12/12/2001 -Â
Barsony : essentiellement partagée
Coralie Clément : la chanteuse qui susurre Qu'on le déplore ou non, l'époque se veut favorable aux chanteuses vocalement bien loties. Alors, quand dès l'ouverture de son premier album, Salle des pas perdus, Coralie Clément chuchote sur une guitare désuète "Mon nom ne vous dit rien", on craint effectivement que son nom reste pour beaucoup confidentiel… Et alors ?
Si Coralie Clément a une petite voix, elle a aussi un grand frère : Benjamin Biolay. Auteur-compositeur de son propre album Rose Kennedy au printemps, ce dernier concocta Salle des pas perdus dans la foulée. Et difficile de parler de Coralie sans parler de Benjamin, tant les deux galettes ont un air de famille. Si vous aviez trouvé que Rose Kennedy était ennuyeux, poussiéreux, que c'était de la musique de vieux, abstenez-vous d'écouter le disque de la sœurette. C'est pareil. Mais si vous avez aimé ces atmosphères surannées, ces orchestrations entre jazz et croonerie, évocatrices d'un cinéma en noir et blanc, au charme trouble, vous adorerez !
Après la version garçon de Benjamin Biolay, plus grave, plus sombre, cet album est la version fille, plus léger, plus amoureux. Elle s'est appropriée ces chansons écrites à l'origine pour Jane Birkin, en posant un jour sa voix dessus. Presque par hasard. Même si, comme ce fut souvent écrit pour son frère (leurs biographies se ressemblent), elle est née dans une famille musicienne. Violon et solfège furent longtemps son quotidien. Mais cette fan de Vanessa Paradis a aussi grandi en écoutant les mêmes disques - encore - que son frère : Hardy, Gainsbourg ou les Beatles.
De fil en aiguille et d'influences en circonstances, voilà Coralie devant un micro, dirigée par Benjamin. Et le résultat est charmant, tout en ambiances. A commencer par la pochette, conçue comme celles des années 50, au carton épais et aux photos élégantes, façon Peggy Lee, avec liste des titres et logo Capitol Records. Le contenu ? Ce sont des chansons mélancoliques, souvent évocatrices d'un passé disparu, du temps qui passe en emportant tout, de l'amour qui finit. On n'y parle jamais de futur ou alors pour le rejeter ("Je ne conjugue rien au futur lointain"). Le vocabulaire est intemporel, pas de mots modernes, mais plutôt vieille France ("l'amour fol", "un fichu jacquard", "que c'est cloche de se dire adieu"…). Biolay s'essaie aux rimes façon Gainsbourg ou Vian : "Le jazz est in le gin est là /Et le bœuf est sur le toit". Le disque aurait pu être écrit en 1960, il n'y aurait guère de différence. Mais le nom d'Alex Gopher à la masterisation, nous situe dans un temps dont ce disque nous fait parfois perdre la notion.
Quant au chant de Coralie Clément, il est fluet, certes, mais est-ce un défaut ? Sa voix est juste et présente, joliment produite comme un réalisateur filme avec talent une femme qui le touche. Parfois, on se surprend à la confondre avec Keren Ann, autre présence féminine importante de l'univers Biolay, voire avec la destinatrice originelle, Jane Birkin. C'est justement le seul reproche, cette similitude des genres trop évidente, trop flagrante, dans cette famille de sang ou de cœur. Coralie saura t'elle s'épanouir hors de l'univers familial ? On lui souhaite.
Catherine Pouplain
Coralie Clement Salle des pas perdus (EMI/Dièse) 2001
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