ParisÂ
24/01/2002 -Â

Câest dâailleurs le gĂ©nĂ©reux François Rauber, lĂ©gendaire arrangeur de Jacques Brel qui lui a mis le pied Ă lâĂ©trier. Celui-ci le pistonne pour devenir le rĂ©pĂ©titeur de Mireille Mathieu pendant quâelle travaille sur un album produit par Paul Anka : «La premiĂšre fois que jâai assistĂ© Ă lâenregistrement dâun album, câĂ©tait au studio Ocean Sound de Los Angeles.» Du coup, Ă dix-huit ans, il se retrouve directeur musical et chef dâorchestre de la plus grande star internationale française de lâĂ©poque, pour une tournĂ©e mondiale de six mois. Sa carriĂšre dans la variĂ©tĂ© est lancĂ©e, on le verra travailler avec Alain Chamfort ou encore mettre au point la premiĂšre tournĂ©e de MylĂšne Farmer.
Bruno Fontaine fonctionne surtout au coup de foudre professionnel. Un soir quâil joue du piano dans le premier spectacle chantĂ© de Lambert Wilson, une jeune femme vient le voir dans sa loge : «Elle mâa dit : 'Jâai envie quâon travaille ensemble. Jâenregistre un show Ă la BBC dĂ©but janvier sur des reprises de Piaf et de Dietrich. Il y a vingt chansons et je nâai pas dâarrangeur.' Nous Ă©tions dĂ©but novembre. Jâai pris lâavion le lendemain pour Londres et, en une journĂ©e, on a dĂ©cidĂ© ce quâon ferait sur une quinzaine de chansons.» Bruno Fontaine entame ainsi dix ans de collaboration avec Ute Lemper : « Une connivence parfaite.»
Pour elle, il revisite le rĂ©pertoire de cabaret allemand et de la chanson française, posant sa marque dĂ©licate, Ă©rudite et curieuse sur ces grandes mĂ©lodies. «Jâai une espĂšce dâobsession, avoue-t-il, je me dis souvent que, musicalement, les chansons nâont pas la place quâelles mĂ©ritent. Dans un festival, lâĂ©tĂ© dernier, jâai fait un rĂ©cital avec une premiĂšre partie totalement classique - Schumann, Chopin, Liszt - et en seconde partie des Ćuvres trĂšs courtes - un prĂ©lude de Debussy, un lied de Schumann - enchainĂ©es avec des chansons sur lesquelles jâimprovisais. Les gens venaient me voir pour me dire que les chansons, bien quâon imagine quâil sâagit de musique facile, sont des Ćuvres qui tiennent la distance Ă cĂŽtĂ© de la musique Ă©crite. Ce nâest pas une position militante, mais je trouve dommage que les chansons anciennes ne vivent pas plus. Les Anglo-Saxons dĂ©veloppent lâidĂ©e de standard avec les chansons de Porter, de Gershwin ou dâEllington, dont la vie se renouvelle Ă chaque gĂ©nĂ©ration.»
Fontaine et les Rita
Justement, cette «carte blanche» des Rita Mitsouko avec lâOrchestre Lamoureux est une belle occasion de revisiter quelques chansons importantes du rĂ©pertoire. «DâemblĂ©e, Catherine Ringer mâa dit qu'elle voulait chanter du FerrĂ©. Et elle mâa sorti le triple CD qui regroupe les adaptations de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Apollinaire.» Les Rita Mitsouko interprĂšteront aussi, avec lâorchestre Lamoureux, une chanson de Gainsbourg chantĂ©e il y a trente ans par Jane Birkin, Le Velours des vierges, une reprise A Man Needs a Maid de Neil Young, une chanson de Trenet peu connue, OĂč sont-ils donc...
«Jâai vraiment beaucoup aimĂ© leur disponibilitĂ© artistique, note Bruno Fontaine. Quand Jean-Luc Caradec, lâadministrateur de lâOrchestre Lamoureux, mâa appelĂ© au dĂ©but de lâannĂ©e derniĂšre en me proposant de travailler sur cette «carte blanche» des Rita Mitsouko, je me suis embarquĂ© aussitĂŽt. Sans les connaĂźtre, jâĂ©tais sĂ»r que la rencontre correspondrait Ă mon univers. Et, quand je les ai rencontrĂ©s, il est apparu comme une Ă©vidence quâon allait bien travailler ensemble. Ce sont vraiment des gens inventifs et ouverts et je souhaitais que les envies viennent dâeux.»
Le dispositif orchestral est stimulant : trente-huit cordes, deux cors, un hautbois, une clarinette, percussions et piano. Les Rita Mitsouko y confrontent un classique line up rock - voix, guitare, basse, batterie. Et ils chantent une dizaine de leurs chansons : deux inĂ©dits de leur prochain album (fini il y a quelques semaines Ă peine), quelques classiques (dont Andy) et des raretĂ©s, comme La Fille qui venait du froid, une chanson de leur premier album. «Câest un matĂ©riel trĂšs inspirant, se rĂ©jouit Bruno Fontaine. Ils ont un univers auquel il est amusant de rajouter des couches. Jâai essayĂ© pour chaque chanson dâaller le plus loin possible, en sachant quâils sont disposĂ©s Ă des expĂ©riences. Jâai Ă©crit des introductions originales ; sur Andy, jâai ajoutĂ© des lignes de violon un peu Barry White en mĂȘme temps que des envolĂ©es un peu ravĂ©liennes...»
Bertrand Dicale
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