Paris
19/11/2001 -

A la fin septembre, au cours du très beau festival des Nuits du Botanique, à Bruxelles, David Sinclair Whitaker donnait son premier concert avec Louis Chédid, dirigeant une quinzaine de musiciens disposés en fond de scène, derrière le groupe électrique. Premières auditions de chansons extraites de Bouc-Bel-Air (Chaque jour est une vie, Coule l'eau, De l'amour dans l'air) ou arrangements tout neufs de chansons classiques (Ainsi va la vie, La Belle), son écriture dépasse souvent les habitudes que la pop a adoptées depuis que George Martin a établi avec les Beatles une sorte de bréviaire de la direction d'orchestre. Parfois, ses arrangements semblent inspirés de Richard Strauss, mais il est aussi, çà et là, un peu trop respectueux des formes canoniques de la chanson, son orchestre se trouvant parfois dans une concurrence de fait avec les habitudes du groupe de Chédid (comme le pesant travail harmonique du pianiste). Son apport est toutefois passionnant, enracinant le climat des chansons ou leur donnant une dimension neuve, comme les belles réussites d'Ainsi va la vie ou Coule l'eau. La fête y gagne des couleurs plus vastes.
Souvent, Chédid se retourne pour regarder jouer les cordes, tout heureux de ce gros jouet à musique. Mais il n'en est guère intimidé, et l'on se demande d'ailleurs ce qui pourrait l'intimider, tant sa décontraction est flagrante. En effet, on connaît peu de chanteurs qui se présentent habillés en scène à peu près comme dans la vie de tous les jours, qui chantent avec une main dans la poche, qui donnent à leurs concerts une telle coloration de plaisir détendu, de calme attentif - attentif au public et à ses plaisirs. Et il parvenait, à Bruxelles, à faire se lever et danser toute une salle avec ses chansons cool - Les gens, les gens, T'as beau pas être beau, God Save the Swing. Ni crooner ni tropicaliste, mais peut-être juste entre les deux, Louis Chédid a cette singulière aptitude à inventer des solutions simples aux questions ambiguës que pose la chanson française - comment faire danser sans perdre les mots, comment élargir le vocabulaire musical sans diluer la grâce des premiers succès... Le bel orchestre de cordes dirigé par David Sinclair Whitaker y apporte une sophistication supplémentaire, mais aussi toute la simplicité des beaux gestes.
Bertrand Dicale
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