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Astropolis 2001

L'été à l'heure des raves


Brest 

06/08/2001 - 

Astropolis est nĂ© en 1995 dans un champ du Nord-FinistĂšre. Une organisation "Ă  l’arrache" pour une ambiance 100% Ă©lectro dans le meilleur esprit free. Aujourd’hui la rave a grandi. L’édition 2001, sur le site trĂšs "brocĂ©liandais" du manoir de Keroual, prĂšs de Brest, marque une Ă©volution vers de nouveaux croisements sonores. Selon le credo revendiquĂ© par les organisateurs cette annĂ©e : le "Tout rock’n’roll n’existait plus, le Tout Ă©lectronique n’existe plus"... Ambiance.




"C’est l’armĂ©e française"
Les habitants du coin raillent gentiment les tenues de camouflage arborĂ©es par les festivaliers qui arpentent, sacs au dos, le chemin du camping. Une petite tribu hardcore all black montre volontier de jolis tatouages dans la plus pure esthĂ©tique mĂ©diĂ©val-fantastique (au hasard, un magicien rouge et longiligne sur fond de coucher de soleil...), mais globalement le kaki domine sur la route. Les concerts commencent Ă  19h le vendredi soir et c’est une joie d’entendre dans la forĂȘt les Ă©chos des rĂ©pĂ©titions pour la balance. La magie augmente Ă  la nuit tombĂ©e et l’on ne serait guĂšre surpris de voir surgir quelque Merlin digital entre les feuilles humides et frĂ©missantes caressĂ©es par la lumiĂšre des projecteurs qui balisent les chemins de terre. A se demander si le meilleur point d’écoute ne serait pas lĂ , en compagnie bruissante des chĂȘnes et des hĂȘtres...

2001 sera l’annĂ©e du dub hexagonal
Rencontre avec les parisiens de Lab° en dĂ©but de soirĂ©e, en guise d’introduction au dub made in France programmĂ© toute la nuit sous le chapiteau du Cirque. "Le dub est nĂ© en JamaĂŻque. À l’origine, c’est une musique d’ingĂ©nieurs du son. Aujourd’hui, la scĂšne française se rĂ©approprie cette culture sur un mode trĂšs ”live”, avec le mĂȘme principe de rythmiques trĂšs rĂ©pĂ©titives, un gros travail d’effets pour obtenir des ambiances trĂšs spatiales, assez monolithiques. Nous, on ne vient pas de lĂ , mais c’est la rencontre avec cette scĂšne qui nous a fourni le dĂ©clic, qui nous a permis de nous rapprocher d'une culture qui n’était pas la notre, mais qu’on voulait approcher individuellement. C’est grĂące Ă  ce dĂ©placement qu’on a pu se mettre Ă  jouer ensemble. Il y a toujours un petit flou sur la notion de dub, certains pensent que c’est une musique apparentĂ©e au reggae, mais on fait partie de ceux qui pensent que c’est vraiment un principe de traitement du son".



"Les pieds ancrĂ©s au sol, la tĂȘte dans le ciel"
C’est le credo de Lab°. "Maintenant si on Ă©coute ça sans l’aspect transe du truc, ce n’est pas trĂšs intĂ©ressant parce qu’il ne se passe pas grand chose finalement, et quand sa bouge, ça tend toujours vers la rĂ©pĂ©tition. On recherche ce type d’effets et c’est pour ça qu’il existe des parentĂ©s entre nous et des groupes comme High Tune. On recherche le mĂȘme type d’écoute". Les instruments sont systĂ©matiquement soumis aux traitements digitaux : "Je travaille Ă  ce que ma guitare devienne une espĂšce de vibe et ne sonne plus forcĂ©ment comme une guitare. Je l’utilise comme un truc qui envoie des signaux dans les effets et l’ingĂ©nieur du son est un musicien au mĂȘme titre que les autres. IdĂ©alement il serait sur scĂšne avec nous mais ça pose trop de problĂšmes pratiques". Lab° reste dans le cadre d’un travail harmonique plutĂŽt modal, "car les variations harmoniques ne sont pas faciles Ă  gĂ©rer en mĂȘme temps qu’une dĂ©marche orientĂ©e vers la transe". Basse continue, donc.

Le Peuple fait bouger la foule, man
Également sur la scĂšne dub ce soir, les Lyonnais du Peuple de l’Herbe pour une prestation Ă©lectro fortement mĂątinĂ©e de hip hop instrumental. La trompette semble vouloir revisiter Doo Bop, l’album posthume de Miles Davis. "Some people can’t stop Drinking, other people can’t stop smoking" dit la voix samplĂ©e, comme pour nous emporter au cƓur des thĂ©matiques de la rĂ©pĂ©tition et de la dĂ©pendance, au cas oĂč l’on ne serait pas encore en phase... Puis vient High Tune, qui s’est forgĂ© une rĂ©putation sur scĂšne grĂące Ă  un mĂ©lange intelligent entre son, vidĂ©o et jeux de lumiĂšres, sur fond de beats hypnotiques. Pour l’exemple, on a pu assister ce soir Ă  un bel instant de rĂ©jouissante fusion entre les mouvements d’un rameur Ă  l’image et l’intĂ©gration musicale des vibrations aquatiques correspondantes.


DJs cultes, prophÚtes et précurseurs
La programmation du chapiteau Astrofloor, le plus grand des trois, attire un maximum de monde. S’y succĂšdent Sonic Crew, le grand Jack de Marseille, dont le nom seul suffit dĂ©sormais Ă  remplir les salles, qui se produit un peu partout en Europe et depuis peu, aux États-Unis, Losoul, dont la house euphorisante et hypnotique aime parfois flirter avec la chanson, le breakbeat dur et funky de Luke Slater et la techno hard et minimaliste du trĂšs influent Jeff Mills qui tient les danseurs jusqu’à 4h00. Puis vient Carl Cox, "the" lĂ©gende, grandit au son du funk, de la soul et du disco, grand prĂ©curseur de l’art du dejeeying, qui raconte son histoire jusque vers 6h00, avant de passer le relais Ă  The Driver.
Le lendemain, le chapiteau accueille le dispositif deWillou, le prophĂšte du groove Ă  sept temps, l’irrĂ©sistible Volvotraxx qui insuffle une belle Ă©nergie rock Ă  l’électronique, ainsi que Phoenix, annoncĂ© comme la "rĂ©vĂ©lation pop de l’annĂ©e". Mais aussi Schneider TM, qui ne se revendique pas de la scĂšne Ă©lectro mais propose une pop expĂ©rimentale trĂšs aboutie et stimulante, aussi Ă©lectrifiĂ©e qu’électrisante (Ă  Ă©couter absolument, et Ă  voir sur scĂšne pour profiter de leur talent d’improvisateurs). Suicide, les prĂ©curseurs cultes des courants Ă©lectro, intelligemment sĂ©pulcral ; les Français de Miss Kittin & The Hacker, pour l’une de leurs rares prestations hexagonales et enfin DJ T1000 et James Ruskin.

Une autre fois...
Nous vous parlerons de la scĂšne hardcore, programmĂ©e le samedi sous le chapiteau Le Cirque, qui accueillait la veille les artistes du dub. S’y sont succĂ©dĂ©s No place For Soul, Shora, Nostromo et les rastas blonds des Watcha, pour de belles performances scĂ©niques, (presque) aussi physiques que musicales. Et aussi Torgull, XylocaĂŻne, Mark N, Overcast, Nasenbluten, Manu le Malin et Korzaak.
Les prestations programmĂ©es sous le troisiĂšme chapiteau, Le Club, ont fourni la preuve s’il en Ă©tait besoin, que le tout Ă©lectro se porte encore trĂšs bien. Trunk, Hudge, Jeff Bock, Aphasia, Traffic, Cross Bone, Kraft & MC Youthman, D-Joke, Big Knife, Hip J, John Acquaviva, Kojak et Sonic Crew, ont tenu les danseurs deux nuits durant, jusque sur la pelouse tout autour. Et la pelouse, au matin, il n’en restait rien.

Cécile  Sanchez