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Le show de Papa Wemba

Le Congolais à Bercy pour le 31décembre


Paris 

27/12/2001 - 

En 2000, Koffi OlomidĂ© remplissait Bercy, la plus grande salle parisienne. Papa Wemba, l’autre voix souveraine de la musique congolaise, se devait de rĂ©agir en occupant lui aussi le terrain. AprĂšs ĂȘtre rĂ©apparu dans le paysage rĂ©cemment Ă  travers la compilation Spirit Of Africa (Real World), vendue au profit de la lutte contre le sida en Afrique, il se produit Ă  son tour Ă  Bercy, pour un show spĂ©cial rĂ©veillon le 31 dĂ©cembre. PrĂ©sentation de son tout nouvel album Bakala Dia Kuba, brochette d’invitĂ©s et Ă©lection de Miss Afrique-Europe : une chaude ambiance en perspective.




Il y a quelques jours, Papa Wemba quittait Paris, son port d’attache rĂ©gulier et s’envolait vers Kinshasa, pour prĂ©senter Ă  la presse congolaise ce concert-Ă©vĂšnement, un repĂšre supplĂ©mentaire dans sa florissante carriĂšre.

Mardi 11 dĂ©cembre, J-20 avant Bercy, effervescence Ă  Roissy autour des comptoirs d’enregistrement du vol pour Kinshasa : Papa Wemba distribue des foulards. Ils portent son effigie et sont parsemĂ©s d’inscriptions, en français, en lingala, swahili, kimongo, bokul, kilari ; les diffĂ©rentes langues, dialectes et argots que l’on parle Ă  Kin. Papa Wemba ou Kolo histoire (le crĂ©ateur de l’histoire), mwalimu (le maĂźtre), fulangenge (le propulseur des stars), chef coutumier, m’zee (le vieux), bokulaka (l’ancien), ekumani (le grand)
 tous les titres honorifiques, les surnoms par lesquels ses fans le dĂ©signent.

Dans ses bagages, il emmĂšne aussi des assiettes, Ă©galement ornĂ©es de son effigie, qu’il distribuera lĂ -bas. Papa Wemba part en campagne. Il va retrouver au pays son public et lui redonner confiance. Werrason, J.B. Mpiana, Adolphe Dominguez, Wazekwa et Koffi occupent la place ? OK, mais lui aussi est lĂ , qu’on se le dise. GonflĂ© Ă  bloc et prĂȘt Ă  casser la baraque avec son nouvel album et son mĂ©ga-concert Ă  Paris.
A l’aĂ©roport de Kin, quand il avance sur la piste, collĂ© au plus prĂšs par son garde du corps et son Ă©quipe rapprochĂ©e, des cris fusent de la terrasse surplombant le bĂątiment, les visages du personnel au sol s’illuminent d’un sourire Ă  son passage. Une halte aux salons de l’aĂ©roport, le temps de quelques poignĂ©es de mains et autres civilitĂ©s, puis direction Molokai, son "village" au cƓur de Matonge, le quartier oĂč le souffle de la fĂȘte ne s’éteint jamais. Dans quelques heures, Papa va y donner un avant goĂ»t de ce que sera son concert Ă  Bercy, une rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale avec danseuses, percussions et son groupe Nouvelle Ecrita, formĂ© de tout jeunes mais dĂ©jĂ  impeccables musiciens et chanteurs. HĂ©las, le ciel a dĂ©cidĂ© aujourd’hui d’ĂȘtre d’humeur chagrine. Des trombes d’eau s’abattent sur la ville. On annule tout. Direction le local, le bureau, la maison oĂč Papa Wemba a grandi dĂšs 1954.

Dans la piĂšce qui servait autrefois de salle Ă  manger, on s’entasse tant bien que mal et la musique dĂ©marre. La tĂȘte couverte d’un bonnet blanc, impeccable dans son ensemble bermuda en tissu jeans gris, Papa Wemba observe, puis se joint Ă  l’histoire. Sur le mur, derriĂšre le batteur, lĂ  oĂč autrefois Ă©tait accrochĂ©e une photo de Lumumba, une affiche du concert Ă  l’Olympia en 2000. Dans la cour, sous la pluie devenue un peu plus comprĂ©hensive et sage, on danse. Quelques minutes plus tard, quand le ciel s’est enfin dĂ©cidĂ© Ă  ĂȘtre plus conciliant, les filles s’installent. Place Ă  la danse organisĂ©e en chorĂ©graphies torrides au son des tambours.

Le soir tombe. Direction le Grand HĂŽtel pour la confĂ©rence de presse. Elle durera 45 mn et rebondira entre seize questions. Elle sera polĂ©mique parce qu’ici on aime la controverse en toute chose, le dĂ©bat plus ou moins vif. La presse est friande de ce genre d’exercice. Dans le Ndule, journal d’informations culturelles, datĂ© du 12 dĂ©cembre, certains titres, relevĂ©s au hasard sont Ă©difiants : «Le chanteur FerrĂ© de Wenge M. M. se mĂ©fie de FĂ©lix Wazekwa», «Des musiciens contrefacteurs»  Au Grand HĂŽtel ce mercredi soir, Ă  la question d’un journaliste s’interrogeant sur un concert pour la paix Ă  Kinshasa dans les prochains jours organisĂ© par l’ONU et non par un enfant du pays, Wemba rĂ©pond et interpelle : «Essayez de changer votre langage dans vos Ă©missions, vos Ă©crits. Notre pays est en train de traverser une pĂ©riode oĂč tous nous devons ĂȘtre unis». Papa Wemba donneur de leçons ? Cela fait partie du jeu. De toute façon, qu’importe la polĂ©mique, on aura toujours plaisir Ă  se retrouver et rire ensemble autour d’une bonne Primus (surnommĂ©e la biĂšre du Peuple RĂ©volutionnaire IntĂ©grĂ© Massivement dans l'Union des Saoulards) parce qu’au bout du compte, comme dit le proverbe kinois, «zua yango na esprit ya bien»; il faut prendre les choses du bon cĂŽtĂ©.

Papa Wemba Bakala Dia Kuba (Next Music) 2001


Patrick  Labesse