Chronique album
Paris
06/07/2001 -
Nostalgie
Benjamin Biolay ? Oui, ce nom a traversé clandestinement les médias cette dernière année, tel un message subliminal. Mais où, quand, pourquoi ? Allez un peu de mémoire, ce nom désuet et charmant a été associé à deux des plus intéressants projets de l'année 2000 : ceux de Keren Ann et de Henri Salvador. Mais n'ayant alors rien de concret à soumettre, il fut désespérément ignoré par l'impitoyable marée médiatique. Et pourtant, à part égale avec Keren Ann, il est l'auteur, entre autres, d'un des plus fameux titres du moment, repris sur l'album de mademoiselle comme de Mr Henri, Jardin d'hiver...
Jeune homme aux fantasmes nostalgiques mais aux desseins bien contemporains, Benjamin Biolay fait donc à son rythme une entrée sur la scène musicale par le biais inattendu d'un clan mythique, les Kennedy, introduit par la reine mère, l'ancêtre matriarcale disparue en 1995 à 105 ans : Rose. "Elle n'est pas la seule narratrice, parfois c'est John ou même l'assassin de Bob dans la chanson Los Angeles. Je la trouvais juste emblématique du clan parce qu'elle est la mère, la reine mère et qu'elle a vu le déclin de son empire, si j'ose dire, la mort de ses enfants et de son mari." Enveloppe historique pour un essai plus introspectif ? "Bien sûr, je suis quelqu'un d'assez pudique. Me dissimuler derrière des personnages, des lieux et une époque a été une façon sereine de parler de mes vraies émotions, mélancolie parfois, bonheur ou chagrin."
Histoire(s)
Mais le dada de Benjamin, c'est le passé, l'histoire : "L'idée était de marier deux de mes passions, faire des chansons et l'histoire. Après avoir écrit la chanson Rose Kennedy, je me suis dit que c'était tout un monde et j'ai eu envie de le développer. Donc le disque est le prolongement de cette chanson", raconte Benjamin. Les treize titres album nous font en effet naviguer dans cet univers fascinant et trouble qu'est le destin de cette famille. Mais ici point de récit historique, de textes biographiques, d'évocations explicites. Non, titre après titre, c'est une sensation d'opaque distance qui prime. Et si on ne savait pas que les Kennedy étaient au centre du sujet, serait-ce possible de le deviner ? " Ça ne s'adresse pas aux gens qui sont particulièrement passionnés par les Kennedy, mais aux gens qui aiment bien les chansons."

Élégance
Le travailleur secret, ainsi pourrait-on surnommer Benjamin Biolay. Depuis un premier 45 tours oublié en 94 et quelques autres vers 97 (Le jour viendra, la Révolution), il n'a cessé de rouler sa bosse musicale. C'est ainsi que du haut de ses 28 ans, il a à son actif, outre l'écriture pour Keren Ann et Salvador, maintes réalisations et arrangements pour son vieux pote, Hubert Mounier alias le Cleet Boris de l'Affaire Louis Trio, pour Ol ou Isabelle Boulay. Et mieux encore, il vient d’achever son travail sur l'album de Jane Birkin et l'on murmure dans le Paris estival qu'il se consacrerait bientôt à celui de Françoise Hardy. Serait-ce donc possible de succéder à Gainsbourg ?
Soucieux du détail et de l'excellence, Benjamin Biolay a aussi planché sur son site internet, espace sans aucune gémellité avec le disque : "Moi, j'abhorre le marketing. Je ne voulais pas que le site soit fait pour acheter quoi que ce soit, je voulais un genre de vitrine. L'apparence est évolutive mais en aucun cas, on ouvrira et on tombera sur les deux chaussures (de la pochette, ndlr). C'est vraiment volontaire. Je voulais que ce soit un objet à part. Le site est plus explicatif sur les chansons et moi. Internet est un média tellement génial, tellement vaste où on peut faire tellement de choses. Au contraire, je voulais que le disque reste un disque."
Si la navigation du site est un peu nébuleuse, le parcours du musicien est celui d'un homme précis et volontaire en dépit d'une certaine nonchalance. La scène ? Il l'évoque comme une étape secondaire : "Ce n'est pas ma priorité. Je préfère le studio. Mais, si jamais j'ai la chance de rencontrer un public, ça me paraîtrait normal de leur donner une lecture différente des titres." Indéniablement, que ce soit dans le comportement ou dans le travail, il y a de l'élégance chez Benjamin Biolay. Le signe d'un grand ?
Catherine Pouplain-Pédron
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