Paris
05/02/2002 -
«Entre musiciens, nous trouvions qu’il ne se passait rien en France. Un jour, j’ai proposé aux meilleurs musiciens de Paris de faire un groupe. Aussitôt, on m’a demandé combien ce serait payé. Alors j’ai fait Magma avec de complets inconnus.» Comme beaucoup d’idées capables de changer une époque, la naissance de Magma, telle que la raconte Christian Vander, a quelque chose d’une confondante simplicité.
En 1969, entre un rock qui parvient à peine à se penser français, et un jazz qui se précipite dans l’idée d’un free sans limite et sans contrainte, Chistian Vander crée un groupe proprement incroyable. Magma va faire le lien entre le vacarme rock, la furie libératrice du jazz de Coltrane et une bonne dose de rêve. Ni rock, ni jazz, ni jazz-rock, situé dans un domaine en friches (un rock-fiction, comme il existe une science-fiction ?), le groupe de Vander va inventer tout à la fois : un logo en forme de griffe circulaire (une démarche qui n’existe pas, alors, dans le show business), des dispositifs techniques assez neufs (à commencer par le premier piano électronique Fender Rhodes en France), une manière singulière de jouer de la musique, entre stricte écriture et improvisation libératrice, et surtout le kobaïen. Cette langue de la planète Kobaïa (une planète du futur, précise Magma, à l’époque) fait passer Christian Vander pour un illuminé et son groupe pour une quasi-secte.
Mais le public suit avec jubilation, fasciné par cette langue à la fois moelleuse et gutturale. «Le kobaïen a été composé parallèlement à la musique, se souvient Christian Vander. Je créais les mélodies au piano et ces sons venaient – je les laissais venir. Il ne fallait pas chercher à faire du kobaïen, le kobaïen venait naturellement. Mais on trouvait aussi des sons anglais dans la musique de Magma. Plus tard, avec Offering (le groupe qui a succédé à Magma dans les années 80), j’ai réussi à improviser en direct en français. Je découvrais les thèmes et je notais les paroles ensuite, sur l’enregistrement.»

Avec Magma, Offering et sous son propre nom, l’aventure musicale de Christian Vander se décline en une quarantaine d’albums, dont quelques monuments, comme Mekanïk Destruktïw Kommandoh ou Köhntarkosz. C’est justement entre ces deux disques que les concerts de ce nouveau Magma entendent se situer, avec KA 1.2.3, une pièce inédite d’une quarantaine de minutes que Christian Vander avait laissée inachevée il y a presque trente ans et qu’il a récemment reprise et achevée. Un nouveau voyage, peut-être un peu nostalgique, vers Kobaïa.
Bertrand Dicale
12/02/2009 -