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Chronique album


Georges Brassens

Intégrale et inédits


Paris 

26/10/2001 - 

Le vingtiĂšme anniversaire de la mort de Georges Brassens est l’occasion pour sa maison de disques (Universal) de publier un nouveau coffret qui se veut intĂ©grale, ainsi qu’un certain nombre d’inĂ©dits d’un intĂ©rĂȘt et d’une valeur variables.




Pour la troisiĂšme fois depuis la mort de Georges Brassens en 1981, son Ɠuvre est rééditĂ©e en coffret intĂ©grale. la Mauvaise rĂ©putation et ses treize CD (Ă©galement vendus sĂ©parĂ©ment), n’est cependant pas tout Ă  fait intĂ©grale, mais apporte beaucoup de nouveautĂ©s aux brassensophiles.
Pour commencer par un bĂ©mol, disons d’emblĂ©e que le CD Brassens chante les chansons de sa jeunesse, paru dans le coffret de 1991, n’est pas repris dans cette Ă©dition et n’est pas rééditĂ© par ailleurs dans le catalogue d’Universal, la maison de disques hĂ©ritiĂšre du prestigieux fonds Philips, mĂȘme si quatre chansons restĂ©e inĂ©dites de cet enregistrement figurent dans le nouveau coffret. Quant au 33-tours Brassens chante Bruant, Colpi, Musset, Nadaud, Norge rééditĂ© en mars dernier dans la collection L’Esprit poĂšte, il n’est pas repris dans la nouvelle Ă©dition.

Cela dit, il faut convenir que ce nouveau coffret est une merveille, Ă  commencer par la reprise des douze pochettes « fabrication de la guitare », parues Ă  partir de 1968, et qui sont sans doute les plus cĂ©lĂšbres de l’ñge du 33-tours de la chanson française. Le dĂ©coupage des LP de cette Ă©poque est aussi repris, mais huit des douze CD acceuillent des titres supplĂ©mentaires : ses quatre chansons en espagnol, son duo Papa Maman avec Patachou, des rĂ©enregistrements de ses chansons en 1955 et 1959, quelques titres pour des films, des prises inĂ©dites, quelques extraits de concerts... Tous ces disques sont accompagnĂ©s des textes des chansons, de belles photos et aussi des cĂ©lĂšbres notes de pochettes de RenĂ© Fallet.

Avec douze CD et un beau livret biographique trĂšs bien documentĂ©, le coffret rĂ©cĂšle en plus un vĂ©ritable bijou, un treiziĂšme album intitulĂ© tout simplement InĂ©dits. L’énumĂ©ration Ă  elle seule donne le vertige : deux versions de travail des Passantes, deux chansons absolument inĂ©dites (Altesse sur un texte de Victor Hugo et Jean rentre au village, chantĂ©e seulement une fois, dans un reportage tĂ©lĂ©visĂ©), des duos avec Charles Trenet pour une Ă©mission de tĂ©lĂ©vision en 1966, ou tu t’en iras les pieds devant, chanson qu’on croirait Ă©crite par Georges Brassens, mais qui est l’Ɠuvre d’un poĂšte-ministre de la IIIe RĂ©publique. Surtout, ce disque contient neuf chansons enregistrĂ©es le 21 dĂ©cembre 1953 au cabaret La Villa d’Este. On entend un chanteur bougon devant son public chahuteur et enthousiaste, dans un rĂ©pertoire promis Ă  une gloire de lĂ©gende : la Mauvaise RĂ©putation, le Mauvais Sujet repenti, le Parapluie, HĂ©catombe, la Chasse aux papillons, le Gorille, les Amoureux des bancs publics, P... de toi, Brave Margot. Pour le plaisir de l’objet, ces neuf titres sont Ă©ditĂ©s Ă©galement en tirage limitĂ© en 33-tours 25 cm, comme les lĂ©gendaires premiers albums de Brassens.

Et, tant qu’à sortir des disques inĂ©dits, Universal fait paraĂźtre aussi Bobino 1964, enregistrement en public miraculeusement conservĂ© par « Gibraltar », le fidĂšle secrĂ©taire de Brassens. De la trĂšs sobre annonce du speaker de Bobino (« Le voilĂ  ! », tout simplement) jusqu’à la reprise instrumentale de Brave Margot par l’orchestre rĂ©sidant, c’est une merveille : vingt titres, de la Route aux quatre chansons Ă  la Mauvaise RĂ©putation. Brassens y est merveilleux d’allant et de naturel, plus bourru (on entend quelques commentaires peu amĂšnes qu’il marmonne entre les chansons) mais aussi beaucoup plus amusĂ© lui-mĂȘme que dans les versions en studio de ces mĂȘmes chansons. En outre, la qualitĂ© technique du document est meilleure que pour le Brassens in Great-Britain de 1973 et le Brassens TNP de 1966.
En revanche, la communautĂ© des brassensophiles maniaques est partagĂ©e sur l’opportunitĂ© de la parution du CD Il n’y a d’honnĂȘte que le bonheur, qui regroupe cinquante-deux minutes de bandes de 1952 et 1955 enregistrĂ©es sur des magnĂ©tophones d’amateur lors de passages chez des amis Ă  Bruxelles. Il semble que ce soit lĂ  que Brassens chante pour la premiĂšre fois devant un micro, et on entend ses seuls enregistrements connus de La File indienne, Les Radis, Le Bricoleur ou Les Croque-morts amĂ©liorĂ©s. Mais la qualitĂ© sonore du document est dĂ©plorable, et l’interprĂ©tation ne dĂ©passe guĂšre le niveau technique d’une soirĂ©e entre amis : trous de mĂ©moire, copains qui braillent les chƓurs, interruptions dans les chansons, gros rires, interjections des autres convives... Et ce n’est certainement pas apporter beaucoup Ă  la gloire de Brassens que de le montrer dans son rĂ©pertoire de corps de garde Ă  la fin d’un repas ou chantant les succĂšs rĂ©cents de Gilbert BĂ©caud. D’ailleurs, ne dit-il pas Ă  la fin d’une chanson : "C’est un massacre" ? Outre le fĂ©tichisme qui pourrait finir par rendre justifiable la publication de ses cahiers de bĂątons, on ne trouve guĂšre ici que le plaisir d’entendre les chansons de Brassens dans leur usage convivial originel ou la sĂ©duction de quelques parties de guitare trĂšs swing dans lesquelles il se lance sans ĂȘtre ralenti par le souci de bien faire entendre le texte Ă  son public. Mais, instinctivement, on retourne vite aux enregistrements connus depuis longtemps ou aux joyaux d’orfĂšvre du disque InĂ©dits.

Georges Brassens La mauvaise réputation - coffret 13 cd (Universal) 2001

Bertrand  Dicale