
Orchestre bonhomme et pluri-ethnique, le quintet parisien Ă©volue aux confins de la chanson française, du jazz souriant dâantan (notamment Django Reinhardt) et de la world. Au menu du jour, comme hier, une musique au dĂ©licieux cachet surannĂ© oĂč chacun des membres met son grain de sel pour un brassage digne des plus onctueux yaourts bulgares. Des textes titillant des sujets aussi divers que la pollution urbaine, lâamour et les vaches⊠Sans oublier une voix claire et leste enregistrĂ©e alors que la chanteuse Belle du Berry Ă©tait enceinte de huit mois. Bref, de quoi exercer une sacrĂ©e
Attraction, pour reprendre le titre de ce troisiÚme album qui défie la pesanteur. Entretien.
RFI Musique : Commençons par le dĂ©but, la genĂšse du groupe. Et comment diable un Australien s'est-il retrouvĂ© dans cette aventure ?David Lewis : A lâĂ©cole oĂč jâĂ©tais en Australie, on nous faisait Ă©couter les premiers disques de Françoise Hardy en cours de français. SĂ»rement parce quâelle articule bien. Jâai aussi beaucoup Ă©coutĂ© Frida Boccara. Sinon, jâai toujours aimĂ© Ravel et Debussy. Je suis venu en France parce que jâai eu lâopportunitĂ© de faire mes Ă©tudes au conservatoire de Paris. Jâavais dix-neuf ou vingt ans et je ne pensais quâĂ voyager, voir autre chose. Surtout que lâAustralie est assez loin de tout. Au dĂ©but des annĂ©es 90, jâai collaborĂ© avec Arthur H et Manu Dibango en tant que trompettiste : deux expĂ©riences complĂ©mentaires et trĂšs intĂ©ressantes. Je suis arrivĂ© dans Paris Combo il y a six ans environ, aprĂšs avoir rencontrĂ© Belle au cours dâun spectacle. Dans le groupe, je suis aussi au piano et je joue un peu le rĂŽle dâorganisateur, dâagent de la circulation des idĂ©es.
Belle du Berry : Mano (contrebassiste dâorigine malgache, ndlr) est le dernier Ă avoir intĂ©grĂ© Paris Combo, en 96. François (batterie), Potzi (guitare) et moi, on est ensemble depuis une dizaine dâannĂ©es. Je te parle dâune Ă©poque oĂč on nâavait pas encore de rĂ©pertoire original : on faisait des reprises de TrĂ©net, entre autres. Le groupe a connu plusieurs moutures, il y a eu Les ChampĂȘtres De Joie par exemple. Avant ça, jâavais fait partie de la derniĂšre version des EndimanchĂ©s, pendant deux ans. Je ne suis pas instrumentiste mais je me sers de lâaccordĂ©on pour composer⊠Enfin, que des touches de basses. En fait câest plus un animal de compagnie quâautre chose.
Votre musique Ă©voque des ambiances sonores du passĂ© (annĂ©es 30, 40 et 50 notamment). Tu chantes dâailleurs « RĂ©tro... viseur/Jâai lâancien dans lâcollimateur/(...) Je regarde derriĂšre pour effectuer mon dĂ©passement » (RĂ©troviseur). Est-ce que lâappellation ârĂ©troâ vous convient ? BdB : Pendant longtemps, ça vĂ©hiculait quelque chose de pĂ©joratif, notamment dans les mĂ©dias. Câest dommage parce quâil y a des choses vraiment progressistes qui se sont faites dans ces annĂ©es plutĂŽt sombres. Ătre inspirĂ© par des musiques datant dâavant les annĂ©es 60, câĂ©tait un peu honteux jusquâĂ trĂšs rĂ©cemment.
DL : De toute façon, le plus important ce ne sont pas les influences mais ce quâon en fait. Je ne crois pas quâon puisse dĂ©celer dans ma musique le fait que je sois fan de Tom Waits ou de Caetano Veloso, par exemple.
BdB : Dans le groupe on vient tous dâhorizons diffĂ©rents et Paris constitue un point commun entre nous, au mĂȘme titre que la musique, notamment le jazz, car câest la base. AprĂšs, chacun a son petit jardin : on peut dire que chacun de nous apporte son bagage et Ă lâarrivĂ©e, nos chansons sont comme des piles quâon essaye de faire tenir debout et de rendre cohĂ©rentes. VoilĂ un autre truc qui nous rassemble : on nâest pas fermĂ©s sur un genre musical particulier. Autrement, on ne pourrait pas jouer dans ce groupe oĂč le mĂ©lange de couleurs musicales est assez important.
DL : DâoĂč les arrangements parfois Ă©tonnants quâon trouve sur nos disques. On ne sait jamais Ă lâavance Ă quoi va ressembler un de nos morceaux, on laisse un mĂ©tissage naturel sâopĂ©rer et on espĂšre que le rĂ©sultat soit le plus harmonieux possible. Cette approche fait que notre musique est difficile Ă dĂ©finir. Pour faire court, on peut dire quâil sâagit de chanson française qui swingue, avec en effet un petit cĂŽtĂ© rĂ©tro.
Votre son reste imperturbablement doux, tranquille. ConsidĂ©rez-vous la musique populaire actuelle trop bruyante ? DL : Il y a des trucs qui swinguent dans tous les genres, mĂȘme les plus violents. Moi je nâai rien contre les machines Ă partir du moment oĂč le musicien qui est derriĂšre rĂ©ussit, grĂące Ă elles, Ă donner une Ăąme Ă ses morceaux. Je trouve toutes les expĂ©riences intĂ©ressantes Ă priori. Paris Combo, câest diffĂ©rent dans la mesure oĂč on est un groupe acoustique, qui peut jouer nâimporte oĂč sans avoir Ă faire de branchements⊠Mais on nâest pas fermĂ©s Ă lâĂ©ventualitĂ© dâune collaboration ou dâun remix. On y a dĂ©jĂ pensĂ©. Ăa nâa pas pu se faire pour lâalbum prĂ©cĂ©dent, peut-ĂȘtre ce coup-ci. Pourquoi pas, Ă condition que ça apporte quelque chose Ă la chanson.
Les textes aussi sont plutĂŽt lĂ©gers, dans le sens "dĂ©licat" du termeâŠBdB : Jâessaie de leur donner plusieurs degrĂ©s de comprĂ©hension. Disons que je nâimpose pas de vision particuliĂšre des choses, je laisse Ă lâauditeur la libertĂ© de creuser le sens sâil le souhaite. Sinon, il peut se contenter de la mĂ©lodie, de la douceur et de lâhumour qui constituent la touche superficielle des paroles. Disons que câest le reflet de mon esprit, une espĂšce de pudeur. Jâadore ce qui est Ă©criture spontanĂ©e : les dadaĂŻstes puis les surrĂ©alistes, Soupault, Tzara, etc. Une littĂ©rature un peu allumĂ©e mais fondamentale, Ă mon avis.
Votre prĂ©cĂ©dente tournĂ©e vous a emmenĂ©s Ă lâautre bout du mondeâŠP : Câest vrai, on a jouĂ© en Australie ainsi quâen Asie du Sud-Est : ThaĂŻlande, Singapour, IndonĂ©sie. On a eu un trĂšs bon accueil partout. CâĂ©tait surprenant parce quâen IndonĂ©sie le public a rĂ©agi presque plus chaleureusement quâen France alors que le disque nâa pas Ă©tĂ© distribuĂ© en Asie. Et aux Etats-Unis, on a rencontrĂ© des fans amĂ©ricains qui avaient fait six heures de route pour venir nous voir jouer Ă mille bornes de chez eux. Ils nous avaient dĂ©couverts via une Ă©mission de radio quâon avait fait et qui Ă©tait disponible sur le net.
BdB : On adore la scĂšne et nos morceaux ne sâarrĂȘtent pas de vivre une fois enregistrĂ©s. Plus on tourne plus on y apporte de changements. Ne serait-ce que pour ne pas sâennuyer. Il y a une part dâimprovisation trĂšs importante dans Paris Combo. En revanche, câest la premiĂšre fois quâon enregistre des morceaux sans les avoir au prĂ©alable, rĂŽdĂ©s sur scĂšne.
Propos recueillis par Oscar Hapas
Attraction, Polydor
Paris Combo.com Tournée Internationale:
du 18/1/2002 au 30/1/2002 en Australie et du 1/2/2002 au 2/2/2002 en Asie.
puis du 6/2/2002 au 20/4/2002 en France et du 23/4/2002 au 12/5/2002 aux Etats Unis.