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Plamondon 2002

Toute une vie


Montréal 

21/01/2002 - 

Qui ne connaĂźt pas le QuĂ©bĂ©cois Luc Plamondon, le parolier le plus cĂ©lĂšbre de la Belle Province ? Auteur de plus de 400 chansons, des livrets de Starmania et Notre-Dame de Paris, il joue avec les mots depuis 30 ans comme Ă  un jeu d’enfants. Alors qu'est prĂ©sentĂ©e aujourd'hui au Midem de Cannes sa nouvelle crĂ©ation (avec Romano Mussumara), Cindy-Cendrillon 2002, une Ă©vidence s'impose : cet homme-lĂ , il faut le rencontrer.





Il y a quelques mois, alors que j'attends Luc Plamondon pour un premier rendez-vous, un coup de fil m'informe qu'il est en fait en partance pour Ottawa, capitale du Canada, invitĂ© des Jeux de la Francophonie. Ses interprĂštes, Isabelle Boulay, Diane Dufresne, Luck Mervill, entre autres, font le spectacle d’ouverture. Il a de plus signĂ© la chanson-thĂšme des Jeux, L’un avec l’autre, avec Romano Mussumara. MalgrĂ© son horaire chargĂ©, Luc accepte gentiment de dĂ©placer le rendez-vous.

Quelques temps plus tard, je rencontre enfin cet homme pressĂ©. On fait le tour de sa vie Ă©tourdissante, de MontrĂ©al (son fief professionnel) au lac Mempheymagog (sa maison d’étĂ©, voisine de celle de France Gall) en passant par Paris (son lieu culte en Europe) et Dublin oĂč il a Ă©lu domicile. En cette fin d'annĂ©e 2001, Plamondon travaille plus que jamais sur Cindy-Cendrillon 2002, dont les premiĂšres reprĂ©sentations auront lieu en septembre prochain. 2002 est son annĂ©e. Celle de ses 30 ans de mĂ©tier et de ses 60 ans d'Ăąge.

L'écriture d'abord

Mais d'oĂč vient cet homme que le site people quĂ©bĂ©cois canalstars.com nomme "la multinationale" Luc Plamondon ? Tout a commencĂ© le 2 mars 1942, Ă  St Raymond de Portneuf, prĂšs de QuĂ©bec. Le campagnard devenu trĂšs urbain se raconte et se rappelle ses premiers rĂȘves : "Alors que mon frĂšre se destinait Ă  une sĂ©rieuse carriĂšre en politique, j’étudiais le piano avec ma tante, l’organiste du village. Elle m’a donnĂ© le goĂ»t de la musique car mes parents ne baignaient pas dans ce milieu ni celui de la littĂ©rature. Mon pĂšre Ă©tait marchand de chevaux et fermier. Dans ma chambre, j’écoutais Sa jeunesse d’Aznavour et rĂȘvais de devenir auteur-compositeur et interprĂšte. Au moment de Tiens-toĂ© ben j’arrive (interprĂ©tĂ©e par Diane Dufresne en 72, ndlr), je l’ai rencontrĂ© Ă  Paris. Sans me connaĂźtre, mais sachant que j’étais quĂ©bĂ©cois, il m’a parlĂ© d’un nouvel auteur quĂ©bĂ©cois qu’il trouvait trĂšs bon
 C’était moi ! Quelle surprise et quel honneur !"

Etudiant, le jeune Plamondon se plonge dans des Ă©tudes de pĂ©dagogie Ă  QuĂ©bec, de Lettres Ă  MontrĂ©al, d’histoire de l’art Ă  l’École du Louvre de Paris, puis d'anglais Ă  Cambridge, d'espagnol Ă  Grenade et d'allemand Ă  Berlin. Ses vastes connaissances lui ouvrent des horizons et surtout la porte toute grande Ă  l’écriture. Sa premiĂšre chanson Dans ma Camaro en 1970, mise en musique par son ami AndrĂ© Gagnon, prend la direction du sommet des palmarĂšs en un rien de temps. Son interprĂšte, Steve Fiset, devient vedette de la chanson du jour au lendemain.

Une des clĂ©s de son succĂšs est un style tout Ă  fait personnel qui se dĂ©marque, Ă  l'Ă©poque, des auteurs pop façon Woodstock. QuĂ©bĂ©cois pure laine, il profite inconsciemment de sa culture mĂ©tissĂ©e nord-amĂ©ricaine et française pour introduire un langage qui lui est propre. Il utilise un ton plus rock, avec des mots souvent anglophones qui n’ont un sens prĂ©cis que dans leur langue d’origine.

Diane Dufresne

Une des premiĂšres rencontres essentielles, est celle de Diane Dufresne, dont la carriĂšre est alors en plein essor. En 1972, il lui offre la chanson-titre de son premier album Tiens toĂ© ben j’arrive. Il rit mais acquiesce lorsqu’on lui fait remarquer que ce titre s’appliquait aussi Ă  lui. "C’est vrai que nos carriĂšres ont explosĂ© en mĂȘme temps et que nous sommes entrĂ©s dans le milieu de la chanson sur des chapeaux de roues." Il se rappelle : "Nous ne savions pas oĂč cette aventure allait nous mener. Ça ne ressemblait Ă  rien. Diane est devenue ma chanteuse fĂ©tiche, mĂȘme si j’écrivais Ă©galement pour d’autres."

GrĂące Ă  lui, toute la francophonie dĂ©couvre la diva quĂ©bĂ©coise (et en particulier l'inoubliable J'ai rencontrĂ© l'homme de ma vie en 73). On craque pour les mots de Plamondon et on s’écroule devant la bĂȘte de scĂšne Dufresne. Tous les deux forment un tandem artistique insĂ©parable pendant une quinzaine d’annĂ©es. "Avec François Cousineau qui composa les musiques pour les quatre premiers disques, on nous appelait le trio infernal. Puis il y eut trois autres albums avec d’autres compositeurs jusqu’au jour oĂč Diane Dufresne dĂ©cida de chanter ses propres textes."

DĂšs lors, tous les interprĂštes rĂȘvent de chanter cet auteur devenu trĂšs tĂŽt mythique. Il façonne la personnalitĂ© de plusieurs artistes en leur mettant en bouche, les mots qu’ils dĂ©sirent chanter.

Le théùtre musical

Outre la chanson, le parolier est depuis toujours fascinĂ© par le théùtre musical. Son premier choc, c'est l’OpĂ©ra de Quat’sous de Berthold Brecht et Kurt Weill. Puis, lors d’un sĂ©jour Ă  New York, la comĂ©die musicale Hair le convainc de tenter cette voie musico-théùtrale. DĂ©jĂ  en 1973, alors que sa carriĂšre de parolier est en pleine expansion, il Ă©crit l’OpĂ©ra Cirque en un acte pour Diane Dufresne. Son premier opĂ©ra-rock est créé Ă  MontrĂ©al. En 1983, il lui en destine un deuxiĂšme, Dioxine de carbone, en collaboration avec Angelo Finaldi, dont la crĂ©ation aura lieu au Cirque d’Hiver Ă  Paris.

Sa renommĂ©e amĂšne Luc Plamondon Ă  s’installer en France dĂšs le milieu des annĂ©es 70. C’est alors qu'il fait une rencontre dĂ©terminante avec Michel Berger. Ce dernier, qui avait commencĂ© Ă  plancher seul sur un opĂ©ra rock, fait appel au QuĂ©bĂ©cois. TrĂšs vite, naissent La complainte de la serveuse automate, Stone le monde est stone ou le Blues du businessman, titres phares de Starmania qu'ils mettent deux ans Ă  Ă©crire. Tout le monde connaĂźt le succĂšs sans prĂ©cĂ©dent de ce spectacle. Le disque sort en 1978 et 5 millions d’albums sont vendus. Quant au spectacle créé en 1979 Ă  Paris, il a Ă©tĂ© vu Ă  ce jour par plus de 3 millions de spectateurs Ă  travers le monde. En 1994, les Francofolies de La Rochelle ont fait "la FĂȘte Ă  Plamondon". Pour l’occasion, ses cinq principales Marie-Jeanne (personnage de Starmania) sont montĂ©es sur scĂšne en mĂȘme temps, de Fabienne Thibault Ă  Maurane. L’émotion Ă©tait Ă  son paroxysme.

Mais le souvenir de Michel Berger, décédé brutalement en 92, demeure vivace : "Michel Berger était mon ami et mon complice de chansons. Malheureusement, on connaßt sa fin tragique. Nous savions tous les deux que nous formions un tandem magique et avions plusieurs autres projets ensemble." Une deuxiÚme création apparaßt de leur potion magique, la Légende de Jimmy en 1989, mis en scÚne par JérÎme Savary, avec la Québécoise Diane Tell dans le premier rÎle féminin.

La plume de Plamondon, souvent porteuse d'or, fut cependant parfois porteuse d'échec. Le plus connu, et le plus regrettable, est sans doute Lily Passion qu'il avait signé en 1986 pour Barbara et Gérard Depardieu sur des musiques de la chanteuse. Idem avec Catherine Lara en 1991 pour le spectacle Sand et les Romantiques.

Fabriquant de vedettes

AprĂšs Dufresne et Starmania, Luc Plamondon se construit rapidement une rĂ©putation de ‘fabriquant de vedettes’. S'il Ă©crit dĂ©jĂ  pour plusieurs interprĂštes quĂ©bĂ©cois, les artistes français le rĂ©clament aussi. Julien Clerc (la Fille aux bas nylon, Lili voulait aller danser), Catherine Lara (Au milieu de nulle part), Johnny Hallyday (Animal) chantent ce parolier qui signe tube sur tube. Il se rappelle avec Ă©motion : "Un matin, le tĂ©lĂ©phone sonne. Une petite voix timide m’interpelle
 'Bonjour, c’est Françoise Hardy'. J’étais bien surpris qu’une artiste de sa renommĂ©e, m’appelle." Il lui Ă©crit Flashback en 1977.

L’auteur, devenu vedette malgrĂ© lui, possĂšde une plume dont l’encre est inĂ©puisable. En 1991, CĂ©line Dion rend hommage Ă  l’auteur francophone. L'album Dion chante Plamondon est double Disque de platine au QuĂ©bec et sous le titre Des mots qui sonnent en France, s'envole Ă  plus d'un million d'exemplaires. La chanteuse la plus populaire du monde fait revivre La chanson de Ziggy, version qui d'ailleurs amorce la carriĂšre française de CĂ©line. Aujourd'hui, lorsqu’une nouvelle voix masculine ou fĂ©minine de style pop Ă©merge dans les palmarĂšs et sur les scĂšnes francophones, la plupart du temps il y a du Luc Plamondon dans la recette.

Sa poĂ©sie est aussi publiĂ©e. Jacques Godbout, Ă©crivain et cinĂ©aste quĂ©bĂ©cois, a publiĂ© 150 textes de ses chansons dans un recueil intitulĂ© Plamondon, un cƓur de rocker. Sous forme de documentaire, le livre parle au lecteur de l’homme Plamondon, ses racines et son monde.

Notre-Dame de Paris

A la fin des annĂ©es 90, un nouveau succĂšs n'en finit plus de dorer le blason (et le compte en banque) de l'auteur dĂ©cidĂ©ment prolixe. Il s’appelle Notre-Dame de Paris et c'est une rĂ©ussite sans prĂ©cĂ©dent. Toujours auteur du livret, c'est le Franco-Italien Richard Cocciante qui compose les cĂ©lĂšbres mĂ©lodies de cette histoire librement inspirĂ©e du roman de Victor Hugo. Les chansons deviennent d'Ă©normes tubes (Belle). Le spectacle bat tous les records d'audience (prĂšs de 4 millions de spectateurs). Les ventes de disques explosent les scores (plus de 8 millions). Ses interprĂštes mĂ©connus du public, Ă  l'exception de Daniel Lavoie, se transforment en monstres sacrĂ©s de la scĂšne et des ondes.

Ce grand voyageur, cultivĂ©, polyglotte est couvert d’éloges et d’honneurs. Son immense talent est soulignĂ© en France, avec le prix du Premier ministre pour la jeune chanson française en 1975, dĂ©jĂ . Il reçoit l’Oscar de la chanson française pour CƓur de rocker (Julien Clerc) en 1984, la Victoire de la Musique pour Nuit magique de Catherine Lara, en 1986. RĂ©cipiendaire d’innombrables FĂ©lix (Ă©quivalent quĂ©bĂ©cois des Victoires), il est Ă©galement dĂ©corĂ© Chevalier de l’Ordre du QuĂ©bec, Membre du Conseil des Arts du QuĂ©bec, Docteur honoris causa pour l’ensemble de son Ɠuvre Ă  l’UniversitĂ© Laval de QuĂ©bec.

Luc Plamondon est un homme formĂ© aux grands idĂ©aux des annĂ©es 60. C’est sans doute pourquoi, envers et contre tous, depuis ses dĂ©buts dans la chanson, il livre une bataille sans relĂąche pour la dĂ©fense du droit d’auteur au QuĂ©bec, pour lequel il a fondĂ© en 1981, la SociĂ©tĂ© Professionnelle des Auteurs, Compositeurs du QuĂ©bec (SPACQ) dont il a longtemps Ă©tĂ© le prĂ©sident. Il raconte une anecdote importante qui l’a influencĂ© : "Un matin, je reçois un chĂšque, pour ne pas dire des miettes de la SOCAN, SociĂ©tĂ© perceptrice des droits d’auteurs au Canada, un chĂšque d’environ 7 francs, une insulte. Ce montant correspondait Ă  un spectacle de Diane Dufresne, dans une salle de 12.000 Ă  15.000 places. J’avais signĂ© toutes les chansons du spectacle. J’ai alors co-fondĂ© la SPACQ."

À la question, quelle chanson aurait-il aimĂ© Ă©crire, il rĂ©pond : "la Complainte du phoque en Alaska du QuĂ©bĂ©cois Michel Rivard. J’aime les histoires et ceci en est une que j’envie."

Le rĂȘve continue

AprĂšs l’entrevue, dans un studio de radio, quelques jeunes artistes attendent Luc Plamondon dans le corridor avec leur cassette ou CD dĂ©mo et leur dossier de presse. On l’aborde, il s’arrĂȘte : "Bonjour, depuis quand chantez-vous ? Je ferai bientĂŽt des auditions pour Cendrillon. Laissez-moi vos coordonnĂ©es. Je vous rappelle." Aujourd'hui, on sait que les rĂŽles principaux sont tenus par la Française Lùùm et l'Anglais Murray Head, le tout mis en scĂšne par le QuĂ©bĂ©cois Lewis Furey. Rendez-vous le 15 fĂ©vrier pour Ă©couter l'album d'un nouveau succĂšs en perspective. Le rĂȘve continue


Louise Ethier