ParisÂ
27/12/2001 -Â
Il y a quelques jours, Papa Wemba quittait Paris, son port dâattache rĂ©gulier et sâenvolait vers Kinshasa, pour prĂ©senter Ă la presse congolaise ce concert-Ă©vĂšnement, un repĂšre supplĂ©mentaire dans sa florissante carriĂšre.
Mardi 11 dĂ©cembre, J-20 avant Bercy, effervescence Ă Roissy autour des comptoirs dâenregistrement du vol pour Kinshasa : Papa Wemba distribue des foulards. Ils portent son effigie et sont parsemĂ©s dâinscriptions, en français, en lingala, swahili, kimongo, bokul, kilari ; les diffĂ©rentes langues, dialectes et argots que lâon parle Ă Kin. Papa Wemba ou Kolo histoire (le crĂ©ateur de lâhistoire), mwalimu (le maĂźtre), fulangenge (le propulseur des stars), chef coutumier, mâzee (le vieux), bokulaka (lâancien), ekumani (le grand)⊠tous les titres honorifiques, les surnoms par lesquels ses fans le dĂ©signent.
Dans ses bagages, il emmĂšne aussi des assiettes, Ă©galement ornĂ©es de son effigie, quâil distribuera lĂ -bas. Papa Wemba part en campagne. Il va retrouver au pays son public et lui redonner confiance. Werrason, J.B. Mpiana, Adolphe Dominguez, Wazekwa et Koffi occupent la place ? OK, mais lui aussi est lĂ , quâon se le dise. GonflĂ© Ă bloc et prĂȘt Ă casser la baraque avec son nouvel album et son mĂ©ga-concert Ă Paris.
A lâaĂ©roport de Kin, quand il avance sur la piste, collĂ© au plus prĂšs par son garde du corps et son Ă©quipe rapprochĂ©e, des cris fusent de la terrasse surplombant le bĂątiment, les visages du personnel au sol sâilluminent dâun sourire Ă son passage. Une halte aux salons de lâaĂ©roport, le temps de quelques poignĂ©es de mains et autres civilitĂ©s, puis direction Molokai, son "village" au cĆur de Matonge, le quartier oĂč le souffle de la fĂȘte ne sâĂ©teint jamais. Dans quelques heures, Papa va y donner un avant goĂ»t de ce que sera son concert Ă Bercy, une rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale avec danseuses, percussions et son groupe Nouvelle Ecrita, formĂ© de tout jeunes mais dĂ©jĂ impeccables musiciens et chanteurs. HĂ©las, le ciel a dĂ©cidĂ© aujourdâhui dâĂȘtre dâhumeur chagrine. Des trombes dâeau sâabattent sur la ville. On annule tout. Direction le local, le bureau, la maison oĂč Papa Wemba a grandi dĂšs 1954.
Dans la piĂšce qui servait autrefois de salle Ă manger, on sâentasse tant bien que mal et la musique dĂ©marre. La tĂȘte couverte dâun bonnet blanc, impeccable dans son ensemble bermuda en tissu jeans gris, Papa Wemba observe, puis se joint Ă lâhistoire. Sur le mur, derriĂšre le batteur, lĂ oĂč autrefois Ă©tait accrochĂ©e une photo de Lumumba, une affiche du concert Ă lâOlympia en 2000. Dans la cour, sous la pluie devenue un peu plus comprĂ©hensive et sage, on danse. Quelques minutes plus tard, quand le ciel sâest enfin dĂ©cidĂ© Ă ĂȘtre plus conciliant, les filles sâinstallent. Place Ă la danse organisĂ©e en chorĂ©graphies torrides au son des tambours.
Le soir tombe. Direction le Grand HĂŽtel pour la confĂ©rence de presse. Elle durera 45 mn et rebondira entre seize questions. Elle sera polĂ©mique parce quâici on aime la controverse en toute chose, le dĂ©bat plus ou moins vif. La presse est friande de ce genre dâexercice. Dans le Ndule, journal dâinformations culturelles, datĂ© du 12 dĂ©cembre, certains titres, relevĂ©s au hasard sont Ă©difiants : «Le chanteur FerrĂ© de Wenge M. M. se mĂ©fie de FĂ©lix Wazekwa», «Des musiciens contrefacteurs»⊠Au Grand HĂŽtel ce mercredi soir, Ă la question dâun journaliste sâinterrogeant sur un concert pour la paix Ă Kinshasa dans les prochains jours organisĂ© par lâONU et non par un enfant du pays, Wemba rĂ©pond et interpelle : «Essayez de changer votre langage dans vos Ă©missions, vos Ă©crits. Notre pays est en train de traverser une pĂ©riode oĂč tous nous devons ĂȘtre unis». Papa Wemba donneur de leçons ? Cela fait partie du jeu. De toute façon, quâimporte la polĂ©mique, on aura toujours plaisir Ă se retrouver et rire ensemble autour dâune bonne Primus (surnommĂ©e la biĂšre du Peuple RĂ©volutionnaire IntĂ©grĂ© Massivement dans l'Union des Saoulards) parce quâau bout du compte, comme dit le proverbe kinois, «zua yango na esprit ya bien»; il faut prendre les choses du bon cĂŽtĂ©.
Papa Wemba Bakala Dia Kuba (Next Music) 2001
Patrick Labesse
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