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Miossec nous enflamme

L'artiste revient plus serein


Paris 

21/11/2001 - 

AprĂšs avoir passĂ© pas mal de temps Ă  Boire puis Ă  Baiser avant qu’il ne se dĂ©clare A prendre, Christophe Miossec est de retour. Cette fois il se BrĂ»le. Rencontre dans un restaurant avec l’auteur le moins show-biz de France.



Quand, pour la premiĂšre fois, j’ai eu entre les mains le Boire de Miossec, son premier album, je me suis dit : « Encore un breton qui va nous prendre la tĂȘte avec des chansons de bistrots ! ». Il faut rappeler qu’en 1995, la chanson française, hormis Dominique A, tournait en rond et qu’il valait mieux s’acheter un disque de NTM ou de Fabe pour se rendre compte que la langue de MoliĂšre pouvait servir Ă  autre chose qu'Ă  se contempler le nombril avec des textes insipides et des arrangements Ă  la guimauve. Bref, la France s’ennuyait ferme !
Et puis cet ancien docker a dĂ©barquĂ© au milieu de nulle part. De son parcours, on sait qu’il Ă©tait payĂ© pour manier la plume, dĂ©jĂ , au sein de journaux rĂ©gionaux et plus Ă©trange, comme rĂ©dacteur de bande-annonce pour la premiĂšre chaĂźne de tĂ©lĂ©vision française.

On peut avancer aujourd’hui, sans toutefois jouer les Nostradamus de comptoir, que ce Boire restera comme l’un des albums français les plus rĂ©ussis de ces 20 derniĂšres annĂ©es. Langage cru mais imagĂ©, vocabulaire sans fioriture et surtout un vrai sens de la mise en scĂšne qui fait de chacun de ses titres un petit film. On n’avait pas entendu ça, depuis Renaud.

Depuis, deux autres albums sont venus nous conforter dans l’idĂ©e qu'on avait pas besoin de mettre une casquette Ă  l’envers pour dire des choses intelligentes et qu’on avait encore moins besoin de faire sa pleureuse dĂ©magogique pour ĂȘtre tendre. D’accord, l’univers de Miossec est peuplĂ© de mecs qui s’autodĂ©truisent, aiment sans savoir retenir, se demandent ce qu’ils font dans les bars au petit matin, sont des cocus magnifiques, j’en passe et des plus noires. Mais toujours avec humour.
Ses nouveaux dĂ©boires font moins dans l'obscuritĂ© ! La preuve, il a complĂštement rĂ©enregistrĂ© BrĂ»le, les premiĂšres prises Ă©tant selon lui, trop glauques. Je vous rassure tout de suite, l'album n’est pas un hymne Ă©bahi Ă  l’amour, mais un disque serein, certainement ! «Quand j’ai commencĂ© l’enregistrement de ce nouveau disque, je n’étais pas bien. Et dans ce cas-lĂ , tu te plonges dans le boulot alors que ce qu’il faut faire justement, c’est ne pas bosser ! Le rĂ©sultat Ă©tait dĂ©pressif, je n’avais aucune envie de l’écouter chez moi.» Du coup, l’auteur de Regarde un peu la France a jetĂ© les enregistrements Ă  la poubelle et a tout repris Ă  zĂ©ro. Pourtant, curieusement certaines bandes se sont retrouvĂ©es dans certaines rĂ©dactions parisiennes. De quoi vous rendre parano.

Ce qui frappe Ă  l’écoute de BrĂ»le, c’est que Miossec a dĂ©laissĂ© les travers de nos quotidiens pour dĂ©crire des sentiments plus abstraits : «J’ai l’impression que ça dĂ©colle du sol ! A force de bouffer de la terre, t’en as un peu marre. J’avais une indigestion de tous ces problĂšmes de couples, et mon nombril va pas bien et patati et patata
 Ça devenait un peu chiant.» Question clichĂ© : est-ce la paternitĂ© qui rend serein (il est le pĂšre d'un petit ThĂ©o depuis 1998) ? : «Non, j’avais envie de faire du bien. C’est mon cĂŽtĂ© altruiste, j’étais plutĂŽt dans de bonnes dispositions.» Mais on sait bien que les gens heureux ennuient tout le monde. «Les choses dĂ©tachĂ©es ne veulent pas dire malhonnĂȘtes. Je voulais vraiment revenir aux sensations du premier album et que chaque chanson ait sa propre atmosphĂšre, ses propres arrangements.»

CĂŽtĂ© musique, il faut plus lorgner vers le Neil Young d’Harvest que vers les Damned. «Ça, c’est une constante chez moi. Mais je voulais surtout, lors des premiers enregistrements retrouver l’état d’esprit d’Astral weeks de Van Morrisson, un de mes disques de chevet depuis que je suis gamin. Il a Ă©tĂ© enregistrĂ© en 48 heures. Mais je me suis plantĂ©, faut s’appeler Van Morrisson pour y arriver. Faut que je bosse comme tout le monde, c’est tout !» De cette mauvaise passe ont survĂ©cu les titres BrĂ»le, Madame, un hommage Ă  Juliette GrĂ©co et Tendre S. Ce dernier qu’on a qualifiĂ© de Gainsbourien : «Avec Brel et son Orly c’est la seule rĂ©fĂ©rence que je reconnaisse en France. Et bien sĂ»r, Jean-Michel Caradec ! Euh, non, je plaisante ! »
Remarquez, Miossec le dit lui-mĂȘme dans Pourquoi ? Parce que : « Pourquoi t’ai-je donc fait un jour la cour, mon sens de l’humour est lamentable ». Faut pas le chercher, le Breton !

Le problĂšme quand on Ă©crit des choses aussi intimes, c’est que le public automatiquement vous identifie Ă  vos textes. C’est forcĂ©ment l’interprĂšte qui est cocu, looser et alcoolo
 «Ouais, mais c’est la chanson qui veut ça. C’est beaucoup de tricheries, c’est donner l’illusion que c’est toi qui subis tout ce que tu racontes, c’est du braconnage ! Tu voles Ă  droite Ă  gauche. Quand tu es chanteur, tu es une caricature ambulante. En concert c’est flagrant, les gens ont l’impression de discuter en direct !» C’est ce qui explique l’attitude de Miossec sur scĂšne, qui n’hĂ©site pas Ă  insulter son public, surtout les jeunes.

VoilĂ  pourquoi le thĂšme de la paternitĂ© n’est abordĂ© sur le disque qu’à la fin, avec Grandir, sur l’absence du papa qui restera le sommet de ce quatriĂšme album. Paradoxe de l’interprĂšte qui trouve indĂ©cent de parler de sa famille en chanson : « Celle-lĂ  effectivement, c’est du direct. C’est du blues. LĂ , c’est pas indĂ©cent en fait, puisque c’est pas moi qui en parle, c’est l’autre ! Au lieu de dire « je suis pas lĂ  ! » c’est l’autre qui le dit. Tu retournes cette chanson au masculin, c’est inĂ©coutable.» Cela dit, Miossec ne la chantera pas sur scĂšne. Question de dĂ©cence !

Nous en resterons lĂ , il y a des prioritĂ©s dans la vie; manger en est une... Pour l’instant, aucun clip n’est prĂ©vu pour accompagner la sortie du simple BrĂ»le, Miossec ne veut pas tourner n’importe quoi. Le cauchemar d’une maison de disques. Mais la sienne est une indĂ©pendante, PIAS. Ce chanteur-lĂ  n’est pas encore formatĂ© pour la grosse industrie. Ce qui me rassure dans cette histoire ? C’est qu’un artiste comme celui-lĂ  obtient les faveurs du public. En ce moment, il n’y a pas assez de bonnes nouvelles pour ne pas s’en rĂ©jouir.

Miossec Brûle (Pias) 2001

Willy  Richert