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Manno Charlemagne

Haïti, entre politique et musique


Miami 

24/09/2001 - 

"J'écoute RFI tous les jours sur Internet ! Religieusement" insiste Manno, connectant directement son ordinateur sur le site de RFI. De 1995 à 1998, M. Joseph Emmanuel Charlemagne était maire de Port-au-Prince. "C'était la plus grande erreur de ma vie. J'ai démissionné." Aujourd'hui, il vit dans cette chambre de 15 m carrés avec son ordinateur, des livres, un lit et une chaise, à l'étage du restaurant haïtien Tap Tap à Miami Beach.




Connu des musiciens (Lenny Kravitz est un habitué), Tap Tap est un lieu très vivant où Manno joue les jeudi et samedi. Il a 53 ans. Son saxophoniste en a à peine 20, comme le bassiste, solide. Avec une brésilienne sympa (sur son prochain CD, Manno fait du scat en duo, les deux brodant entre des Feuilles mortes ressuscitées en samba, un Take Five tonique, et un Blue rondo à la turk reggae). Manno et ses musiciens brisent les conventions du "set" de musique live. Assurant et la section rythmique et le baby-sitting, le percussionniste reste à moitié vautré à table avec des amis qui dînent et son jeune fils qui se promène entre les tables. Manno fait affable, drôle, et plus rare, baryton joyeux et déconnant.

"J'ai milité dans l'extrême gauche partout dans le monde. J'ai dû partir en exil de 80 à 86, au Canada, à New York, en Afrique…à Paris où j'ai joué pour la CGT. Je ne fais plus de politique. La musique, c'est plus excitant." Si Manno n'est plus sur les barricades, sa conversation est pourtant riche en observations percutantes : "Je fais parti des quatre politiques haïtiens sans fortune ! Quand j'étais maire, j'y ai fait 44 carnavals, j'aurais pu mettre des millions dans ma poche!" ou encore : "En Haïti, on idolâtre des termes africains, comme shango par exemple, parce qu'on idolâtre ce qu'on ne comprend pas."
On verra Manno dans le prochain film de Jonathan Demme, tourné récemment à Paris et pour lequel Manno a composé deux chansons. Il prépare aussi son prochain CD. "J'ai fait cinq CDs quand j'etais chanteur révolutionnaire. Maintenant, je présente la chanson populaire haïtienne aux autres cultures. Je puise dans toutes les musiques de la diaspora noire, mais j'y ajoute une touche de Brassens et de Françoise Hardy" dit-il avant de se lancer, a cappella, dans une démonstration liant Gilbert Bécaud et le chant grégorien. Des amis, et un plat de lambi l'attendent en bas, au fond du restaurant. Les muraux peints nous transportent dans un Haïti vibrant et virtuel.

Clotilde  Luce