Paris
24/10/2001 -
Parmi tous les hommages rendus ces temps-ci à Georges Brassens, il est un disque qui fait couler une encre amère : Les oiseaux de passage. Cet album né au sein d'Universal, regroupe des titres du grand Georges, enregistrés par les Noir Désir, Miossec, Têtes Raides, Lofofora, Cornu... Une scène jeune, à tendance rock, qui fait grincer des dents les plus conservateurs. Sacrilège pour certains, bonne idée pour d’autres...
Le principal reproche asséné çà et là, est évidemment les orchestrations et arrangements de ces Oiseaux de passage. Si Georges Brassens aimait le dépouillement, le voilà bien bousculé. Les aficionados hurlent évidemment quand l’électrique de Noir Désir ou les programmations dépressives de Saez s’appliquent à reprendre ses chansons. Ce nid de volatiles ne se contente pas de la guitare sèche du maître, il fallait s’y attendre. Mais soyons honnêtes, l’ensemble est loin d’être raté.
Bien sûr Lofofora malmène allègrement les Passantes si délicates dans un rock peu sensible. Bien sûr encore, Magyd Cherfi de Zebda passe à côté d’une Supplique pour être enterré à la plage de Sète. Bien sûr toujours, Cornu ennuie dans un trop attendu les Copains d’abord. Mais à côté de cela, il y a de beaux haussements de sourcils. Tarmac par exemple (composé de la moitié de Louise Attaque) revisite de manière inattendue la Ballade des gens qui sont nés quelque part, Miossec propose La non demande en mariage de belle manière, Juliette explose dans une magnifique Complainte des filles de joie, Yann Tiersen s’abrite joliment sous le Parapluie... Alors oui, il y a des cuivres, des violons, des batteries et tout le bastringue de la scène d’aujourd’hui, mais y-a-t’il crime de lèse-majesté pour autant ?
Un nouveau public pour Brassens
"En fait, on s’est demandé s’il était judicieux de faire quelque chose qui permette à Brassens d’accéder à un nouveau public", explique Laurent Balandras, directeur artistique aux éditions Universal. "On s’est dit que si on le faisait, il fallait s’adresser à la génération née sans jamais avoir connu Brassens. Je me souviens m’être dit : cela fait 20 ans qu’il est mort ! Cela veut dire qu’il y a des mecs qui ont 20 ans aujourd’hui et qui ne l’ont jamais connu vivant. Il y a donc toute une génération pour qui c’est un ancêtre, comme Edith Piaf l’est pour moi! D’un seul coup, on prend conscience de cela. Cela fait 10 ans que Gainsbourg est mort, 20 ans que Brassens est mort, donc un tas de gens a grandi en ne les ayant jamais connus. On a réfléchi avec Jacques Sanjuan et Santi (respectivement D.A. et ancien patron des éditions Universal. Santi est aujourd’hui PDG de Mercury, ndlr). On s’est dit qu’il fallait déjà aller voir les petits-enfants légitimes de Brassens, ceux qui font partie de la scène d’aujourd’hui et qui aiment Brassens."
Et oui, ne vous en déplaise, tous ces Noir Désir, Keren Ann, Tanger et autres Têtes Raides ont bel et bien été chatouillés par les moustaches du monument. Malgré les apparences, Brassens fait partie de leurs références ou influences. "A une exception : Arthur H, poursuit Laurent Balandras. Il a été la première personne à nous dire que ce n’était pas sa culture et qu’il n’était pas du tout sûr de vouloir le faire au départ. Pour l’occasion, il s’est plongé dans Brassens et je crois qu’il en est content ! D’autres artistes n’ont pas souhaité le faire. La compilation est vraiment composée de gens qui ont grandi avec Brassens. D’ailleurs, les réponses sont arrivées très vite. Le premier groupe a été Tarmac qui nous a dit oui tout de suite. Noir Désir n’a pas traîné non plus. Les gens acceptaient spontanément, tant et si bien qu’à la fin nous avions trop de monde ! Même lorsque l’album était terminé nous étions contactés par des maisons de disques pour des artistes qui voulaient participer."
Résultat : 17 artistes retenus, 16 chansons interprétées (Keren Ann et Tanger ayant choisi la formule du duo pour Il n’y a pas d’amour heureux). Parmi les sélectionnés, il y a les incontournables têtes d’affiche. "C’est un projet qui était destiné à un public plutôt jeune et plutôt acheteur de disques. Il nous fallait forcément des artistes moteurs : la moitié de Louise Attaque avec Tarmac, Noir Désir, les Têtes Raides…Ces gens-là sont leaders en terme de vente sur le marché. Il ne faut pas être hypocrite, c’est aussi fait pour vendre… L’objectif est quand même que des mômes qui n’ont pas connu Brassens le découvrent. Les artistes phares de cette scène-là étaient nécessaires."
A noter également la présence de talents plus méconnus comme les Weeeper Circus, Subway (groupe féminin de Clermont-Ferrand) ou Géraud (ancien membre des Barons du délire). Tout ce beau petit monde a eu la liberté totale du choix du titre, de l’équipe de travail, des arrangements.

Marjorie Risacher
23/05/2006 -
23/05/2005 -
07/10/2004 -
26/10/2001 -
26/10/2001 -
25/10/2001 -