Paris
21/11/2001 -
Quand, pour la première fois, j’ai eu entre les mains le Boire de Miossec, son premier album, je me suis dit : « Encore un breton qui va nous prendre la tête avec des chansons de bistrots ! ». Il faut rappeler qu’en 1995, la chanson française, hormis Dominique A, tournait en rond et qu’il valait mieux s’acheter un disque de NTM ou de Fabe pour se rendre compte que la langue de Molière pouvait servir à autre chose qu'à se contempler le nombril avec des textes insipides et des arrangements à la guimauve. Bref, la France s’ennuyait ferme !
Ses nouveaux déboires font moins dans l'obscurité ! La preuve, il a complètement réenregistré Brûle, les premières prises étant selon lui, trop glauques. Je vous rassure tout de suite, l'album n’est pas un hymne ébahi à l’amour, mais un disque serein, certainement ! «Quand j’ai commencé l’enregistrement de ce nouveau disque, je n’étais pas bien. Et dans ce cas-là, tu te plonges dans le boulot alors que ce qu’il faut faire justement, c’est ne pas bosser ! Le résultat était dépressif, je n’avais aucune envie de l’écouter chez moi.» Du coup, l’auteur de Regarde un peu la France a jeté les enregistrements à la poubelle et a tout repris à zéro. Pourtant, curieusement certaines bandes se sont retrouvées dans certaines rédactions parisiennes. De quoi vous rendre parano. Ce qui frappe à l’écoute de Brûle, c’est que Miossec a délaissé les travers de nos quotidiens pour décrire des sentiments plus abstraits : «J’ai l’impression que ça décolle du sol ! A force de bouffer de la terre, t’en as un peu marre. J’avais une indigestion de tous ces problèmes de couples, et mon nombril va pas bien et patati et patata… Ça devenait un peu chiant.» Question cliché : est-ce la paternité qui rend serein (il est le père d'un petit Théo depuis 1998) ? : «Non, j’avais envie de faire du bien. C’est mon côté altruiste, j’étais plutôt dans de bonnes dispositions.» Mais on sait bien que les gens heureux ennuient tout le monde. «Les choses détachées ne veulent pas dire malhonnêtes. Je voulais vraiment revenir aux sensations du premier album et que chaque chanson ait sa propre atmosphère, ses propres arrangements.» Côté musique, il faut plus lorgner vers le Neil Young d’Harvest que vers les Damned. «Ça, c’est une constante chez moi. Mais je voulais surtout, lors des premiers enregistrements retrouver l’état d’esprit d’Astral weeks de Van Morrisson, un de mes disques de chevet depuis que je suis gamin. Il a été enregistré en 48 heures. Mais je me suis planté, faut s’appeler Van Morrisson pour y arriver. Faut que je bosse comme tout le monde, c’est tout !» De cette mauvaise passe ont survécu les titres Brûle, Madame, un hommage à Juliette Gréco et Tendre S. Ce dernier qu’on a qualifié de Gainsbourien : «Avec Brel et son Orly c’est la seule référence que je reconnaisse en France. Et bien sûr, Jean-Michel Caradec ! Euh, non, je plaisante ! »
Nous en resterons là, il y a des priorités dans la vie; manger en est une... Pour l’instant, aucun clip n’est prévu pour accompagner la sortie du simple Brûle, Miossec ne veut pas tourner n’importe quoi. Le cauchemar d’une maison de disques. Mais la sienne est une indépendante, PIAS. Ce chanteur-là n’est pas encore formaté pour la grosse industrie. Ce qui me rassure dans cette histoire ? C’est qu’un artiste comme celui-là obtient les faveurs du public. En ce moment, il n’y a pas assez de bonnes nouvelles pour ne pas s’en réjouir.
Willy Richert
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