolĂ©rants. Mes grands-mĂšres, câĂ©tait deux salopes, mais je les aimais, des femmes avec de fortes personnalitĂ©s, mais câĂ©tait des
bitches ! Ils ont beaucoup tolĂ©rĂ© ces femmes trĂšs strictes mais avec de forts caractĂšres. Lâune Ă©tait russe et chanteuse. Elle est morte il y a un an de maniĂšre formidable Ă 96 ans. Elle mâa tĂ©lĂ©phonĂ© pour me demander de venir la voir, un dimanche. JâĂ©tais en studio, toute la famille est venue Ă 11 heures. Elle a demandĂ© : «
Est-ce que tout le monde est là ? Oui. Bon, maintenant je vais faire dodo». Et puis, clack ! Elle est morte ! Elle a crevé comme elle a vécu, en faisant chier le monde (rires).
Et votre autre grand-mĂšre ?Mon autre grand-mĂšre, câĂ©tait une Anglaise. Elle Ă©tait vraiment dure. En fait, câest une analyse que je fais sans trop rĂ©flĂ©chir. Et en me disant que je suis peut-ĂȘtre comme mes grands-parents.
Vous seriez plutĂŽt du cĂŽtĂ© bourreau ou victime ?Victime ! Je pense plutĂŽt ĂȘtre une victime. Les hommes ne peuvent pas porter la douleur comme la portent les femmes. Câest insupportable pour eux. Je pense que les hommes croient tout savoir, mais les femmes, elles comprennent tout ! (mort de rire)
Comment doit-on interprĂ©ter alors la premiĂšre chanson de lâalbum Ma femme ?Câest un hommage Ă la mĂšre de mes enfants, Marie-Laure (ndlr : BĂ©raud, paroliĂšre et chanteuse). Il y a plein de gens qui sont dans mon cas avec leur femme ou leur petite amie, mais jâai la chance de ne pas mâĂȘtre mariĂ©. Sinon, je serais obligĂ© de faire des centaines de concerts comme Bob Dylan ou dâautre pour payer les pensions alimentaires. En Occident, dans les relations homme-femme, plus personne ne trouve sa place. Ils ne savent pas se positionner les uns par rapport aux autres. Les mecs sont branchĂ©s sur leur carriĂšre et les femmes aussi. Le boulot est un "full time job" qui empĂȘche les uns et les autres de sâaimer et de se dire quâils sâaiment.
Autre nouvelle chanson, Solo Gigolo. La rumeur veut que vous ayez Ă©tĂ© gigolo dans les annĂ©es 70, en GrĂšce. Est-ce vrai ?(surpris) Ah bon ? Ah ouais ! Non, non ! JâĂ©tais dans les annĂ©es 70 Ă Mykonos dans les Ăźles grecques, mais bien avant quâil y ait des gays. Disons que jâai vĂ©cu au crochet dâune fille. Je revenais dâInde et dâAfghanistan, jâavais perdu mon fric en GrĂšce. Et un pĂȘcheur, Spyro, me dit : «
Ecoute, en attendant ton fric par mandat, tu peux loger chez le boulanger de Mykonos». Jây vais et Ă cĂŽtĂ© de ma chambre, il y avait Alexandra⊠La nuit, au rez-de-chaussĂ©e, le pĂšre faisait du pain et nous au premier Ă©tage, on sâenvoyait en lâair. Donc, si tu veux, par circonstance jâĂ©tais gigolo. Oui, câest vrai, mais petit gigolo et câĂ©tait pour sauver mon cul. A la fin, jâai tout remboursĂ©. (rires)
Vous dites frĂ©quemment dans vos interviews quâaprĂšs ce que vous avez vĂ©cu et appris, vous nâaimeriez pas avoir vingt ans aujourdâhui. Ce nâest pas follement optimiste pour vos enfants ?Ils doivent sauver leur cul eux aussi. Ce nâest pas trĂšs optimiste certes mais câest comme cela. Dans les annĂ©es 60, câĂ©tait la premiĂšre fois quâil y avait une culture spĂ©cifique pour les jeunes : la musique, lâattitude, les vĂȘtements, lâamour, tout... Il y avait une provocation, peut-ĂȘtre naĂŻve, mais rĂ©elle, contre lâ
establishment. Il nây avait pas MTV Ă la tĂ©lĂ© alors on faisait notre MTV nous-mĂȘme dans notre vie. CâĂ©tait lâapparition des frigos, des tĂ©lĂ©s, des bagnoles⊠On dĂ©testait, on Ă©tait dans le "non confort-misme"⊠Je ne dis pas que câĂ©tait mieux que maintenant mais câĂ©tait le dĂ©but du truc de consommation. Maintenant, tout est lĂ et tout le monde veut tout. Quelque part, je trouve plus intĂ©ressant de vivre maintenant. Tout passe plus vite mais câest trĂšs intĂ©ressant. Moi en tant que voyeur, je suis ravi.
Popstars et Star Academy Ă la tĂ©lĂ©vision, vous devez adorer alors !?!Dans les annĂ©es 60, ils ont fait cela aussi avec les Monkees, un groupe fabriquĂ© de toutes piĂšces. Ils ont fait des Ă©missions spĂ©ciales oĂč tu te farcissais ce groupe au look sympa, avec une musique sympa. Ăa existe depuis la nuit des temps comme les Supremes avec Diana Ross. Aujourdâhui, la seule diffĂ©rence câest que tout est plus grand, dĂ©mesurĂ©. Quand tu vas dans un supermarchĂ©, tu nâachĂštes pas une barre chocolatĂ©e mais des packs de dix ou de vingt. Dans le fond, câest la mĂȘme chose.
Et cela ne vous fait pas mal de voir que les apprentis chanteurs de Popstars vendent plus de disques en un mois que vous en vingt-cinq ans de carriĂšre ?Oui, mais quâest ce quâil va faire le petit Popstar dans un an ? Les gens ont besoin de ce truc. On n'est pas obligĂ© dâacheter ça, ni de regarder. Moi, malgrĂ© tout, je trouve cela bien parce que ça engendre des rĂ©actions comme le punk, le grunge et tout le bazar. Jâaime regarder ça, câest trĂšs comique pour moi. Je ne suis pas dans une compĂ©tition et je ne fais pas de la musique pour des gens qui regardent Popstars.
Sur Il est tombĂ© du ciel, vous prenez un ton dĂ©sespĂ©rĂ© qui va crescendo. On dirait du Brel ou du Adamo en train de chialer⊠Pourquoi les chanteurs belges donnent-ils toujours cette impression de pleurer sur leur sort quand ils chantent ? Ils souffrent mon chĂ©ri, ils souffrent ! (Il force son accent belge). Il faut, une fois, vivre lĂ -bas pour comprendre ! (rires) Peut-ĂȘtre que câest Ă cause de notre nourriture (rires). Johnny Hallyday, il fait cela aussiâŠ
Pourquoi reprenez-vous Ă©galement Motherâs Little Helper des Rolling Stones ?Câest une chanson dont jâai tout changĂ© sauf les paroles. Le texte est formidable. Câest une preuve que Jagger dans le temps, Ă©tait un visionnaire.
Motherâs Little Helper, il sâagissait dâune pilule - comme le Prozac aujourdâhui - pour les femmes qui Ă©taient dĂ©pressives dans leur travail, dans leur souffrance, les femmes de mĂ©nage qui prenaient ça pour ne pas couler.
Si dans trente ans, un chanteur voulait reprendre une chanson dâArno, laquelle aimeriez-vous quâil choisisse ?
Deus lâa fait dans le temps. Jâai dĂ©jĂ jouĂ© avec Star Flam, un groupe de rap belge qui a fait des trucs de moi trĂšs bien. Il faut acheter leur disque plutĂŽt que Popstars. Lofofora a repris Vive la libertĂ© en version heavy metal. Noir DĂ©sir avait repris aussi Putain putain, on est tous des EuropĂ©ens, mais ce nâest jamais sorti. Te dire ce que jâaimerais quâon reprenne de moi⊠(une longue pause) Putain, putain, jâen sais rien !! (rires)