Angoulême
07/06/2001 -
La moitié de la programmation revient à l'Afrique francophone des archi-vus et infatigables Tambours du Burundi à la découverte malgache Rajery, en passant par quelques habitués tels les rappeurs dakarois de Positive Black Soul, le guitariste malgache D'Gary ou le saxophoniste guinéen Momo Wandel.
Malgré quatre doigts manquants à une main, Rajery joue admirablement de la valiha, la harpe de Madagascar, pour accompagner son chant puissant, captivant un nombreux public malgré les agréments des restaurants du monde, des bars exotiques et des stands de produits africains qui font une bonne partie de l'attraction du festival.
Il faut dire aussi que les festivités ont démarré sous un soleil radieux mais qui n'a peut-être pas effleuré le visage de Lagbadja, qui veut dire « personne », « n'importe qui », en yoruba. L'homme chante le visage caché par d'invraisemblables masques tout en jouant étonnamment du saxophone. Accompagné par un orchestre d'une dizaine de membres qui jouent comme vingt musiciens quand les talkin' drums crépitent tel un feu d'artifice, Lagbadja est actuellement la première star du Nigeria. Il vient pour la première fois en France où son mélange détonnant de highlife, funk et afro-beat a encore fait sensation.
Autre inventeur, le Malien Néba Solo a ajouté au balafon traditionnel une lame assortie d'une gosse calebasse, la balamba, qui donne au plus africain des instruments une note basse impressionnante. « Au Mali, les Sénoufos ont la réputation de parler peu mais d'agir. L'invention de la balamba a relancé le commerce du balafon. On en joue dans les bars et boîtes de nuit mais pas avec des instruments électriques », dit Néba Solo (diminutif de Souleymane). Cette réinvention dans la tradition produit quelque chose de grave et d' euphorisant.
Lekgoa fait partie d'une véritable délégation sud-africaine, imposante ici à Angoulême avec six groupes où figurent les Mahotella Queens, trois vénérables dames habituées des Musiques Métisses et qui ont fait découvrir en France, avant Johnny Clegg, la musique sud-africaine, le mbaqanga, dès 1987, quand elles accompagnaient la voix de tonnerre du regretté Simon "Mahlathini" Nkabinde (disparu en 1999).
Menés par le chanteur David Masondo et l'organiste Moses Ngwenya, les Soul Brothers ont montré toute leur science de ce même patrimoine qu'ils jouent depuis 26 ans et en 30 albums. Sous le grand chapiteau, la plus importante des trois scènes, une dizaine d' hommes en sueur portant quelques lanières de peau de buffle et d'autres fauves plus ou moins reconnaissables jouent un rythme diabolique qui leur fait jeter les jambes par dessus tête. Ils suivent le chant de leur leader Phuzekhemisi (prononcer Pouzekimissi), star du maskanda, la musique traditionnelle zoulou largement liftée de guitares électriques, de concertina fiévreux et de sifflet drolatique. Phuzekhemisi est célèbre pour ses commentaires sociaux. Soucieux d'une Afrique du Sud arc-en-ciel (« J' espère que les unions entres les différentes cultures sud-africaines se feront »), il s'associe souvent à une star d'une autre ethnie sud africaine, la Ndebele Nothembi Mkhwebane. Bout de femme étonnant d'énergie, jouant frénétiquement de la guitare apprise auprès d'un oncle agriculteur, Nothembi a emporté les suffrages du public du grand chapiteau. Le trio Kwela Tebza, c 'est Tshepo, Mpho (prononcez M'po) et Tebogo Lerole perpétuent, pour le grand bonheur de trois ou quatre générations d'Angoumois, un mariage subtile du pennywhistle, petite flûte à bec européenne, et du tempérament culturel sud-africain qui poursuivent avec les influences de leur âge un art où leur père Elias Shamba Lerole a excellé dans les années 50-60.
Bouziane Daoudi
16/06/2010 -