Chronique album
Paris
22/02/2002 -
Petit, Tiken écoutait déjà du reggae. Il portait un jean sous sa blouse avec "Jah" inscrit sur toutes ses poches. Et lorsque le maître s'absentait, il lui disait : "Jah vient parler un peu de ton reggae en attendant que j'arrive." Car lorsqu'il racontait Marley devant les autres écoliers, tout le monde l'écoutait et il n'y avait jamais de chahut. Plus tard, c'est Marley évidemment qui l'a le plus influencé car le musicien jamaïcain défendait dans ses chansons, toutes les victimes d'injustices dans son pays. Avec Toots, U-Roy et tant de héros comme Dennis Brown, il a participé à allumer le feu sacré en lui. Comme Burning Spear qui évoquait sans cesse l'Histoire de l'Afrique à travers ses morceaux. Mais Tiken Jah Fakoly aimait aussi bouger sur les danses nigériennes de ce vieil artiste Rocafil Jazz qu'on appelait aussi Prince Nico Mbarga.
En 82, lorsque son compatriote Alpha Blondy publie son premier album Jah Glory avec le tube Brigadier Sabary, Tiken se dit : "pourquoi pas moi…puisqu'il chante en malinke et en français". C'est alors que son rêve rasta commence à se réaliser. Son premier disque en 93 sera occulté par le décès de Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de Côte d'Ivoire et les trois mois de deuil national décrétés. Son second en 94 passe lui aussi à la trappe, mais Tiken va enfin s'imposer avec son fulgurant Mangercratie, avant de trouver une distribution internationale.
L'album qu'il présente aujourd'hui Françafrique, chanté en français, en anglais mais aussi dans sa langue maternelle le malinké, résume ses aventures. C'est une collection de ses chansons pour tous ceux, nombreux, qui n'ont pas connu ses premiers albums. Mais la grande différence réside dans le fait que tout a été intégralement réenregistré à Kingston, au légendaire studio Tuff Gong de Marley avec une formation de rêve sous la houlette de l'ancien Wailers, Tyrone Downie : Sly Dunbar (batterie), son complice Robbie Shakespeare (basse) et Earl "China" Smith, sans oublier U-Roy en invité de marque. Rencontre. Considères-tu que le reggae africain est un mouvement puissant ?
Aujourd'hui, il existe un vrai reggae africain. Mais cette musique a été créée par les Jamaïcains et comme les Jamaïcains sont venus d'Afrique, ils ont toujours considéré leurs racines africaines. Marley disait que le reggae devait retourner à la source et c'est en train d'arriver. En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, les artistes les plus populaires restent les stars reggae qui font le plein de stades. Il y a une nouvelle génération qui monte. Je commence même à produire d'autres artistes. Mais il y a beaucoup de photocopies d'Alpha ou de Tiken. Moi, je recherche ceux qui viennent avec un peu d'originalité. Je suis en train de travailler avec un jeune artiste Soum Malaki que j'enregistre dans un studio du Burkina Faso, c'est un Ivoirien. Il y a des milliers de reggae boys en Côte d'Ivoire comme il y a des milliers de groupes de rap au Sénégal.
Tiken Jah Fakoly Françafrique Barclay/Universal (sortie mondiale)
En concert à Paris le 28 Février 2002 à l'Elysée Montmartre
Gérard Bar-David
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