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Chronique album


Meiway

Eternel


Paris 

23/11/2001 - 

Eternel le nouvel album de l'Ivoirien Meiway, le pĂšre du zoblazo, place la spiritualitĂ© au coeur d’un combat que l’artiste veut mener contre les fossoyeurs de l’Afrique. Avec le verbe incisif et la rythmique incandescente, les 700% de zoblazo vont bientĂŽt dĂ©frayer la chronique. Ses vĂ©ritĂ©s font mal et ses sons vous propulsent dans le temple de l’ambiance au nom d’une musique
 Eternel(le). Sortez vos mouchoirs !



L’album Extraterrestre Ă©tait celui de vos dix ans de carriĂšre. Quel est le sens de ce septiĂšme album ? dans quel Ă©tat d’esprit l'avez-vous prĂ©parĂ© ?
C’est un album un niveau au-dessus des prĂ©cĂ©dents. En entrant en studio, j’ai constatĂ© que le monde Ă©tait sur la voie de la perdition. La plus grande puissance du monde pliait l’échine devant des forces attribuĂ©es Ă  un pays plus pauvre. Preuve que personne n’est Ă  l’abri et que le monde va mal. Le seul repĂšre pour « positiver » en pareille circonstance, c’est l’éternel, qui est un repĂšre spirituel, fiable, fidĂšle, c’est le retour Ă  des valeurs essentielles.
Je m’en suis donc inspirĂ© pour cet album. J’ai travaillĂ© dans des conditions plus relaxantes que d’habitude. Je sortais d’une pĂ©riode trĂšs difficile avec la crise politique que traversait la CĂŽte d’Ivoire. Cette situation a eu une rĂ©percussion nĂ©gative sur le prĂ©cĂ©dent album. Je me suis retrouvĂ© en position d’outsider sur un marchĂ© qui a vu Ă©merger des vagues qui Ă©pousaient ce contexte. N’étant plus leader, j’ai travaillĂ© plus sereinement.
Eternel est un album oĂč je parle plus que je ne chante
J’y suis plus messager qu’interprĂšte. En regardant l’état du monde, j’ai ressenti l’envie de parler Ă  mon public, celui qui m’a fait. J’ai voulu lui parler afin qu’il prenne ses distances avec les Ăąneries du monde politique. J’ai dĂ©cidĂ© de parler, de dire haut et fort ce que les gens pensent tout bas.

Le compteur du zoblazo continue de tourner. Cet album affiche 700% de zoblazo. Pourtant on remarque que vous proposez dans Eternel une reprise du tube 200% zoblazo. Nostalgie des heures phares ?
Ce mĂ©tier, nous le faisons d’abord par plaisir, mais aussi pour nos fans, notre public et surtout les fidĂšles qui nous suivent depuis le dĂ©but. Ils ont une affection particuliĂšre pour ce titre et me le rĂ©clamaient. J’ai tenu Ă  leur faire ce clin d’Ɠil en retravaillant les arrangements, les orchestrations musicales et la composition avec les nouveaux outils, tout en Ă©vitant de profaner l’esprit du titre. J’ai maintenu les repĂšres de base et ils n’en seront pas déçu.

Est-ce qu’un titre comme Abenan est un message que vous avez voulu envoyer Ă  votre peuple
Surtout au moment oĂč l’actualitĂ© politique de votre pays revient Ă  la une des journaux ?
ForcĂ©ment, car le peuple burkinabĂ© a largement contribuĂ© Ă  la construction de la nation ivoirienne. Aujourd’hui, qu’il soit traitĂ© de maniĂšre aussi injuste Ă  cause des Ăąneries politiques, je trouve cela fort inĂ©lĂ©gant. Et en temps qu’Ivoirien qui aime son pays, j’essaie de prendre la parole pour appeler ce peuple Ă  la rĂ©conciliation, pour lui dire que la CĂŽte d' Ivoire c’est aussi chez lui. Les vrais Ivoiriens ça n’existe pas, on vient tous d’ailleurs. Aujourd’hui je constate qu’en CĂŽte d'Ivoire, il y a les Ivoiriens d’un cĂŽtĂ© et les hommes politiques de l'autre. Les deux catĂ©gories ne mĂšnent pas le mĂȘme combat, il faut faire la part des choses.
Regardez par exemple le forum de rĂ©conciliation, encore une affaire politique. Elle ne tourne qu’autour d’une seule personne, alors que nous sommes 15 millions et on ne tient pas compte de nos avis.
L’Ivoirien en lui-mĂȘme n’est pas un imbĂ©cile! La CĂŽte d'Ivoire est un pays d’ouverture et pour moi c’est important de le rappeler.

On sait que Meiway est trÚs écouté par les jeunes et dans un titre comme Sentence, vous disqualifiez complÚtement les dirigeants africains, vous leur dßtes Rendez-vous, on ne veut plus de vous ! dans une couleur musicale qui sonne presque comme une confidence. Est-ce un appel à la révolte ?
C’est d’abord une rĂ©volte personnelle. Ensuite, c’est un appel Ă  une rĂ©volte positive Ă  distinguer du dĂ©sordre. Je veux que mon Afrique change. Si je me rĂ©volte, c’est pour un vrai changement. Nos chefs d’Etats ont un bilan catastrophique, ils ont endettĂ© leurs pays Ă  un niveau inacceptable. Ils doivent tous partir sinon ils vont continuer Ă  emprunter cet argent facile alors qu’il faut arrĂȘter le massacre. VoilĂ  pourquoi j’invite Archimango Ă  venir sauver l’Afrique. Cette fiction reprĂ©sente l’idĂ©al du dirigeant dont nous avons besoin. Je suis prĂȘt Ă  me prosterner devant celui qui mĂšnera son pays en dĂ©veloppant au maximum les ressources et non plus en augmentant le volume d’une dette que nos enfants payeront, alors que cela ne leur aura servi Ă  rien. L’aide pousse Ă  la paresse.

En Ă©coutant AdibĂ©bĂ©, ou encore Adjalou, on retrouve les rythmiques puissantes et dĂ©coiffantes du zoblazo tel qu’on le connaĂźt. On a aussi l’impression que les synthĂ©s prennent de plus en plus d’importance, au dĂ©triment des percussions traditionnelles qui constituent la base rythmique du zoblazo ?
Les synthĂ©s dans le zoblazo sont des accessoires qui traduisent simplement un impĂ©ratif esthĂ©tique de notre temps. J’appartiens Ă  une gĂ©nĂ©ration qui a connu les ordinateurs dans sa formation musicale et j’essaie de m’en servir pour mieux valoriser les percussions traditionnelles.
HonnĂȘtement, je n’ai jamais autant utilisĂ© les percussions, il m’a fallu deux sĂ©ances studio pour les enregistrer, ce qui n’est jamais arrivĂ© dans mes albums prĂ©cĂ©dents. Tout compte fait, ma musique est contemporaine et j'ai les pieds plus que jamais ancrĂ©s dans mon zoblazo.

Dans vos derniers albums, on a remarquĂ© que vous avez fait des emprunts aux musiques du Gabon et du SĂ©nĂ©gal pour enrichir le zoblazo. Y-a-t-il eu de telles expĂ©riences avec l’album Eternel ?
Tout Ă  fait. Une chanson comme Abenan rĂ©pondait Ă  deux symboles. D’abord la rĂ©conciliation comme je l’ai dit, mais aussi sur le plan rythmique, c’est une musique typiquement burkinabĂ©. J'ai pu ainsi affirmer mon africanitĂ©, je suis ivoirien certes, mais africain avant tout. C’est un clin d’Ɠil que je poursuivrai.


Vous ĂȘtes un prĂ©curseur en matiĂšre de diffusion des musiques urbaines ivoiriennes. Aujourd’hui des jeunes groupes Ă©mergent. Quel regard portez-vous sur ce phĂ©nomĂšne ? N’a t-il pas un peu bousculĂ© le zoblazo sur son terrain ?
C’est une grande fiertĂ© pour la CĂŽte d'Ivoire. Aujourd’hui les DJs programment des sĂ©lections ivoiriennes dans les boĂźtes de nuit avec succĂšs. C’est la preuve qu’en CĂŽte d'Ivoire il y a un grand patrimoine qui Ă©tait mal exploitĂ©. Tous ces courants comme le zouglou, le logobi, le nyakwa, le mapouka puisent dans ce patrimoine, ce qui fait leur originalitĂ©.
Le zoblazo n’a pas Ă  en souffrir car nous menons le mĂȘme combat, nos actions sont complĂ©mentaires bien que nous n’évoluions pas dans la mĂȘme division. Je reste quand mĂȘme une locomotive, sans fausse prĂ©tention. Il faut nĂ©anmoins dĂ©plorer le manque de rigueur et de professionnalisme de certains de ces jeunes qui sont arrivĂ©s Ă  la musique par hasard. Mon rĂŽle est d’essayer de leur inculquer le goĂ»t de l’apprentissage.

700 %
Et aprùs ?
Si l'Eternel le veut, je pourrais bientĂŽt faire une grande salle parisienne et mĂȘme l’une des plus grandes. Ensuite il va falloir envisager d’élargir le rĂ©seau de distribution de mes produits. C’est le travail de la maison de disques.
L’un de mes rĂȘves actuellement serai de collaborer avec une grosse tĂȘte d’affiche et si tout se passe bien ce sera un vrai projet et non une affaire de mode. Pour le moment, je ne donne aucun nom, les choses se feront en leur temps. Je tiens Ă  ne pas me couper de ma base sociologique pour sĂ©duire un public plus large. C’est un piĂšge qui se referme souvent de maniĂšre brutale sur ceux qui veulent faire le grand Ă©cart au nom de la world music. Je m’en mĂ©fie beaucoup. Le zoblazo, j’y suis et j’y reste.

Meiway Eternel (JPS PRODUCTIONS) 2001

Alex  Siewe