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Chronique album


Paris Combo

Mélange de couleurs musicales


Paris 

11/01/2002 - 

AprĂšs avoir créé la surprise il y a deux ans en dĂ©passant le cap du disque d’or avec leur second CD Living-Room, Paris Combo est de retour pour quelques tranches de lĂ©vitation bien mĂ©ritĂ©es. Attraction, un album guilleret, aux rythmes de l'Hexagone, est dans les bacs depuis le 13 novembre.



Orchestre bonhomme et pluri-ethnique, le quintet parisien Ă©volue aux confins de la chanson française, du jazz souriant d’antan (notamment Django Reinhardt) et de la world. Au menu du jour, comme hier, une musique au dĂ©licieux cachet surannĂ© oĂč chacun des membres met son grain de sel pour un brassage digne des plus onctueux yaourts bulgares. Des textes titillant des sujets aussi divers que la pollution urbaine, l’amour et les vaches
 Sans oublier une voix claire et leste enregistrĂ©e alors que la chanteuse Belle du Berry Ă©tait enceinte de huit mois. Bref, de quoi exercer une sacrĂ©e Attraction, pour reprendre le titre de ce troisiĂšme album qui dĂ©fie la pesanteur. Entretien.

RFI Musique : Commençons par le début, la genÚse du groupe. Et comment diable un Australien s'est-il retrouvé dans cette aventure ?
David Lewis : A l’école oĂč j’étais en Australie, on nous faisait Ă©couter les premiers disques de Françoise Hardy en cours de français. SĂ»rement parce qu’elle articule bien. J’ai aussi beaucoup Ă©coutĂ© Frida Boccara. Sinon, j’ai toujours aimĂ© Ravel et Debussy. Je suis venu en France parce que j’ai eu l’opportunitĂ© de faire mes Ă©tudes au conservatoire de Paris. J’avais dix-neuf ou vingt ans et je ne pensais qu’à voyager, voir autre chose. Surtout que l’Australie est assez loin de tout. Au dĂ©but des annĂ©es 90, j’ai collaborĂ© avec Arthur H et Manu Dibango en tant que trompettiste : deux expĂ©riences complĂ©mentaires et trĂšs intĂ©ressantes. Je suis arrivĂ© dans Paris Combo il y a six ans environ, aprĂšs avoir rencontrĂ© Belle au cours d’un spectacle. Dans le groupe, je suis aussi au piano et je joue un peu le rĂŽle d’organisateur, d’agent de la circulation des idĂ©es.
Belle du Berry : Mano (contrebassiste d’origine malgache, ndlr) est le dernier Ă  avoir intĂ©grĂ© Paris Combo, en 96. François (batterie), Potzi (guitare) et moi, on est ensemble depuis une dizaine d’annĂ©es. Je te parle d’une Ă©poque oĂč on n’avait pas encore de rĂ©pertoire original : on faisait des reprises de TrĂ©net, entre autres. Le groupe a connu plusieurs moutures, il y a eu Les ChampĂȘtres De Joie par exemple. Avant ça, j’avais fait partie de la derniĂšre version des EndimanchĂ©s, pendant deux ans. Je ne suis pas instrumentiste mais je me sers de l’accordĂ©on pour composer
 Enfin, que des touches de basses. En fait c’est plus un animal de compagnie qu’autre chose.

Votre musique Ă©voque des ambiances sonores du passĂ© (annĂ©es 30, 40 et 50 notamment). Tu chantes d’ailleurs « RĂ©tro... viseur/J’ai l’ancien dans l’collimateur/(...) Je regarde derriĂšre pour effectuer mon dĂ©passement » (RĂ©troviseur). Est-ce que l’appellation ‘rĂ©tro’ vous convient ?
BdB : Pendant longtemps, ça vĂ©hiculait quelque chose de pĂ©joratif, notamment dans les mĂ©dias. C’est dommage parce qu’il y a des choses vraiment progressistes qui se sont faites dans ces annĂ©es plutĂŽt sombres. Être inspirĂ© par des musiques datant d’avant les annĂ©es 60, c’était un peu honteux jusqu’à trĂšs rĂ©cemment.
DL : De toute façon, le plus important ce ne sont pas les influences mais ce qu’on en fait. Je ne crois pas qu’on puisse dĂ©celer dans ma musique le fait que je sois fan de Tom Waits ou de Caetano Veloso, par exemple.
BdB : Dans le groupe on vient tous d’horizons diffĂ©rents et Paris constitue un point commun entre nous, au mĂȘme titre que la musique, notamment le jazz, car c’est la base. AprĂšs, chacun a son petit jardin : on peut dire que chacun de nous apporte son bagage et Ă  l’arrivĂ©e, nos chansons sont comme des piles qu’on essaye de faire tenir debout et de rendre cohĂ©rentes. VoilĂ  un autre truc qui nous rassemble : on n’est pas fermĂ©s sur un genre musical particulier. Autrement, on ne pourrait pas jouer dans ce groupe oĂč le mĂ©lange de couleurs musicales est assez important.
DL : D’oĂč les arrangements parfois Ă©tonnants qu’on trouve sur nos disques. On ne sait jamais Ă  l’avance Ă  quoi va ressembler un de nos morceaux, on laisse un mĂ©tissage naturel s’opĂ©rer et on espĂšre que le rĂ©sultat soit le plus harmonieux possible. Cette approche fait que notre musique est difficile Ă  dĂ©finir. Pour faire court, on peut dire qu’il s’agit de chanson française qui swingue, avec en effet un petit cĂŽtĂ© rĂ©tro.

Votre son reste imperturbablement doux, tranquille. Considérez-vous la musique populaire actuelle trop bruyante ?
DL : Il y a des trucs qui swinguent dans tous les genres, mĂȘme les plus violents. Moi je n’ai rien contre les machines Ă  partir du moment oĂč le musicien qui est derriĂšre rĂ©ussit, grĂące Ă  elles, Ă  donner une Ăąme Ă  ses morceaux. Je trouve toutes les expĂ©riences intĂ©ressantes Ă  priori. Paris Combo, c’est diffĂ©rent dans la mesure oĂč on est un groupe acoustique, qui peut jouer n’importe oĂč sans avoir Ă  faire de branchements
 Mais on n’est pas fermĂ©s Ă  l’éventualitĂ© d’une collaboration ou d’un remix. On y a dĂ©jĂ  pensĂ©. Ça n’a pas pu se faire pour l’album prĂ©cĂ©dent, peut-ĂȘtre ce coup-ci. Pourquoi pas, Ă  condition que ça apporte quelque chose Ă  la chanson.

Les textes aussi sont plutÎt légers, dans le sens "délicat" du terme

BdB : J’essaie de leur donner plusieurs degrĂ©s de comprĂ©hension. Disons que je n’impose pas de vision particuliĂšre des choses, je laisse Ă  l’auditeur la libertĂ© de creuser le sens s’il le souhaite. Sinon, il peut se contenter de la mĂ©lodie, de la douceur et de l’humour qui constituent la touche superficielle des paroles. Disons que c’est le reflet de mon esprit, une espĂšce de pudeur. J’adore ce qui est Ă©criture spontanĂ©e : les dadaĂŻstes puis les surrĂ©alistes, Soupault, Tzara, etc. Une littĂ©rature un peu allumĂ©e mais fondamentale, Ă  mon avis.

Votre prĂ©cĂ©dente tournĂ©e vous a emmenĂ©s Ă  l’autre bout du monde

P : C’est vrai, on a jouĂ© en Australie ainsi qu’en Asie du Sud-Est : ThaĂŻlande, Singapour, IndonĂ©sie. On a eu un trĂšs bon accueil partout. C’était surprenant parce qu’en IndonĂ©sie le public a rĂ©agi presque plus chaleureusement qu’en France alors que le disque n’a pas Ă©tĂ© distribuĂ© en Asie. Et aux Etats-Unis, on a rencontrĂ© des fans amĂ©ricains qui avaient fait six heures de route pour venir nous voir jouer Ă  mille bornes de chez eux. Ils nous avaient dĂ©couverts via une Ă©mission de radio qu’on avait fait et qui Ă©tait disponible sur le net.
BdB : On adore la scĂšne et nos morceaux ne s’arrĂȘtent pas de vivre une fois enregistrĂ©s. Plus on tourne plus on y apporte de changements. Ne serait-ce que pour ne pas s’ennuyer. Il y a une part d’improvisation trĂšs importante dans Paris Combo. En revanche, c’est la premiĂšre fois qu’on enregistre des morceaux sans les avoir au prĂ©alable, rĂŽdĂ©s sur scĂšne.

Propos recueillis par Oscar Hapas

Attraction, Polydor

Paris Combo.com

Tournée Internationale:
du 18/1/2002 au 30/1/2002 en Australie et du 1/2/2002 au 2/2/2002 en Asie.
puis du 6/2/2002 au 20/4/2002 en France et du 23/4/2002 au 12/5/2002 aux Etats Unis.