30/01/2002 -
Dès les premières notes de ce Creux des fées, on est saisi par le pouvoir de fascination, quasiment d'envoûtement de sa voix. En ce temps du Seigneur des anneaux, Laurence Revey pourrait être la sœur de Galadriel, la fameuse reine des Elfes qui hypnotise Frodo. Comme un chant de sirène, mi-Zap Mama, mi-Kate Bush, Laurence Revey brode un disque de dentelles vocales envoûtantes.
Cette artiste suisse, que rien ne prédestinait à la carrière de chanteuse, étudia d'abord le théâtre au studio 34 et au Cours américain à Paris. "Ce n'était pas un parcours évident de choisir la musique. Je l'ai fait de manière totalement instinctive et intuitive. Je n'étais pas du tout dans un milieu familial artistique et musical. C'est le théâtre qui m'a rattrapé. J'ai fait une ou deux expériences de chœurs dans des groupes ethniques, dans des formations greco-albanaise ou africaine. J'ai fait une dizaine de concerts pour un artiste suisse qui s'appelle Eric Kube".
Mais la vocation lui vint plus tard, grâce au contact de différentes cultures lors de ses séjours parisiens où, paradoxalement, elle prend conscience de l'importance de ses propres origines. "Cela n'était qu'un puzzle multiracial, multiculturel et dans ce puzzle j'avais, moi, toute une partie de ma propre culture que je connaissais mal et qui m'avait presque échappée. Chez nous aussi il y a des sorciers, des guérisseurs et en fait tout cela est universel, ce n'est pas propre à ma culture. Simplement, moi, je l'ai redécouvert". 
Puis en 1998, Laurence Revey retrouve un ami d'enfance, Joël Nendaz qui lui écrit des paroles en patois. Une rencontre enrichie également par le don que lui fait Isabelle Raboud, une ethnomusicologue qui travaille pour les Archives Suisses de la Chanson Populaire. "J'ai eu dans les mains des bandes transmises par Isabelle qui m'a dit : surtout, ne respectez pas ces chants !. La musique traditionnelle n'existe pas, ceux qui ont enregistré cette musique, l'ont enregistré il y a un demi-siècle, à l'âge de vingt ans. Et leurs enfants à qui ils l'ont transmise oralement n'avaient pas du tout envie de chanter les "chansons à papa". Un peu comme, nous, aujourd'hui nous refusons ou nous voulons autre chose que la chanson de nos parents. Et donc, la tradition a été transmise mais en la détournant ou en s'inspirant de chansons d'ailleurs. Comme nous on se tourne vers le rock américain ou la pop anglaise. Elle m'a donc dit de détourner ces chansons, de les transformer, de les "batardiser" pour employer un néologisme".
Pour fuir l'orthodoxie de cette tradition de toute façon aléatoire, Laurence Revey a donc fait appel à quelques-uns des meilleurs remixeurs du moment : les Islandais de Gus Gus, les Anglais du Transglobal Underground, un pianiste norvégien Bugge Wesseltoft ou le contrebassiste suisse Mich Gerber. Ce qui nous vaut un album mixte débutant par un dépouillement séduisant où Laurence Revey reprend des chants païens et valaisans comme Allélouya : "Alléluia, les choux sont gras/ sont pas pour nous/ sont pour l'épiscopat". La guerre en prend un coup sur le bec également avec, cette fois, un chant français traditionnel Brave Soldat où l'on découvre une Laurence Revey fan de Malicorne (groupe folk des années 70) puisqu'elle y chante en duo avec Gabriel Yacoub. "La seule condition pour sa participation était que l'arrangement lui plaise". Un arrangement à deux voix qui plaira certainement à beaucoup d'autres.
L'autre partie du disque correspond donc à des remix où une Pastourelle (dialogue moyenâgeux entre une bergère et un chevalier) prend un tour nettement techno. On gage que les tourtereaux médiévaux se retrouveront sur le dance floor..."J'avais envie que tout ce travail soit ancré dans un contexte actuel et dans la modernité explique, Laurence Revey. Je ne fais pas un travail ancestral pour moi. C'est plus un travail introspectif sur mes origines mais tourné vers une certaine modernité". Une introspection qui plongera l'auditeur dans un monde féerique. De quoi inciter chacun à retourner au creux de ses origines.
Frédéric Garat