Paris
26/07/2001 -

En 97, jeune marié et presque jeune papa, notre homme a un peu la tête ailleurs. Son deuxième album, les Lois de la nature, marque un épisode sombre de sa route artistique. Sans doute un peu bâclé et loin de son auteur, le CD peine à disparaître des bacs (40.000 ventes que le succès actuel risque cependant de faire redécoller). Sa maison de disques EMI lui tire sa révérence. On imagine leur tête aujourd'hui… Pour De Palmas, commence une période de doute intense. Les médias l'oublient, le public aussi. En apparence.
L'idée de génie du chanteur pour se sortir du tunnel est d'aller consulter l'homme en or de la chanson, Jean-Jacques Goldman. Bon réflexe puisque ce dernier, toujours prêt aider ses petits camarades, se fend d'un texte. Résultat : un tube, J'en rêve encore! Ça a l'air si simple… Tellement simple, que De Palmas écrit le reste de l'album en trois mois, et pour la bonne bouche, hérite d'un texte signé d'une autre star, Maxime le Forestier (Tomber). Le reste appartient à l'Histoire. L'album sort en octobre 2000 tel un banal album de plus dans les bacs. En quelques jours, Marcher dans le sable intègre le classement Snep/Ifop des meilleures ventes d'albums pour s'installer dans les quinze premiers dès janvier et pointer cinquième début juin. Même si les deux nominations aux Victoires 2001 n'ont rien donné, c'est un vertigineux retour sur les cimes de la réussite. Mais De Palmas la joue tranquille et reçoit ce succès comme un cadeau.
Aujourd'hui, le dossier de presse du seul Marcher dans le sable fait plusieurs centimètres d'épaisseur. Pas une feuille de chou hexagonale, de Mots Fléchés ultra faciles (si, si !) au Télégramme de Brest, ne zappe De Palmas, incontournable sujet médiatico-musical de l'année. Son histoire est résumée des centaines de fois, ses propos mille fois retranscris. Le magazine féminin Isa l'a même relooké en cuir soi-disant underground pour son numéro de juin. De Palmas homme-objet ? La tournée, d'abord prévue jusqu'en avril, s'allonge vite jusqu'à l'été pour s'étirer enfin jusqu'en décembre. Et ses concerts ? Au vu de l'Olympia du 6 juin, chaleureux, mais sûrement moins qu'en Province, les spectateurs de De Palmas ne l'ont pas oublié après Sur la route. Ils reprennent un nombre incalculable de titres y compris ceux de l'album maudit, Mary-Jane ou Johnny et Jo. Si ce n'est pas de l'amour…?
Et pourtant, le spectacle n'est pas un exemple d'originalité. Des lumières ternes, fondent l'ensemble dans un ennuyeux brouillard, le guitariste, Sébastien Chouard, est éclairé comme dans un concert de Radiohead, en contre jour ténébreux un peu hors sujet ici, le bassiste Bernard Viguié est relégué dans une obscurité qu'il ne mérite pas, la voix est un peu perdue derrière le micro sans trop se tourner clairement vers la salle. Pas de couleurs, peu de mouvement. Les titres s'alignent sagement, ponctués cependant de dialogues entre la salle et De Palmas qui ne manque pas de répondant. Mais après des mois de tournée, on doit se rôder de ce côté-là, même quand on est timide. C'est vrai que si les musiques souvent rythmées, un rien rhythm'n'blues, un rien bluesy, sont pour le chanteur l'occasion de se lâcher, ses textes reflètent son âme tourmentée, voire triste. Ambivalence dont tout le concert se fait un peu l'écho. A vouloir faire sobre, on frise facilement une certaine austérité. Vu son parcours, on s'attendait à moins de routine. Un bon point cependant : De Palmas fait souvent appel à des premières parties, ayant lui-même maintes fois tenu ce rôle, pour Obispo comme pour James Brown.
Autre bon point discutable, mais respectable, l'essentiel du public est comblé par un répertoire qui évoque pourtant trop l'impression de répétition en rappelant parfois celui de… Goldman. Même type de voix, juste mais sans éclat, même goût pour le rock trop sacrifié derrière cette fameuse variété bien française, efficace mais impersonnelle. "C'est carré, ça balance, les guitares s'envolent dans des riffs soutenus." écrit Christian Neyrat dans le Dauphiné libéré du 30 mars 2001. Il pourra ressortir sa phrase sur Goldman, on y verra que du feu… Quant à De Palmas, si on lui souhaite la même réussite, le même capital sympathie (peu de souci là-dessus), espérons que sa route musicale sera plus surprenante, moins ronronnante.
Catherine Pouplain-Pédron
16/11/2009 -
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