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Marie-Paule Belle chante Barbara

De l'émotion



Paris 

04/12/2001 - 

Depuis mars dernier, la Parisienne Marie-Paule Belle revisite le rĂ©pertoire de Barbara. D’abord au Théùtre de Dix-Heures, puis au Casino de Paris, elle entame aujourd'hui une tournĂ©e Ă  travers l’Hexagone jusqu'en Ă©tĂ© 2002. Un album, Marie-Paule Belle chante Barbara, retrace cette aventure.



Sur la scĂšne du théùtre de Colombes, en banlieue parisienne, une femme seule au piano rĂ©pĂšte. Cheveux courts et raides, Ă  peine reconnaissable sans sa tignasse frisĂ©e noire, Marie-Paule Belle affiche une beautĂ© insoupçonnĂ©e et une sĂ©rĂ©nitĂ© de l’ñge.

Dites-moi, chanter Barbara c'est une aventure ?
Oui, vous pouvez le dire ! Barbara est un amour d’adolescence en fait, je l’ai dĂ©couverte Ă  cette Ă©poque en mĂȘme temps que Brel. C’est eux qui m’ont donnĂ© envie de chanter. J’avais donc toujours eu l’idĂ©e de leur rendre hommage un jour. J’en avais parlĂ© Ă  mon producteur, il y a des annĂ©es. Il m’a relancĂ©e en aoĂ»t 2000. J’ai longtemps hĂ©sitĂ© parce qu’entre-temps Barbara Ă©tait partie et que je pensais le faire de son vivant. Puis, finalement, je me suis laissĂ©e entraĂźner. Mais avec Ă©normĂ©ment de peur parce que vous savez comme moi que le public de Barbara est intransigeant. Lorsqu’elle donnait un concert, c’était une messe. Je ne voulais pas dĂ©ranger ce souvenir, toucher Ă  ce qui Ă©tait intouchable. Son public est encore en deuil.

Quel public est présent lors de ces concerts ? Le sien ou le vÎtre ?
Il y a un mĂ©lange. Il y a celui qui me connaĂźt trĂšs bien et celui qui est fan de Barbara et me connaĂźt trĂšs peu. Ce dernier Ă©tait Ă©videmment un peu sur la dĂ©fensive. Parfois, je sens que la salle est tendue au dĂ©but du spectacle, puis peu Ă  peu il y a un apaisement. Je sens qu’il faut que je me batte sur chaque mot, qu’il faut que je fasse trĂšs attention. Cela me demande une concentration beaucoup plus forte, me cause un trac beaucoup plus intense aussi. Ce n’est pas mon univers, je rentre dans celui de quelqu'un d’autre.

Est-ce que l’on a des surprises lorsque l’on interprùte les chansons de quelqu’un d’autre ?
Oui, par exemple avec Paris, 15 aoĂ»t. Je ne pensais pas reprendre ce titre. Barbara y avait mis une mĂ©lodie assez nostalgique avec des temps en mineur. En isolant la musique, j’ai dĂ©couvert que ce texte Ă©tait plein d’humour. Elle raconte que son amant est parti en Espagne avec sa femme et ses enfants et qu’en attendant, elle va partir en Bretagne. En rĂ©alitĂ©, mĂȘme si elle aurait prĂ©fĂ©rer partager ce 15 aoĂ»t avec elle, elle s’en fiche assez. Je le chante avec des clins d’Ɠil. Cela change complĂštement et ça, c’est une surprise ! Je ne m’y attendais pas du tout !


Vous ne cherchez pas à imiter Barbara, mais ce n’est pas tout à fait du Marie-Paule Belle non plus.
C’est ce que l’on me dit souvent. Je ne phrase pas comme elle, j’aurais trouvĂ© cela ridicule !

Le disque reflÚte la scÚne dans le choix des titres et leur ordre de passage. A trois exceptions prÚs, trois chansons rajoutées en concert.
Absolument. Parmi elles la chanson de fin qui est celle que j’ai Ă©crite en son hommage. Je l’interprĂšte lors du rappel parce que je ne peux pas refaire un bis sur un titre, ni reprendre les chansons qu’elle a trop chantĂ©es (comme l’Aigle noir ou Ma plus belle histoire d’amour). Quand j’ai travaillĂ©, j’ai Ă©coutĂ© 196 titres (mĂȘme les versions allemandes), j’en ai sĂ©lectionnĂ© 140 environ, ensuite je suis descendue Ă  70
 J’ai donc choisi mes propres coups de cƓur et supprimĂ© les chansons qui pouvaient faire double emploi. Le plus difficile a Ă©tĂ© d’établir l’ordre des chansons. J’ai fait au moins dix essais diffĂ©rents avant de trouver le dĂ©finitif.

Vous dites ne pas avoir repris les chansons trop chantées, vous interprétez pourtant Göttingen et Dis, quand reviendras-tu...
Oui. Elles sont extrĂȘmement connues. Mais si vous demandez aux passants une chanson de Barbara, ils vont tous vous rĂ©pondre l’Aigle noir. Ce sont les plus populaires auxquelles je n’ai pas voulu toucher. Et celles qui font partie de son autobiographie comme les Insomnies ou Mon enfance... En revanche, je reprends des chansons trĂšs gĂ©nĂ©rales comme la Solitude et Le mal de vivre. Il n’y a que Il pleut sur Nantes, une chanson trĂšs personnelle, que j’ai incluse dans le rĂ©pertoire. A la mort de mon pĂšre je suis arrivĂ©e trop tard, il Ă©tait dĂ©jĂ  dĂ©cĂ©dĂ©. Je revois mes propres images et mon vĂ©cu donc j’ai l’impression de chanter mon histoire. Puis en fait, il se trouve que j’avais dĂ©jĂ  insĂ©rĂ© ce titre dans mon propre tour de chant, bien avant de faire ce spectacle. J’avais eu Barbara au tĂ©lĂ©phone et je lui avais demandĂ© si cela ne l’ennuyait pas que je chante ce morceau. Elle m’avait rĂ©pondu qu’au contraire cela lui faisait trĂšs plaisir.

Est-ce à cette occasion que vous lui avez parlé la premiÚre fois.
Non, non. C’était avant. Il se trouve que nous avions une sĂ©rie de points communs. Elle a dĂ©marrĂ© sa carriĂšre Ă  l’écluse et moi aussi. Elle Ă©tait accompagnĂ©e par Roland Romanelli. Moi aussi. Il l’a suivie pendant 20 ans, moi pendant 10 ans. Ensuite, on a enregistrĂ© ensemble une chanson pour une cause humanitaire qui ne rĂ©unissait que des femmes, on s’est rencontrĂ© ainsi. Nous n’étions pas amies dans la vie, on ne se connaissait pas vraiment, mais je pense que l’on s’apprĂ©ciait mutuellement. Enfin, de mon cĂŽtĂ©, c’est peu dire que de l’apprĂ©cier ! Mais je pense qu’elle m’aimait bien.
Aujourd’hui, elle vous accompagne tous les soirs...?
Oui. Je sens vraiment sa prĂ©sence. Surtout dans les moments de grandes Ă©motions, de grande intensitĂ©. Il faut dire qu’il y a parfois un silence incroyable dans la salle. Quelques fois, je dĂ©pouille tellement le piano que je fais juste deux notes pour indiquer l’harmonie. Les mots sortent alors complĂštement.

Certaines personnes prĂ©tendent que c’est parce que vous fonctionnez beaucoup moins bien aujourd’hui, que vous utilisez le filon Barbara.
Bien sĂ»r ! (Grand rire) Oui, je sais. Pensez bien que lorsque j’ai pris la dĂ©cision de monter ce spectacle et ce disque, je me suis blindĂ©e sur ce qu’on allait dire : "Barbara n’a pas besoin d’elle, elle en revanche a besoin de Barbara...". J’avais bien conscience que j’allais entendre ce genre de choses. C’est aussi pour cela que j’ai beaucoup hĂ©sitĂ©. Mais je prĂ©pare Ă©galement un nouvel album, je ne vais pas m’arrĂȘter sur Barbara. Quant Ă  ceux qui disent que cela ne marche pas, moi je suis plutĂŽt contente au contraire ! VoilĂ  30 ans que je chante sans passer spĂ©cialement ni Ă  la radio ni Ă  la tĂ©lĂ©, mais je continue Ă  faire de la scĂšne. Le public s’est toujours dĂ©rangĂ© pour venir me voir.

Barbara et vous avez le point commun d’ĂȘtre reconnues comme des femmes de scĂšne.
C’est l’endroit le plus magique. Piaf disait que c’était une drogue. Le quotidien paraĂźt fade et on attend que ce moment exceptionnel. On ne peut pas avoir plus, c’est le maximum ! L’amour des gens Ă  ce point, dans le regard et dans l’écoute. Comment voulez-vous retrouver cela dans la vie de tous les jours ?

Pourtant vous ĂȘtes des femmes qui composent, qui Ă©crivent. On peut imaginer que ces bonheurs vous pouvez les avoir aussi au moment de la crĂ©ation.
Oui, mais c’est complĂštement diffĂ©rent. Quand je compose je suis en manque de chanter. Ce qui est trĂšs Ă©nervant aussi c’est qu’aprĂšs la crĂ©ation, le temps que cela soit enregistrĂ©, que cela sorte, on est dĂ©jĂ  dans autre chose. Donc, au moment oĂč on l’interprĂšte sur scĂšne, il faut se plonger exactement dans le climat du moment, retrouver les mots comme si on les disait pour la premiĂšre fois. C’est pour cela que je pense qu’il faut privilĂ©gier l’émotion.

Vous insistez sur la notion de dĂ©pouillement, d’autant plus que pour cet album et ce spectacle on ne peut pas mieux faire en la matiĂšre : un piano et la voix !
On ne fait pas plus nu (rires). C’est William Sheller qui m’a poussĂ©e Ă  faire cela. On se voyait souvent et on chantait des chansons au piano. Il m’a dit :"Mais pourquoi tu ne chantes pas comme ça sur scĂšne ?" Je lui rĂ©pondais que je n’oserai jamais, que c’était juste pour les copains. "Tu as tort parce que c’est vraiment toi". Il m’a donc persuadĂ©e, en me prĂ©cisant quand mĂȘme : "Tu vas voir, tu vas avoir la plus grande trouille de ta vie, mais en mĂȘme temps la plus grande libertĂ©." Et c’est vrai. La libertĂ© est plus forte que le trac !

Marie-Paule Belle chante Barbara (Philips) 2001

Marjorie  Risacher