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Brassens par son guitariste

Joël Favreau retourne aux sources


Paris 

26/10/2001 - 

L’ancien second guitariste de Georges Brassens vient de sortir un album de reprises de ses chansons. Un duo avec l’accordĂ©oniste Jean-Jacques Franchin, avec pour principe de faire revivre le rĂ©pertoire de l'artiste et de le partager avec le public.





Georges Brassens est nĂ© le 22 octobre 1921 et mort le 29 octobre 1981. Rien d’étonnant Ă  ce que ce mois d’octobre 2001 voit le dĂ©ferlement des "effets du fĂ©tichisme arithmĂ©tique dĂ©cimal", comme dit JoĂ«l Favreau, le dernier des musiciens vivants de Georges Brassens. Lui-mĂȘme a participĂ© Ă  l’avalanche, en publiant un des plus rĂ©ussis disques d’hommage consacrĂ©s au « bon maĂźtre », Salut Brassens (chez Harmonia Mundi). "J’ai pensĂ© qu’il Ă©tait intĂ©ressant d’éclairer sa musique, explique-t-il, pas tellement en inventant des choses, mais en dĂ©veloppant ce qui est implicite dans ses chansons." En compagnie de l’accordĂ©oniste Jean-Jacques Franchin, il a abordĂ© une douzaine de chansons de Brassens comme s’il s’agissait de ces chansons de jazz sur lesquelles les musiciens aiment "choruser". "On peut changer les rythmes de ses chansons : quand Brassens chantait dans l’intimitĂ©, il le faisait bien lui-mĂȘme ! Il disait : "J’ai mis des arpĂšges parce qu’il faut bien varier un peu". Aujourd’hui, il faut ĂȘtre libre, ne pas se sentir tenu de respecter la forme. Pour ma part, je ne me crois pas obligĂ© de me laisser pousser la moustache et de fumer la pipe. En fait, il n’y a qu’une chose Ă  Ă©viter : essayer de faire comme lui, deux guitares et une basse, et chanter en roulant les R."

Le dernier dinosaure

"Je suis un des derniers dinosaures, c’est vrai", dit Favreau avec un soupir pour rire. Il est vrai qu’on se souvient de lui d’abord pour son visage juvĂ©nile couronnĂ© de cheveux bouclĂ©s, lors des passages tĂ©lĂ©visĂ©s de Georges Brassens et sur les photos de ses enregistrements en studio pendant ses derniĂšres annĂ©es de carriĂšre. Il avait connu le chanteur quelques lustres plus tĂŽt, quand il accompagnait la chanteuse Colette Chevreau, lors d’une tournĂ©e dont Brassens Ă©tait la tĂȘte d’affiche et, Ă  laquelle participait aussi Boby Lapointe. "DĂšs que j’avais fini de jouer avec Colette Chevreau, j’allais dans sa loge avec ma guitare et je commençais Ă  grattouiller un peu avec lui. Mais il n’était pas question, encore, que je travaille pour lui, puisqu’il avait BarthĂ©lĂ©my Rosso Ă  la deuxiĂšme guitare pour les enregistrements. C’est aprĂšs la mort de celui-ci, des annĂ©es plus tard, que Brassens m’a appelĂ© - de toute façon, il n’aurait jamais virĂ© quiconque. C’est alors que j’ai appris qu’il avait prĂ©venu, Ă  l’époque, Colette Chevreau : "Je vais te piquer ton guitariste". Je chantais dans les cabarets et, dĂšs que j’ai commencĂ© Ă  jouer avec lui, j’ai complĂštement arrĂȘtĂ© d’interprĂ©ter ses chansons. J’étais inhibĂ© mais, sans m’en rendre compte, j’étais vraiment content de me rendre utile avec ma guitare. Quand il Ă©tait prĂȘt Ă  enregistrer, il m’envoyait une bande de ses nouvelles chansons pour que je prĂ©pare ce que jouerais Ă  la seconde guitare, puis je lui apportais mes devoirs. Jamais je n’ai osĂ© lui demander de me montrer une chanson inachevĂ©e."

L'aprĂšs Brassens du guitariste
Outre sa propre carriĂšre et ses propres disques, JoĂ«l Favreau va devenir, aprĂšs Brassens, un de ses plus grands interprĂštes posthumes. Il a jouĂ© en trio avec Pierre Nicolas, le lĂ©gendaire contrebassiste de Brassens, arrangĂ© et dirigĂ© l’album Ils chantent Brassens (avec Cabrel, Gotainer, Pierre Richard ou Balasko), puis s’est dĂ©cidĂ©, sur le conseil de Maxime Le Forestier, Ă  chanter Brassens. Il le fait en connaisseur intime de ce rĂ©pertoire. "Il y a une telle densitĂ© qu’un comique ne peut pas faire le comique sur une chanson de Brassens : elles fonctionnent sous une forme relativement simple et, si on exagĂšre les effets, on se plante. La diffĂ©rence de position, aujourd’hui, est que contrairement Ă  l’époque de leur crĂ©ation, ces chansons sont devenues des classiques, qui sont assez bien assimilĂ©s pour qu’on puisse se dire : "tiens, il y a ça aussi". S’il y avait un rythme de batucada dans Brave Margot dĂšs le dĂ©part, cela aurait apportĂ© une distraction. Mais c’est parce qu’elle a Ă©tĂ© connue sous une autre forme que l’on peut maintenant lui apporter quelque chose de nouveau."

Retour aux sources...

En duo avec Jean-Jacques Franchin, son accordĂ©onniste surdouĂ©, Favreau a Ă©tĂ© de toute maniĂšre obligĂ© de sortir des shĂ©mas originaux des chansons de Brassens, sans souci de fidĂ©litĂ© dans la reproduction : "La transmission littĂ©rale, ça fait des Ă©glises, dans lesquelles on se transmet la lettre, la parole, le rite - une coquille vide." Changeant les rythmes ou les tempos des chansons de Brassens, y glissant de superbes chorus de guitare ou d’accordĂ©on, il a mĂȘme osĂ© une coupe dans Le Bulletin de santĂ©, en retirant le couplet qui dit : "VĂ©nus parfois vous donne/De mĂ©chants coups de pied qu'un bon chrĂ©tien pardonne,/Car, s'ils causent du tort aux attributs virils,/Ils mettent rarement l'existence en pĂ©ril" La chanson a Ă©tĂ© Ă©crite quelques dizaines d’annĂ©es avant l’apparition du sida et, comme le dit JoĂ«l Favreau, "mĂȘme si ça Ă©nerve les puristes de l’admettre, ce n’est pas quelque chose que Brassens aurait chantĂ© aujourd’hui". Mais, de toute façon, l’essentiel lui semble ĂȘtre que l’Ɠuvre de Brassens soit chantĂ©e, ce dont le public ne se prive pas lors de ses concerts. Et, si les spectateurs sont timides, Favreau les encourage Ă  chanter avec lui.

Salut Brassens, CD Harmonia Mundi

En concert : le 31 octobre Ă  Montpellier, le 7 novembre Ă  la mairie du XIVe arrondissement Ă  Paris, le 9 Ă  Montmorillon, du 22 novembre au 1er dĂ©cembre aux Seychelles et Ă  l’Ile Maurice, le 4 dĂ©cembre Ă  Belfort.

Bertrand  Dicale