Lâalbum Extraterrestre Ă©tait celui de vos dix ans de carriĂšre. Quel est le sens de ce septiĂšme album ? dans quel Ă©tat dâesprit l'avez-vous prĂ©parĂ© ?Câest un album un niveau au-dessus des prĂ©cĂ©dents. En entrant en studio, jâai constatĂ© que le monde Ă©tait sur la voie de la perdition. La plus grande puissance du monde pliait lâĂ©chine devant des forces attribuĂ©es Ă un pays plus pauvre. Preuve que personne nâest Ă lâabri et que le monde va mal. Le seul repĂšre pour « positiver » en pareille circonstance, câest lâĂ©ternel, qui est un repĂšre spirituel, fiable, fidĂšle, câest le retour Ă des valeurs essentielles.
Je mâen suis donc inspirĂ© pour cet album. Jâai travaillĂ© dans des conditions plus relaxantes que dâhabitude. Je sortais dâune pĂ©riode trĂšs difficile avec la crise politique que traversait la CĂŽte dâIvoire. Cette situation a eu une rĂ©percussion nĂ©gative sur le prĂ©cĂ©dent album. Je me suis retrouvĂ© en position dâoutsider sur un marchĂ© qui a vu Ă©merger des vagues qui Ă©pousaient ce contexte. NâĂ©tant plus leader, jâai travaillĂ© plus sereinement.
Eternel est un album oĂč je parle plus que je ne chanteâŠJây suis plus messager quâinterprĂšte. En regardant lâĂ©tat du monde, jâai ressenti lâenvie de parler Ă mon public, celui qui mâa fait. Jâai voulu lui parler afin quâil prenne ses distances avec les Ăąneries du monde politique. Jâai dĂ©cidĂ© de parler, de dire haut et fort ce que les gens pensent tout bas.
Le compteur du zoblazo continue de tourner. Cet album affiche 700% de zoblazo. Pourtant on remarque que vous proposez dans Eternel une reprise du tube 200% zoblazo. Nostalgie des heures phares ?Ce mĂ©tier, nous le faisons dâabord par plaisir, mais aussi pour nos fans, notre public et surtout les fidĂšles qui nous suivent depuis le dĂ©but. Ils ont une affection particuliĂšre pour ce titre et me le rĂ©clamaient. Jâai tenu Ă leur faire ce clin dâĆil en retravaillant les arrangements, les orchestrations musicales et la composition avec les nouveaux outils, tout en Ă©vitant de profaner lâesprit du titre. Jâai maintenu les repĂšres de base et ils nâen seront pas déçu.
Est-ce quâun titre comme Abenan est un message que vous avez voulu envoyer Ă votre peupleâŠSurtout au moment oĂč lâactualitĂ© politique de votre pays revient Ă la une des journaux ?ForcĂ©ment, car le peuple burkinabĂ© a largement contribuĂ© Ă la construction de la nation ivoirienne. Aujourdâhui, quâil soit traitĂ© de maniĂšre aussi injuste Ă cause des Ăąneries politiques, je trouve cela fort inĂ©lĂ©gant. Et en temps quâIvoirien qui aime son pays, jâessaie de prendre la parole pour appeler ce peuple Ă la rĂ©conciliation, pour lui dire que la CĂŽte d' Ivoire câest aussi chez lui. Les vrais Ivoiriens ça nâexiste pas, on vient tous dâailleurs. Aujourdâhui je constate quâen CĂŽte d'Ivoire, il y a les Ivoiriens dâun cĂŽtĂ© et les hommes politiques de l'autre. Les deux catĂ©gories ne mĂšnent pas le mĂȘme combat, il faut faire la part des choses.
Regardez par exemple le forum de rĂ©conciliation, encore une affaire politique. Elle ne tourne quâautour dâune seule personne, alors que nous sommes 15 millions et on ne tient pas compte de nos avis.
LâIvoirien en lui-mĂȘme nâest pas un imbĂ©cile! La CĂŽte d'Ivoire est un pays dâouverture et pour moi câest important de le rappeler.
On sait que Meiway est trĂšs Ă©coutĂ© par les jeunes et dans un titre comme Sentence, vous disqualifiez complĂštement les dirigeants africains, vous leur dĂźtes Rendez-vous, on ne veut plus de vous ! dans une couleur musicale qui sonne presque comme une confidence. Est-ce un appel Ă la rĂ©volte ?Câest dâabord une rĂ©volte personnelle. Ensuite, câest un appel Ă une rĂ©volte positive Ă distinguer du dĂ©sordre. Je veux que mon Afrique change. Si je me rĂ©volte, câest pour un vrai changement. Nos chefs dâEtats ont un bilan catastrophique, ils ont endettĂ© leurs pays Ă un niveau inacceptable. Ils doivent tous partir sinon ils vont continuer Ă emprunter cet argent facile alors quâil faut arrĂȘter le massacre. VoilĂ pourquoi jâinvite
Archimango Ă venir sauver lâAfrique. Cette fiction reprĂ©sente lâidĂ©al du dirigeant dont nous avons besoin. Je suis prĂȘt Ă me prosterner devant celui qui mĂšnera son pays en dĂ©veloppant au maximum les ressources et non plus en augmentant le volume dâune dette que nos enfants payeront, alors que cela ne leur aura servi Ă rien. Lâaide pousse Ă la paresse.
En Ă©coutant AdibĂ©bĂ©, ou encore Adjalou, on retrouve les rythmiques puissantes et dĂ©coiffantes du zoblazo tel quâon le connaĂźt. On a aussi lâimpression que les synthĂ©s prennent de plus en plus dâimportance, au dĂ©triment des percussions traditionnelles qui constituent la base rythmique du zoblazo ?Les synthĂ©s dans le zoblazo sont des accessoires qui traduisent simplement un impĂ©ratif esthĂ©tique de notre temps. Jâappartiens Ă une gĂ©nĂ©ration qui a connu les ordinateurs dans sa formation musicale et jâessaie de mâen servir pour mieux valoriser les percussions traditionnelles.
HonnĂȘtement, je nâai jamais autant utilisĂ© les percussions, il mâa fallu deux sĂ©ances studio pour les enregistrer, ce qui nâest jamais arrivĂ© dans mes albums prĂ©cĂ©dents. Tout compte fait, ma musique est contemporaine et j'ai les pieds plus que jamais ancrĂ©s dans mon zoblazo.
Dans vos derniers albums, on a remarquĂ© que vous avez fait des emprunts aux musiques du Gabon et du SĂ©nĂ©gal pour enrichir le zoblazo. Y-a-t-il eu de telles expĂ©riences avec lâalbum Eternel ?Tout Ă fait. Une chanson comme
Abenan rĂ©pondait Ă deux symboles. Dâabord la rĂ©conciliation comme je lâai dit, mais aussi sur le plan rythmique, câest une musique typiquement burkinabĂ©. J'ai pu ainsi affirmer mon
africanitĂ©, je suis ivoirien certes, mais africain avant tout. Câest un clin dâĆil que je poursuivrai.
Vous ĂȘtes un prĂ©curseur en matiĂšre de diffusion des musiques urbaines ivoiriennes. Aujourdâhui des jeunes groupes Ă©mergent. Quel regard portez-vous sur ce phĂ©nomĂšne ? Nâa t-il pas un peu bousculĂ© le zoblazo sur son terrain ?Câest une grande fiertĂ© pour la CĂŽte d'Ivoire. Aujourdâhui les DJs programment des sĂ©lections ivoiriennes dans les boĂźtes de nuit avec succĂšs. Câest la preuve quâen CĂŽte d'Ivoire il y a un grand patrimoine qui Ă©tait mal exploitĂ©. Tous ces courants comme le zouglou, le logobi, le nyakwa, le mapouka puisent dans ce patrimoine, ce qui fait leur originalitĂ©.
Le zoblazo nâa pas Ă en souffrir car nous menons le mĂȘme combat, nos actions sont complĂ©mentaires bien que nous nâĂ©voluions pas dans la mĂȘme division. Je reste quand mĂȘme une locomotive, sans fausse prĂ©tention. Il faut nĂ©anmoins dĂ©plorer le manque de rigueur et de professionnalisme de certains de ces jeunes qui sont arrivĂ©s Ă la musique par hasard. Mon rĂŽle est dâessayer de leur inculquer le goĂ»t de lâapprentissage.
700 %âŠEt aprĂšs ?Si l'Eternel le veut, je pourrais bientĂŽt faire une grande salle parisienne et mĂȘme lâune des plus grandes. Ensuite il va falloir envisager dâĂ©largir le rĂ©seau de distribution de mes produits. Câest le travail de la maison de disques.
Lâun de mes rĂȘves actuellement serai de collaborer avec une grosse tĂȘte dâaffiche et si tout se passe bien ce sera un vrai projet et non une affaire de mode. Pour le moment, je ne donne aucun nom, les choses se feront en leur temps. Je tiens Ă ne pas me couper de ma base sociologique pour sĂ©duire un public plus large. Câest un piĂšge qui se referme souvent de maniĂšre brutale sur ceux qui veulent faire le grand Ă©cart au nom de la world music. Je mâen mĂ©fie beaucoup. Le zoblazo, jây suis et jây reste.